PS : VIRAGE A GAUCHE DANS LEUR NOUVEAU PROGRAMME, ARNAQUE OU BANGER ?
Chronique PaduTeam d'une heure, mise en ligne le 27 avril 2026, cinq jours après la présentation du projet socialiste par Chloé Ridel. Zoé et Chris, dont la chaîne mène une campagne « Plus jamais PS », commentent un sujet de France Info sur le document de travail du parti, puis un entretien de sa porte-parole sur BFMTV face à Alain Duhamel ; ils rediffusent aussi un extrait d'Olivier Faure sur France Inter, en 2018. Rien ne distingue ces extraits dans le transcript : seuls les propos identifiables sont attribués à leur auteur. Le texte commenté a ensuite été amendé par les militants et adopté le 25 juin ; les insights le confrontent à cette version publiée. Une correction de transcription porte un verdict : « la réforme tourne » a été restitué en « la réforme Touraine », seule réforme des retraites menée par le PS, que son projet nomme lui-même.
Juste avant, les animateurs récusent l'épithète : le capitalisme reste « autant exploiteur » qu'il soit autoritaire ou non, et le mot suffit surtout au PS « pour réapparaître à gauche ». La référence est celle du discours du Bourget, le 22 janvier 2012, où François Hollande désignait son « véritable adversaire » : « le monde de la finance ». La formule courte qu'on lui prête depuis n'est pas la sienne.
« tu vois juste après à côté là il y a écrit les élites donc ennemi il y a les élites de l'oligarchie économique et financière. Donc ils sont littéralement en train de nous refaire mon ennemi c'est la finance de François Hollande pendant la campagne 2012. On en a vu les résultats hein les copains. »
Le projet adopté en juin écrit seulement « Réhausser le SMIC à 1 690 € net », sans échéance ni étape : le soupçon d'une hausse étalée sur cinq ans ne peut être ni confirmé ni écarté par le texte. L'Avenir en commun, qui vise un SMIC plus bas, 1 600 € net, précise en revanche « immédiatement ». Les 17 % sont le calcul de France Info, repris par les animateurs, qui moquent aussi un chiffre « précis » fait pour avoir l'air calculé.
« Voilà, donc ouais, c'est 17 %, on sait pas, vous le verrez, ça se trouve ce sera moins. Puis après, vous verrez que c'est 17 % mais sur le quinquennat. Ça c'est la classico là ça tu sais. Et à la fin, par rapport à l'inflation standard, vous verrez qu'en fait c'est juste un petit décalage de 2 3 %. »
Le constat sur le projet est exact : il rétablit les CHSCT, que les ordonnances de septembre 2017 avaient fondus dans le comité social et économique, mais ne touche pas à la primauté de l'accord d'entreprise, là où L'Avenir en commun abroge la loi El Khomri et les ordonnances Pénicaud pour rétablir le « principe de faveur ». L'inversion n'est pas propre à Macron : elle commence avec la loi Travail du 8 août 2016, adoptée sous François Hollande. Le plafond de 1 à 20, commun aux deux programmes, est écrit dans le projet socialiste comme une règle à l'échelle du groupe, sans renvoi à la négociation.
« À la fin ce sera soumis aux accords dans les entreprises. Ça c'est voilà une fois qu'on n'est pas revenu sur les lois Macron, tu sais qui oblige les entreprises à suivre. Ça, on parle pas assez souvent, mais tu sais l'inversion de la hiérarchie des normes chez Macron, c'est-à-dire le fait qu'aujourd'hui c'est les accords d'entreprise qui priment sur les conventions collectives ou sur les accords de branche, ce qui est très grave quoi. »
La critique ne vise pas que le PS. Les animateurs refusent l'idée d'un « gentil capitalisme » de la petite entreprise opposé aux élites financières, qu'ils rattachent à une intervention d'Aurélie Trouvé sur les petits patrons et à Marine Tondelier. Leur argument est un mécanisme : là où il n'y a pas de syndicat, une règle renvoyée à l'accord d'entreprise ne produit rien, et la commande publique n'y change rien.
« le fait d'avoir un tissu de plein de TPE, PME avec peu de syndicats, avec des tout petits nombre de salariés, ça empêche le progrès social en France. […] ce tissu-là va falloir à un moment donné le rendre progressiste par la contrainte quoi. C'est pas simplement leur donnant des carnets de commande quoi. Enfin ils vont pas demain se réveiller en disant j'ai reçu tant de commandes de l'État donc je vais accepter qu'il y a un syndicat dans mon entreprise quoi. »
L'essentiel est confirmé par l'étude de référence : Youssef Benzarti et Dorian Carloni (NBER, 2017, publiée en 2019 dans l'American Economic Journal) estiment que les propriétaires de restaurants ont empoché 41 % de la baisse de TVA promise par Nicolas Sarkozy, de 19,6 % à 5,5 % en juillet 2009, et que l'effet pour les consommateurs a été limité. L'ironie force le trait sur un point : les salariés n'ont pas rien eu, ils ont reçu 25 % du gain, les fournisseurs 16 %. Le taux est remonté à 7 % en 2012, puis à 10 % en 2014.
