Amfis 2026 — « Les grandes bifurcations écologiques : planifier la rupture »
Débat d'une heure vingt-cinq aux universités d'été de La France insoumise, publié par le mouvement. Deux intervenantes seulement, et la source ne désigne donc pas un orateur unique : chaque insight nomme qui parle. Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l'Assemblée nationale, et Cyrielle Chatelain, présidente du groupe Les Écologistes à l'Assemblée nationale, alternent en six prises de parole chacune, sous la conduite d'une animatrice qui n'est pas une responsable politique et dont les questions ne sont pas rattachées à un acteur. La configuration est inhabituelle : une dirigeante écologiste vient s'expliquer, devant une salle insoumise, sur la question de savoir si son parti présentera un candidat en 2027 ou rejoindra la campagne de Jean-Luc Mélenchon. Les convergences programmatiques occupent les deux premiers tiers, la question d'alliance le dernier. Le titre YouTube est celui repris ici ; la transcription automatique déforme régulièrement les noms propres (« Cyal Châelin », « Duplour », « Nesley ») et un échange avec la salle, vers 1:09:00, est trop dégradé pour être cité.
Le chiffre est posé d'entrée et sert de cadre à tout le débat : il autorise à traiter les désaccords comme résiduels. Il est repris tel quel par Cyrielle Chatelain une heure plus tard (57:52), mais pour en tirer la conclusion inverse — que les 18 % restants portent, dans une présidentielle, sur l'international et l'Europe. Aucune des deux ne cite la source du calcul, dont ni le périmètre (scrutins publics, ensemble des votes en séance ?) ni la période ne sont précisés.
« à l'Assemblée nationale, nous avons 82 % de vote en commun avec le groupe écologiste »
L'argument est illustré par une séquence de « Quotidien » où Yann Barthès aurait présenté la canicule comme un « grand moment d'unanimisme national », Bernard Arnault ayant chaud comme les ministres et comme tout le monde. Panot y oppose les soignants posant des couvertures de survie sur les vitres des hôpitaux, les classes à 40 °C en mai et les travailleurs en extérieur, pour conclure que « la première chose à faire pour faire une politique écologique, c'est une politique de partage des richesses et de taxer les riches ». C'est le fil qui relie, dans tout le débat, la question climatique à la question fiscale.
« la première leçon qu'il faut tirer de ce qui s'est passé cet été, c'est que l'écologie est une lutte de classe »
Le fonds vert, créé pour cofinancer les projets écologiques des collectivités (rénovation d'écoles, renaturation, prévention des risques), a effectivement subi des coupes successives : doté de plus de 2 milliards d'euros à son lancement, il a été réduit une première fois par décret d'annulation, puis à nouveau en loi de finances. Un rapport de un à quatre est cohérent avec cette trajectoire, mais il dépend entièrement de l'année et de la grandeur retenues — autorisations d'engagement ou crédits de paiement, montant voté ou montant réellement consommé —, aucune n'étant précisée à la tribune. À recouper sur les documents budgétaires avant validation.
« On le voit sur le fond vert, vous savez, qui a été divisé par 4 en 2 ans. »
L'accusation sert de démonstration à sa thèse générale : les économies faites sur les services publics coûtent plus cher qu'elles ne rapportent. Ni la décision, ni son auteur, ni le montant ne sont sourcés à l'antenne, et le renouvellement de la flotte de bombardiers d'eau relève de commandes pluriannuelles dont les livraisons ont été plusieurs fois décalées par le constructeur — ce qui n'est pas la même chose qu'une annulation. Le point est à recouper sur les documents budgétaires avant validation.
« on a vu monsieur Attal qui a annulé deux Canadaires pour économiser 53 millions et le résultat c'est que ça va coûter des centaines de millions voire des milliards à l'état »
Panot relie l'ampleur des surfaces brûlées à la sylviculture : monoculture, arbres du même âge, absence d'essences qui freinent la progression du feu. Elle en tire un engagement daté — « lorsque nous serons au pouvoir, nous ferons en sorte qu'il n'y ait plus aucune coupe rase dans ce pays » (14:49) — qu'elle justifie autant écologiquement que socialement, « pour les forestiers qui travaillent ». C'est l'un des rares moments du débat où une annonce de tribune recoupe mot pour mot une mesure écrite du programme.
« ils ont fait non pas une forêt mais un champ d'allumette c'est-à-dire une industrialisation de forêt avec une monoculture de pin maritime »
Trois textes, trois fronts communs entre le groupe écologiste et le groupe insoumis, cités en ouverture — c'est la contrepartie des 82 % avancés par Panot, et la manière dont Chatelain installe sa légitimité à parler devant cette salle avant d'y exposer, une heure plus tard, ce qui sépare les deux mouvements. La taxe Zucman figure au programme insoumis chargé sur RQLV ; les Écologistes n'ont pas de programme chargé dans le comparateur.
« On l'a fait sur la taxe Zucman, on l'a fait contre la loi du plomb 2, on l'a fait contre le permis de tuer »
Reprenant la formule « il est plus facile d'envisager la fin du monde que la fin du capitalisme », Cyrielle Chatelain reprend à son compte, devant une salle insoumise, le vocabulaire de rupture systémique que les Écologistes sont d'ordinaire accusés de ne pas assumer. Elle y reviendra à 50:21 — « il faut arriver à penser la fin du capitalisme pour déjouer la fin du monde ». C'est la convergence de fond que le débat cherchait à établir ; les divergences qu'elle exposera ensuite portent sur l'Europe, l'international et la méthode, pas sur ce diagnostic.
« si on n'envisage pas la fin du capitalisme, c'est notre capacité de bien vivre et d'habiter la terre qui sera remis en cause »
Chatelain renvoie explicitement à Santé publique France, seule source citée à l'antenne, et l'ordre de grandeur est cohérent avec les bilans annuels de surmortalité attribuée à la chaleur que l'agence publie chaque automne — le chiffre est donc solide et sa source vérifiable. Une précision de méthode manque néanmoins : ces bilans sont des estimations statistiques de surmortalité, obtenues en comparant la mortalité observée à une mortalité attendue, et non des décès dont la chaleur a été certifiée comme cause. L'agrégation sur la durée d'un mandat est un cadrage politique, que la publication annuelle de l'agence ne porte pas d'elle-même.
« ils ont regardé le nombre de morts de la canicule de 2017 à 2025, 9 années d'Emmanuel Macron. C'est 11 700 personnes qui sont décédées lors de canicules sous Emmanuel Macron. »
Le rapport correspond aux travaux d'Oxfam sur les inégalités climatiques, dont Chatelain ne cite pas le nom. Un point de méthode change la portée de l'argument et n'est pas dit : ces comparaisons n'additionnent pas des consommations personnelles — jets, yachts, résidences —, mais imputent aux milliardaires les émissions des entreprises dont ils détiennent des parts, au prorata de leur participation. C'est cette convention qui rend possibles des ratios de cet ordre ; elle est défendable, elle est aussi discutée, et la mesure serait très différente à périmètre « mode de vie ». Chatelain en tire la conclusion politique : « ce sont les milliardaires qui doivent renier 99 % de leur mode de vie » si les objectifs climatiques doivent être atteints.
« si on prend les milliardaires, ils émettent autant de gaz et effet de serre en 10 jours que les 50 % les plus modestes en émettent en un an »
Sa proposition est tactique autant que programmatique : s'appuyer sur la mobilisation syndicale née de l'été pour faire adopter le texte de sécurité civile resté sans inscription à l'ordre du jour. Deux chiffres sont avancés à l'appui, tous deux à recouper — plus de 200 000 pompiers volontaires en France, et « 1 000 camions-citernes feux de forêt disparus des effectifs nationaux en 20 ans » (21:08) —, ce second point visant à déplacer le débat des Canadairs, très commenté, vers les moyens terrestres qui ne le sont pas.
« Ça fait 1 an qu'il est dans les cartons »
L'arithmétique interne tient : 8 225 hectares rapportés à un terrain de football réglementaire d'environ 0,7 hectare donnent près de 11 800 terrains, l'ordre de grandeur annoncé. La source du chiffre départemental n'est en revanche pas citée — il correspond au type de données publiées par l'observatoire national de l'artificialisation, à vérifier sur le millésime exact. L'argument qu'elle en tire va au-delà du constat : les zones artificialisées, mêlant habitat et végétation, multiplient les interfaces où les départs de feu se produisent et où la lutte est la plus difficile.