« quand on a baissé la TVA pour les restaurateurs, ils ont immédiatement augmenté tous leurs salariés. C'est ça qu'ils vont faire en premier. C'est ça exactement. Ah, ils l'ont pas fait. Ah non ! Ah, ils ont profité pour augmenter leur marges et exploiter encore plus les travailleurs. »
Le projet socialiste confirme la filiation : il garde la durée de cotisation de 43 annuités fixée par la loi Touraine du 20 janvier 2014, et reprend nommément les critères de pénibilité de « la réforme Touraine », avec un âge légal « ramené à 62 ans » après l'abrogation de la réforme Borne. L'âge de 62 ans, lui, n'est pas socialiste : il a été fixé par la loi Woerth du 9 novembre 2010, sous Nicolas Sarkozy, que le PS combattait alors et que la réforme Touraine a conservé. L'Avenir en commun rétablit la retraite à 60 ans pour 40 annuités.
« Et comment ça se fait qu'ils veulent la ramener à l'avant-réforme Zoé ? parce que c'était leur réforme, c'était la réforme Touraine. Et oui, car le Parti socialiste a aussi fait une réforme des retraites. C'est ça défendre le bilan de Hollande »
Les deux programmes portent la taxe de 2 %, mais pas au même seuil : le projet socialiste la fait commencer à 100 millions d'euros de patrimoine, L'Avenir en commun la réserve aux milliardaires. Les animateurs y voient une bataille de légitimité plus qu'une rupture : la mesure est à leurs yeux « extrêmement marginale sur son impact », ce qui ne l'empêche pas de faire « péter les plombs à la bourgeoisie ».
« La FI avait ce problème là d'avoir l'assentiment des grandes têtes, des Piketty, des Cagé, des machins pour avoir quel programme est le plus cohérent, le plus sérieux. Et Zucman pour eux c'est clé quoi. Si Zucman dit oui le PS a le programme à gauche le plus adapté à la crise et cetera plutôt que le programme de la FI. Pour eux ça va être important de les capter là-dessus quoi. »
Exact en recettes, la mesure habituelle : 31 milliards d'euros de cessions entre 1997 et 2002 selon le décompte de la cellule data du Parisien (septembre 2017), devant les gouvernements Balladur et Juppé (22 milliards) et Chirac (15). Il s'agissait souvent d'ouvertures de capital — France Télécom, Air France, 49 % d'ASF — plutôt que de cessions totales, et la législature suivante a cédé davantage (38 milliards), mais sous deux Premiers ministres. La pique vise les nationalisations que le projet envisage « en dernier recours ».
« Je vous rappelle que Lionel Jospin a été le premier ministre qui a le plus privatisé de l'histoire de la 5e République. »
Le projet part, selon les animateurs, de plus à gauche que le PS ne l'a « jamais été », pour atteindre l'électorat politisé par le Nouveau Front populaire, estimé à 30 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon en 2022, environ deux millions de voix. La critique vise aussi leur propre camp : l'union, disent-ils, a fabriqué ce public captable, d'où la campagne « Plus jamais PS » de la chaîne.
« Donc on rappellera aussi hein que toutes ces conneries là du NFP, voilà, c'est trop bien l'Union de la gauche et cetera, ça politise aussi des gens qui peuvent tomber dans les mains du PS avec ce genre d'arnaque. C'est pour ça que nous on avait fait aussi plus jamais PS. »
Les textes confirment le croisement sur trois mesures : le projet socialiste affiche un SMIC plus haut (1 690 € net contre 1 600 €), fait commencer la taxe Zucman à 100 millions d'euros de patrimoine quand L'Avenir en commun la réserve aux milliardaires, et plafonne comme lui les écarts de salaire de 1 à 20. LFI reste plus à gauche sur le reste : retraite à 60 ans pour 40 annuités contre 62 ans et 43 annuités, renationalisation d'EDF, d'Engie et de la SNCF là où le PS propose des participations publiques, les nationalisations n'y venant qu'« en dernier recours ».