« En Gironde, on a 8 000, c'est 8 225 hectares qui ont été artificialisés entre 2011 et 2025 pour globalement au 2 tiers faire des maisons individuelles. C'est 11 000 terrains de foot artificialisés. »
Le fond est documenté et sérieux : l'Autorité européenne de sécurité des aliments a recommandé d'abaisser les valeurs de référence de l'acétamipride en raison d'incertitudes sur sa neurotoxicité développementale, et le passage placentaire de la molécule est établi — c'est précisément ce qui justifie l'opposition à leur réintroduction. La formulation employée à l'antenne est en revanche plus fragile que l'argument qu'elle sert : les néonicotinoïdes ont été conçus pour se fixer sur les récepteurs nicotiniques des insectes, dont l'affinité diffère de celle des récepteurs humains, et c'est cette sélectivité qui explique leur usage. L'argument sanitaire n'avait pas besoin du raccourci neurologique ; c'est lui, et non le fond, qui le rend attaquable.
« c'est pas vrai que si ça se met entre le capteur des neurones des insectes, ça n'a pas d'impact sur les capteurs des neurones humains »
Deux griefs distincts, qu'elle articule : d'une part le gouvernement se serait donné le pouvoir de fixer l'ordre de priorité des dossiers instruits par l'agence, d'autre part la loi lui confie une mission d'accompagnement des demandeurs d'autorisation de mise sur le marché. Sa conclusion — « non seulement ils contestent des faits scientifiques mais en plus ils affaiblissent les garde-fous » — vise la combinaison des deux, qu'elle qualifie de « dynamique trumpiste ». Elle ne précise pas si le premier point relève d'un décret, d'un arrêté ou d'une circulaire, et le dit elle-même à l'antenne.
« on demande à l'Anses d'aider les producteurs de pesticides à pouvoir les mettre plus vite sur le marché »
Les deux bornes avancées sont plausibles et l'écart correspond bien à ce qu'ont produit l'intensification de l'élevage et la fertilisation azotée : les eaux bretonnes sont passées de concentrations faibles à des niveaux qui restent, aujourd'hui encore, sans commune mesure avec l'état antérieur, et les échouages d'algues vertes en sont la manifestation visible. Une précision sur la trajectoire : les concentrations ont culminé au milieu des années 1990, plus haut que les valeurs actuelles, et décroissent lentement depuis sous l'effet des programmes d'action nitrates — la courbe n'est donc pas une montée continue, ce qui ne veut pas dire que le problème soit réglé. Le second chiffre avancé dans la même phrase — plus de 19 millions de Français ayant bu une eau non conforme en pesticides — renvoie aux campagnes de contrôle des métabolites, dont le résultat varie fortement selon les molécules recherchées ; il est à recouper séparément.
« on est sur des taux de nitrates dans les eaux bretonnes qui sont passés de 5 mg par litre dans les années 60 à 33 mg par litre aujourd'hui »
Elle en tire deux hypothèses, qu'elle présente comme également accablantes : ou bien l'eau s'est évaporée, et la démonstration est faite que « la meilleure réserve d'eau, c'est le sol et les nappes phréatiques » ; ou bien des prélèvements ont eu lieu alors qu'ils étaient interdits. L'état de la réserve à la date du débat n'est pas sourcé et reste à vérifier. L'argument sert à installer la notion de maladaptation — des ouvrages qui aggravent le problème qu'ils prétendent traiter —, sur laquelle repose le moratoire inscrit au programme insoumis.
« Il se trouve que la mégabassine de Sainte-Soline est à sec complet »
L'engagement présidentiel d'une sortie du glyphosate sous trois ans est public et date de la fin 2017 ; il a été assoupli dès 2018, puis abandonné comme objectif juridiquement contraignant, et la molécule reste autorisée. La chronologie annoncée est légèrement forcée — huit à neuf ans se sont écoulés, pas dix. Panot enchaîne sur un second retournement, plus précis : les néonicotinoïdes interdits au début du premier mandat font l'objet d'une réautorisation partielle, et elle cite l'ordre des médecins invoquant les précédents de l'amiante et du chlordécone.
« on a un président de la République qui avait dit au début de son mandat dans 3 ans, il n'y aura plus de glyphosate. Bon, nous sommes 10 ans après, il y a toujours le glyphosate. »
Panot décrit une lecture définitive où les amendements de suppression de l'article autorisant les néonicotinoïdes — déposés par la gauche, mais aussi par Élisabeth Borne, précise-t-elle — n'ont pas été mis aux voix. Sa formule, « une loi que l'Assemblée nationale n'a jamais votée », vise l'article et non le texte, que l'Assemblée a bien adopté dans son ensemble. Le mécanisme exact (vote bloqué ou restriction du droit d'amendement en lecture définitive) n'est pas nommé à l'antenne et reste à vérifier au compte rendu de séance.
« en dernière lecture, c'est le gouvernement qui décide si on discute d'un amendement ou non. Et on a décidé qu'on en discuterait pas et qu'on le voterait pas. »
L'annonce est datée et vérifiable : la dernière journée réservée au groupe insoumis avant la présidentielle servira à faire voter l'abrogation de la réintroduction des deux substances. Le calcul politique est explicite — obliger les députés du bloc central qui avaient déposé des amendements de suppression à se prononcer en séance. C'est le seul engagement du débat dont l'exécution pourra être constatée avant l'élection.
« on peut gagner le 29 octobre pour interdire ces poisons qui nous rendent malades »
La séquence est utilisée comme illustration de l'impuissance ministérielle : Monique Barbut découvre la réintroduction des néonicotinoïdes, annonce qu'elle ne peut l'accepter, puis reste en fonction après un entretien que Panot attribue à Sébastien Lecornu. Panot ajoute que la ministre aurait récemment reconnu à Jean-Luc Mélenchon « le meilleur programme écologique », et l'invite depuis la tribune à voter pour lui. Les deux propos prêtés à Monique Barbut sont rapportés de seconde main, sans date ni source, et restent à recouper avant validation. Nommée depuis la société civile — Fonds pour l'environnement mondial, convention de l'ONU sur la désertification, WWF France —, elle n'a pas d'étiquette partisane.
Le découpage en 13 régions métropolitaines résulte de la loi du 16 janvier 2015 relative à la délimitation des régions, votée par le Parlement français sous la présidence de François Hollande et complétée par la loi NOTRe la même année : l'acte juridique est français, et la Commission européenne n'a ni compétence ni instrument pour redécouper les collectivités d'un État membre. Ce que Panot décrit ensuite est en revanche exact, et son « notamment » vise sans doute cela : la doctrine invoquée à l'époque — des régions de taille européenne, « compétitives » et « attractives », comparables aux Länder allemands — reprend le vocabulaire des politiques régionales de l'Union, dont le découpage statistique en NUTS a nourri l'argumentaire. C'est une filiation d'inspiration, pas une décision de Bruxelles, et le programme insoumis désigne d'ailleurs la bonne cible en proposant de supprimer les mégarégions et d'abroger la loi NOTRe.
« Nous ne sommes pas d'accord avec le fonctionnement des méga régions actuelles qui viennent notamment de la Commission européenne qui a découpé ça en 13 grandes régions »
C'est la proposition la plus développée du débat, et Panot la présente comme un point central du programme de Jean-Luc Mélenchon. L'échelon administratif serait calé sur le cycle de l'eau, avec pour mission d'arbitrer les conflits d'usage et de porter la planification écologique — « le capitalisme, il faut lui disputer deux choses : la maîtrise du temps, c'est la planification, et l'espace, c'est ce qu'on propose avec les écorégions » (38:51). La suppression des mégarégions figure au programme chargé sur RQLV ; leur remplacement par des écorégions de bassin versant, non — c'est une annonce de tribune qui va au-delà du texte écrit.