« Non, mais ce point de départ là est quand même très important. Le point de départ du PS devrait être le truc le plus à droite de la FI et pour l'instant c'est assez proche voire même ça se croise »
Sur BFMTV, l'éditorialiste, qui dit ne connaître le texte que par « quatre ou cinq pages » de Libération, y voit « un programme de rupture, pas de rupture avec l'ensemble de la société, mais de rupture économique nette ». Les animateurs lisent la scène comme la stratégie d'Olivier Faure et de Chloé Ridel : se faire désigner radical par un commentateur du centre, sans rompre avec le NFP — la rupture visée serait avec Jean-Luc Mélenchon.
« Donc là, il donne ce que Faure et Ridel sont venus chercher. Effrayer le bourgeois […], c'est-à-dire s'ancrer à gauche, montrer que le PS est vraiment ancré à gauche, donc partir de la gauche. »
Le texte serait sorti « à la va-vite » pour cette raison, selon les animateurs, qui évoquent un livre de Boris Vallaud sur la démarchandisation. Dans l'extrait commenté, Alain Duhamel leur donne raison à sa manière : ce n'est pas un projet que François Hollande pourrait porter, « c'est assumé ». La phrase qui ouvre le document de travail, lue par France Info — « Le temps de la social-démocratie doit être dépassé » —, relève pour eux du même calcul : refuser le mot, c'est refuser Hollande et Raphaël Glucksmann, qui s'en réclament.
« Donc il faut éviter que Hollande prenne la main et tire l'appareil du PS qui n'a pas de programme, qui n'en avait pas jusque-là, trop à droite. Donc hop, on met un truc très à gauche pour pouvoir dire "Oh, il y a pas que Vallaud qui réfléchit avec son livre à la con là. Regardez ce qu'on a fait avec Chloé, c'est super à gauche." Voilà. et empêcher Hollande de tirer le truc vers la droite. »
La pique répond à Alain Duhamel, qui juge le programme « irénique ». Le texte publié en juin va plus loin que la caricature : suspension de l'accord d'association UE-Israël, embargo strict sur les exportations d'armes, soutien aux procédures de la CPI et de la CIJ, cessez-le-feu permanent à Gaza. Mais il ne vise, parmi les colons, que les « colons violents » des territoires occupés — la distinction même que le sarcasme épingle — et n'emploie pas le mot « génocide » pour Gaza, que la chronique, elle, emploie.
« Donc l'état du monde vu par Chloé et Olivier. […] c'est un monde de Bisounours. Ah ouais mais la Palestine quand même c'est pas bien mais ce serait bien qu'il soit copain avec les Israéliens même s'il y a un mur entre les deux […] et on peut être colonisé sans être méchant. Et on peut être colon sans être méchant. »
« Vivre libres » est le titre de la première partie du projet, et Chloé Ridel veut en faire, dans l'entretien, « un grand combat social pour la liberté ». Pour les animateurs, le mot est flou, idéaliste, non « matérialiste », et mobilisé d'ordinaire à droite : « personne n'est contre la liberté ». Leur objection rejoint pourtant en partie le texte, qui définit cette liberté par des conditions matérielles — « bien vivre de son travail, pouvoir se loger, se nourrir » —, et la porte-parole, qui la veut « réelle pour tous ».
« Mais oui et puis la liberté c'est toujours liberté contre liberté en fait hein. La liberté du patron de tirer de la plus-value de son salarié ou la liberté du salarié de ne pas se faire extorquer de la plus-value de son patron. »
La porte-parole décrit une liberté « de plus en plus réservée à quelques-uns » dans « un capitalisme qui est devenu un capitalisme de prédation ». Les animateurs contestent le « devenu » : ils rappellent le XIXe siècle ouvrier et la catastrophe de Courrières, puis décrivent les Trente Glorieuses comme une redistribution au centre payée par la prédation de la périphérie. La référence est au livre I du Capital, où Marx compare le capital au vampire qui ne vit qu'en suçant le travail vivant.
« C'est son rapport défini dans le livre 1 de vampirisation. Voilà, c'est son rapport abstrait. Ça veut dire son rapport total permanent. Il n'y a pas de capitalisme qui n'est pas vampire dans l'histoire du capitalisme. Si il n'est plus vampire, c'est qu'il n'est plus capitalisme. »
Les chiffres sont ceux de l'institut V-Dem (université de Göteborg) : selon son rapport de mars 2026, 74 % de la population mondiale vivait en autocratie en 2025, 26 % en démocratie ; en 2013, la part des autocraties n'était que de 48 %. La bascule d'une personne sur deux à une sur quatre a même pris une douzaine d'années plutôt que vingt. Les animateurs contestent le cadre plutôt que le chiffre : les régimes rangés parmi les dictatures seraient souvent les relais d'une périphérie tenue par le centre.