« on propose de changer radicalement ça et d'avoir des écorégions qui sont basées autour des bassins versants. Donc, il y a six bassins versants en France et 24 à peu près sous-bassins versants. »
Le critère d'accessibilité en une journée de cheval est bien l'un des principes retenus par l'Assemblée constituante lors du découpage de 1789-1790, avec la volonté explicite de « défaire les baronnies » que Panot mentionne également. Sa seconde affirmation — deux tiers des départements portant un nom de fleuve, de rivière ou de montagne — est du bon ordre de grandeur : la nomenclature géographique fut délibérément préférée aux noms de provinces, précisément pour effacer les anciennes appartenances. L'argument sert à présenter les écorégions non comme une rupture mais comme un retour à la logique fondatrice de la République.
« le fait que dans un chef-lieu vous deviez pouvoir aller au chef-lieu dans un département à une journée de cheval »
La date et l'origine correspondent : le biorégionalisme est formalisé en 1977 par Peter Berg et Raymond Dasmann, autour de la Planet Drum Foundation à San Francisco, sur l'idée d'un territoire délimité par les écosystèmes et les communautés humaines plutôt que par les frontières politiques. Le titre de la revue française qu'elle cite est inaudible dans la transcription et n'est donc pas repris ici. Le geste est politique autant qu'érudit : elle accueille la proposition insoumise en rappelant qu'elle est d'origine écologiste, avant d'y ajouter ses propres conditions.
« Il me semble que les premières apparitions, c'est 1977 […] En fait, ça vient des États-Unis, notamment de la biorégion californienne. »
C'est la première divergence de méthode exposée dans le débat, et elle porte sur un point de doctrine ancien entre les deux mouvements : le redécoupage insoumis sert un objectif de planification nationale, quand la version écologiste suppose des collectivités décidant et levant l'impôt. Elle relie ce point à l'état des finances locales — « on leur a enlevé leur autonomie fiscale » —, ce qui en fait moins une objection qu'une contre-proposition.
« ça doit être des territoires qui doivent avoir une capacité à décider, qui doivent avoir une capacité à se financer »
Chatelain ajoute un troisième terme aux deux de Panot — le temps et l'espace : le droit. Constatant qu'un fleuve pollué ou asséché n'a aucun moyen juridique de se défendre, elle propose de reconnaître une personnalité juridique aux écosystèmes, travail qu'elle attribue à Charles Fournier à l'Assemblée nationale. La symétrie qu'elle construit avec la personnalité morale des sociétés est l'argument central : ce qui a été accordé aux entreprises peut l'être aux milieux. La transcription automatique déforme ici deux termes juridiques, restitués sans ambiguïté.
« les grandes entreprises, on leur a donné la personne morale, la capacité d'ester en justice, voire même parfois la capacité de s'opposer à des décisions d'intérêt général dans leur intérêt économique propre »
L'insertion de l'international dans un débat écologique passe par une grille de lecture : Gaza et l'accès à la mer, le Liban et l'eau du fleuve, le détroit d'Ormuz et le pétrole. C'est une thèse d'analyse, présentée comme telle, et non un constat sourcé. Elle cite ensuite une déclaration attribuée à Itamar Ben Gvir sur le nombre de Palestiniens à tuer chaque nuit : le propos est rapporté au micro, sans source ni date, et doit être recoupé avant validation. C'est aussi le passage où elle situe le désaccord avec ses interlocutrices écologistes, en visant « ceux qui ne veulent pas parler de génocide ».
« nous au pouvoir nous ne laisserons jamais sans rien dire le génocide continuer contre le peuple palestinien. Nous ne laisserons pas la Palestine disparaître. »
Le grief est fondé, le chiffre ne l'est pas — et il joue contre elle. Les données de l'Insee sur les trois versants de la fonction publique vont dans le sens inverse : les effectifs ont progressé depuis 2017, au total comme dans la fonction publique d'État. L'objectif de 120 000 suppressions de postes annoncé en 2017 a été explicitement abandonné en 2019 faute d'être tenu, et c'est ce renoncement qui est documenté, pas une baisse effective. La dégradation des services publics qu'elle décrit ensuite est réelle et se mesure autrement : postes vacants durablement non pourvus, non-remplacements ciblés sur certains métiers, moyens matériels et budgets de fonctionnement. Aucun périmètre publié ne fait apparaître un recul de 100 000 agents, et aucun n'est précisé à l'antenne.
« 10 ans de macronisme, c'est 100 000 fonctionnaires de moins. 100 000 fonctionnaires de moins »
Le chiffre est attribué au Collectif Les Morts de la Rue, qui recense chaque année les décès de personnes sans domicile à partir des signalements qui lui parviennent, et qui indique lui-même que son décompte est un plancher. Panot le dit à l'antenne — « nous savons que c'est sous-estimé » —, ce qui est la bonne façon de citer cette source. L'ordre de grandeur et la tendance à la hausse sont cohérents avec les bilans publiés les années précédentes ; le millésime 2025 est à confirmer sur le rapport du collectif.
« Il y a eu au moins 960 personnes qui sont mortes dont le plus jeune était un bébé de 11 jours. »
C'est le premier désaccord que Panot expose sans y être invitée, et elle le pose comme une condition de faisabilité : les investissements de la bifurcation écologique ne tiennent pas dans les règles de déficit. La formulation est prudente — « pas forcément en accord », « mérite des discussions » —, à la différence du ton employé sur la stratégie électorale une dizaine de minutes plus tard. Cyrielle Chatelain y répondra directement (53:47).
« je sais que ça c'est un point sur lequel nous ne sommes pas forcément en accord et qui mérite des discussions, mais c'est aussi désobéir à Bruxelles sur la règle absurde de déficit »
Sa démonstration part des niveaux de valorisation atteints par les entreprises spatiales et numériques, dont elle déduit que le retour attendu par les actionnaires ne peut être servi qu'en accélérant les prélèvements — eau, minerais, énergie. Elle cite la République démocratique du Congo, où l'extraction des minerais entrant dans les composants électroniques finance et prolonge un conflit armé, lien largement documenté. La formule « on parle en billions de dollars » est un anglicisme : en anglais, « billion » vaut un milliard.
« on voit d'ailleurs très concrètement comment l'industrie du numérique aujourd'hui est l'héritier de la barbarie capitaliste »
C'est la contradiction frontale du débat, et elle est argumentée sur le fond plutôt que sur la tactique : le défi climatique excède les moyens d'un État seul, y compris la France, et suppose des coopérations entre États partageant une trajectoire. Chatelain ne conteste pas la désobéissance, elle la juge insuffisante — ce qui laisse ouverte la question de savoir si l'écart est de degré ou de nature. Elle-même annonce que « on rentrera sur un débat » sans le trancher.
« il y a pas que la question de la désobéissance à Bruxelles. Il y a aussi comment on construit un espace politique qui arrive à peser dans l'ordre mondial et suffisamment fort pour atteindre les objectifs climatiques. »
L'objection est adressée autant à son propre camp qu'à son interlocutrice : les infrastructures accumulées par le capitalisme sont devenues « une deuxième nature » — la voiture, l'usine, le supermarché —, et une politique de rupture doit dire à celui qui les utilise comment il continuera de se déplacer, de travailler et de se nourrir. Elle en tire une exigence de désirabilité : « on ne gagnera la bataille contre le capitalisme que si les 99 % sont convaincus que le problème, c'est les 1 % ». L'A69 apparaît ici en exemple, non comme sujet.
« si on prend la 69, on est en train de se battre pour construire une autoroute qui est déjà périmée mais qui va être là et qu'on va devoir gérer »
Une phrase, et une divergence de plus, sur le terrain le plus structurant : que fait-on des moyens de production. Elle ajoute qu'il faut une gouvernance partagée, « notamment des ouvriers, pour se réapproprier le capital », ce qui rapproche les deux positions sans les confondre. La prudence du « ça se discute » contraste avec la fermeté de ses réponses sur l'Europe et sur la candidature.
« moi, je préfère le modèle coopératif mais ça se discute »
Au premier tour du 10 avril 2022, Marine Le Pen devance Jean-Luc Mélenchon d'environ 421 000 voix (23,15 % contre 21,95 %), soit exactement l'ordre de grandeur avancé. Et les quatre autres candidatures de gauche sont bien toutes sous les 5 % : Yannick Jadot 4,63 %, Fabien Roussel 2,28 %, Anne Hidalgo 1,75 %, Philippe Poutou 0,77 %, Nathalie Arthaud 0,56 %. C'est l'argument central de sa démonstration stratégique, et il est solide — ce qui ne dit rien du report des voix que suppose le raisonnement.