« Vous aviez une personne sur quatre dans le monde qui vivait en démocratie il y a 20 ans. C'est désormais une personne non pardon une personne sur deux maintenant c'est désormais une personne sur quatre. »
Chloé Ridel décrit une France « très fracturée sur le plan social, sur le plan territorial et même sur le plan culturel » ; les animateurs y entendent un message à la droite. Les mots de Faure sont authentiques : France Inter, 25 octobre 2018, en réponse à une question sur le « racisme anti-blanc ». Mais il les attribuait à « une de [ses] concitoyennes » et imputait la situation à la politique du logement, qui a créé « de véritables ghettos », pas « aux étrangers ». Le « grand remplacement » que la chronique lui prête n'est pas dans ses mots.
« Il y a des endroits où il y a des regroupements qui se sont faits génération après génération et qui donnent le sentiment que on est dans une forme de colonisation à l'envers. »
L'espace visé réunirait la part « très unionniste » du NFP et les électeurs de Macron déçus, qui garderaient des « structures mentales » à aimer « un Glucksmann, un Attal ». Sans Macron, les animateurs l'estiment à 12 à 15 % des voix, assez pour faire basculer vers le PS le vote utile qui avait profité à Jean-Luc Mélenchon ; en 2022, les candidats socialiste, écologiste et communiste totalisaient 8,7 % au premier tour. Deux mois plus tard, le texte adopté garde pourtant les mesures du « coup de barre » : SMIC à 1 690 €, taxe Zucman, plafond de 1 à 20.
« Donc là, ils mettent un coup de barre à gauche, ça fait beaucoup parler et cetera et puis petit à petit, ils vont refluer pour pouvoir trouver cette espèce de position centrale qui va leur permettre de capter cet électorat. En tout cas, c'est ça qu'ils vont tenter de faire. »
Sur BFMTV, on lui rappelle qu'elle a voté deux fois pour Mélenchon, et on lui demande si le projet est fait pour qu'un socialiste, plutôt que lui, soit au second tour. « C'est nécessaire », répond-elle : le PS doit « reprendre une place première à gauche ». Les animateurs y lisent la stratégie de tout le programme — être la gauche, le NFP et l'après-macronisme sans Mélenchon, donc sans L'Avenir en commun — et répliquent que le boulet qui l'encombre le plus est plutôt François Hollande.
« Pour ça que je suis au Parti socialiste, excusez-moi, je ne suis pas à la France insoumise. J'ai fait ce choix à un moment où pour beaucoup de gens de ma génération, ça n'allait pas de soi. Et je l'assume et je ne le regrette aucunement parce que Jean-Luc Mélenchon aujourd'hui est le principal boulet qui empêche la gauche de revenir au pouvoir dans notre pays. »
C'est la conclusion stratégique de la chronique, et elle vise son propre camp : face à un PS qui repart de la gauche, dénoncer ne suffit pas, il faut surenchérir en transformation, sous peine d'être pris en étau entre le PS et ce que les animateurs appellent le « pacte raciste ». L'Avenir en commun, publié pour la première fois fin 2016, a été actualisé depuis ; le comparateur du site en reproduit l'édition de 2025.
« ce qui fera la différence à la fin, c'est l'énergie de la transformation. Et aujourd'hui, le cœur du programme de la France insoumise était adapté en 2017 avant le macronisme, avant les grandes crises mondiales, avant la reconfiguration impérialiste, avant les crises absolues qui attendent le capitalisme devant lui. Aujourd'hui, il est pas assez puissant. il faut qu'il aille transformer l'appareil de production de manière bien plus radicale parce que sinon il se fera trouer par le PS et il se fera aussi trouer par le pacte raciste quoi. »
L'exemple tient : Jean-Marie Le Pen passe de 16,9 % au premier tour de 2002 à 10,4 % en 2007, tandis que Nicolas Sarkozy (31,2 %) fait réélire son camp après douze ans de présidence Chirac. Les animateurs en tirent un avertissement pour le leur : un PS « refondé à gauche », dix ans après son bilan et fort de l'expérience du NFP, peut séduire sans être l'original — « c'est pour ça que Hollande lui-même a ses chances ». D'où, disent-ils, leur campagne « Plus jamais PS ».
« en fait c'est ça cette phrase il préfère l'original à la copie elle est répétée en permanence mais elle est assez fausse en réalité l'exemple parfait de ça étant Sarkozy 2007 il va clairement chasser sur les terres du RN du FN à l'époque. clairement, c'est extrêmement visible et non, les gens préfèrent pas l'original à la copie. »