« en 2022, Jean-Luc Mélenchon a raté le second tour de l'élection présidentielle à 420 000 voix avec des candidatures qui elles ont toutes fait moins de 5 % à gauche »
L'offre est faite en direct et assortie d'une condition de clarté : aucun compromis avec la Macronie, la censure valant ligne de démarcation et non posture parlementaire. Panot y glisse deux reproches implicites adressés aux alliances de la gauche avec le Parti socialiste — « on ne comprend pas quand d'un côté on pose notre programme et qu'on s'allie de l'autre côté avec des gens qui défendent l'A69 », et le vote de budgets macronistes. Le cadre proposé est ce qu'elle appelle un « accord au carré ».
« On a proposé l'alliance populaire avec vous et avec les communistes parce qu'il y a une logique puisqu'on a censuré ensemble les gouvernements les uns après les autres »
C'est la réponse à l'offre faite trente secondes plus tôt, et elle est négative sur la forme sans l'être sur le fond : la présidente de groupe ne peut pas engager le mouvement, seul un vote des adhérents le peut. Elle assume le délai que cela impose devant une salle visiblement impatiente — « ça prend peut-être trop de temps à vos yeux » (1:21:05) —, et le justifie par la culture délibérative de son parti. Aucune date de consultation n'est annoncée.
« la décision finale, je le dis, elle reviendra à nos adhérents »
L'écologie politique a présenté un candidat à chaque élection présidentielle depuis celle de René Dumont en 1974 — Brice Lalonde en 1981, Antoine Waechter en 1988, Dominique Voynet en 1995 et 2007, Noël Mamère en 2002, Eva Joly en 2012, Yannick Jadot en 2022 —, à une seule exception : 2017, où Yannick Jadot, désigné par la primaire écologiste, s'est retiré au profit de Benoît Hamon. Le rappel n'est pas anodin dans ce débat : il mesure ce que renoncer à une candidature coûterait à l'identité du parti, et c'est l'argument qu'elle oppose à l'urgence insoumise.
« Depuis 1974, on a toujours eu sauf une fois un candidat à la présidentielle »
C'est la concession maximale que Chatelain accorde à la salle, et elle est écrite, dit-elle, dans les textes adoptés par son parti. Elle en tire immédiatement la limite : pour un parti en capacité de présenter un candidat, envisager de soutenir quelqu'un qui n'est pas écologiste n'est « pas anodin » — c'est un choix qui doit être posé, puis tranché démocratiquement, et éclairé par les convergences programmatiques. Le fait même de poser publiquement cette possibilité est présenté comme un geste politique en soi.
« on a conscience en tant qu'écologiste qu'on ne peut pas être le bulletin de vote qui fait gagner l'extrême droite »
Répondant à une interpellation depuis la salle mettant en cause Marine Tondelier, dont la transcription automatique est trop dégradée pour être citée, Chatelain élargit la définition : le péril ne se limite plus au Rassemblement national, et venir d'un parti de tradition gaulliste ne prémunit pas contre la diffusion d'idées d'extrême droite. Elle cite nommément Bruno Retailleau, un troisième responsable dont le nom est inaudible, et les « dernières déclarations d'Édouard Philippe ». La lutte, conclut-elle, est autant électorale que culturelle. Aucune citation n'est reprise ici, la qualité de la transcription ne le permettant pas.
Chatelain reprend les 82 % de votes communs posés en ouverture pour en tirer la conclusion inverse de celle de Panot : ce qui reste — l'Europe, les questions internationales — ne constitue pas un enjeu secondaire quand on élit un président de la République, dont ce sont précisément les domaines réservés. Elle propose d'en discuter « d'organisation à organisation ». La phrase est trop hachée dans la transcription pour être citée verbatim ; elle est ici restituée en analyse. C'est la formulation la plus nette, dans tout le débat, de ce qui sépare les deux mouvements sur le terrain d'une élection présidentielle.
L'addition des deux catégories — personnes en âge de voter absentes des listes, et personnes inscrites dans une commune où elles ne résident plus — approche effectivement les dix millions dans les travaux de l'Insee et des politistes qui ont établi cette distinction. Panot en fait le pivot de son refus de la primaire : l'enjeu n'est pas de répartir un électorat existant mais d'aller en chercher un autre, « les gens un par un », ce qui demande du temps et explique, dit-elle, l'urgence ressentie dans la salle.
« nous on est un des rares mouvement politique à faire année après année des campagnes d'inscription sur les listes électorales alors qu'il y a 11 millions de gens qui sont non inscrits et mal inscrits »
L'engagement est pris devant les militants, en marge d'une réponse sur Mayotte, et rattaché à un déplacement auprès du FLNKS effectué avec Bastien Lachaud dont un documentaire est projeté le soir même. Il ne figure pas sous cette forme au programme insoumis chargé dans le comparateur, qui ne comporte sur ce terrain qu'une mesure d'ouverture des archives des guerres de décolonisation. La transcription automatique écrit « Kanie » ; le nom est restitué.
« avec la promesse que nous nous avons faite que la Kanaky Nouvelle-Calédonie sera indépendante lorsque Jean-Luc Mélenchon sera président de la République »
La résolution 64/292 de l'Assemblée générale des Nations unies, adoptée le 28 juillet 2010, reconnaît le droit à une eau potable salubre et à l'assainissement comme un droit fondamental ; elle a bien été portée par la Bolivie. Panot s'en sert pour qualifier la situation en Guadeloupe et à Mayotte, où elle décrit — après une commission d'enquête parlementaire sur l'accaparement de l'eau qu'elle dit avoir présidée — des réseaux si dégradés que les eaux usées rejoignent l'eau potable. Elle rappelle que la réponse aux manifestations guadeloupéennes fut l'envoi du RAID.
« un droit à l'eau qui, je le rappelle, est reconnu comme un droit fondamental humain à l'ONU sous l'impulsion de la Bolivie depuis 2010 »
Les deux cas cités sont ceux de conflits d'usage documentés autour de captages d'eau minérale, l'un dans le Puy-de-Dôme, l'autre dans les Vosges. L'engagement recoupe trois mesures du programme insoumis chargé sur RQLV : la gestion 100 % publique de l'eau, la gratuité des mètres cubes indispensables à la vie et le renforcement de la police de l'eau. La transcription automatique écrit « Nesley » et « Vitel » ; les deux noms sont restitués.
« les multinationales qui gèrent l'eau aujourd'hui dans les communes en délégation privée, avec nous, c'est terminé. Et de même les minéraliers comme Nestlé et Danone qui assèchent des territoires comme à Volvic ou à Vittel. Avec nous aussi ça sera terminé. »
Chatelain élargit la question de l'eau à l'ensemble des infrastructures — routes, hôpital, écoles — et rattache ce sous-investissement à l'héritage colonial français, qu'elle juge impossible à contourner. Elle raconte avoir découvert le sujet à l'Assemblée, lors d'une niche insoumise sur l'obligation vaccinale où le gouvernement a fait obstruction deux heures durant pour empêcher le vote : c'est cette négation de la parole des députés ultramarins qui lui a servi de révélateur. Un des rares moments du débat où une intervenante dit avoir changé d'avis.
« on a globalement des territoires qui sont complètement abandonnés, désinvestis avec un sentiment d'être des territoires de seconde zone et en fait ils ont raison »
Quatre rendez-vous sont annoncés par les deux intervenantes : le 15 septembre sur la canicule, le 20 septembre contre la loi dite « permis de tuer » aux côtés du collectif Stop aux violences d'État, le 26 septembre pour les marches climat citées par Cyrielle Chatelain, et le 29 septembre avec les pompiers en lutte — une question de la salle rappelant qu'ils avaient été gazés en 2019, et Panot répondant « un grand oui ». S'y ajoute la niche parlementaire du 29 octobre. C'est la traduction pratique de la thèse défendue tout au long du débat : une bataille menée à la fois dans les institutions et dans la rue.
« il y a aussi une manifestation le 15 septembre justement sur la question de la canicule avec beaucoup d'associations. Il y a évidemment la manifestation du 20 septembre contre le permis de tuer. »