Manuel Bompard sur LCI — interdiction du voile, présidentielle, prix des carburants
Interview matinale de vingt-cinq minutes sur LCI, le mardi 1er septembre 2026, republiée sur la chaîne YouTube de Manuel Bompard. Trois séquences : la proposition du Rassemblement national d'interdire le voile dans l'espace public et la stratégie de second tour, le budget 2027 et un sondage commandé par le gouvernement, puis un échange contradictoire avec le journaliste économique sur le blocage des prix des carburants. Entre les deux, une série de questions de téléspectateurs posées par QR code. La transcription automatique déforme régulièrement les noms propres (« Retaillot », « Gluxman », « Olivier Fort », « Arselor Mital ») ; les corrections évidentes ont été faites, et les passages trop dégradés — l'énumération des candidats à la primaire socialiste, une réplique du journaliste au milieu de l'échange sur 1990 — sont restitués dans l'analyse plutôt que cités.
Le point de droit est exact : aucune loi de la République ne nomme une religion. La loi du 15 mars 2004 vise « les signes ou tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse » et celle du 11 octobre 2010 « la dissimulation du visage dans l'espace public » — toutes deux rédigées en termes généraux, quel que soit le débat sur leur cible réelle. Le statut des Juifs du 3 octobre 1940 est bien, à l'inverse, un texte qui définit et vise nommément un groupe religieux. Deux réserves : la loi du 7 juillet 1904 interdisant l'enseignement aux congrégations visait en pratique les ordres catholiques, sans les nommer par leur religion ; et « 120 ans » arrondit les 121 ans écoulés depuis 1905.
« depuis 120 ans, depuis la loi de 1905, jamais la France, la République française n'a mis en place une loi qui cible une religion en particulier. La seule fois où ça a été fait, c'était sous le régime de Vichy avec le statut des juifs »
L'attaque enchaîne directement sur la comparaison avec le statut des Juifs : le « retour aux sources » désigne la filiation historique du parti, pas seulement la constance de sa ligne. C'est la formulation la plus dure de l'interview, et elle est assumée comme telle. Le programme du RN chargé sur RQLV ne comporte pas d'interdiction du voile, mais une mesure de législation contre « les idéologies islamistes ».
« d'un certain point de vue, pour le Rassemblement national, c'est un retour aux sources. C'est une proposition extrêmement dangereuse qui fracture la République française et elle doit être combattue de toutes nos forces »
Plutôt que de discuter le principe, Bompard déplace la question sur la mise en œuvre : qui contrôle, sur quel critère, et jusqu'où. C'est l'objection que Jordan Bardella lui-même formule, en termes d'applicabilité, et elle constitue le point faible reconnu de la proposition. L'argument suppose en revanche un état de l'opinion que rien ici ne mesure.
« une majorité des Français ne veut pas introduire en France une police du vêtement, faire en sorte que les policiers aillent dans la rue pour contrôler la longueur du voile, la taille de la barbe »
La critique porte sur la stabilité de la position plutôt que sur son contenu, et elle est vérifiable en principe : il suffit de dater les trois déclarations. Elles ne sont pas sourcées ici, et le décompte demande à être recoupé sur les prises de parole du RN entre le dimanche 30 août et le mardi 1er septembre 2026. Le renvoi à un référendum tardif est la troisième version, celle que Bompard retient comme aveu d'embarras.
« déjà depuis dimanche, on a eu trois versions du Rassemblement national, c'est-à-dire que ça allait être mis en place tout de suite, que non, finalement ça ne serait pas mis en place. Et maintenant, on nous dit qu'il y a un référendum et monsieur Bardella nous dit loin dans le mandat »
La journaliste rappelle que Sébastien Chenu avait tenu la veille, au même endroit et à la même heure, la thèse du voile comme symbole de soumission de la femme. Bompard ne conteste pas le terme de soumission, il en déplace l'objet — de l'homme à Dieu — et conditionne toute la réponse au caractère libre du choix, qui est précisément le point contesté par ses adversaires.
« quand une femme décide librement de porter un voile, c'est plutôt un signe de soumission à Dieu »
L'argument est de forme, pas de fond : il ne dit pas ce qu'il faut penser du voile, il conteste la qualité de ceux qui en débattent. C'est aussi une réponse qui vaut pour lui-même, et l'interview ne comporte à aucun moment la parole d'une femme concernée.
« je trouve ça absolument inacceptable de considérer que ce serait de l'ordre ou de la responsabilité des responsables politiques très masculins d'ailleurs qui s'expriment sur ce sujet de parler à la place des femmes pour savoir ce qu'elles ont envie de faire ou non »
C'est l'argument central de toute la séquence : la liberté vestimentaire ne se défend pas dans un seul sens. La symétrie est rhétoriquement forte mais elle a une limite qu'il ne relève pas — en Iran, l'obligation est assortie d'une répression pénale et policière sans équivalent avec le débat français, ce que la comparaison aplatit.
« On reproche et on a raison au régime iranien d'obliger les femmes à porter un voile et maintenant on voudrait leur obliger à ne pas en porter un »
La proposition a bien existé : elle figurait dans le projet présidentiel de Marine Le Pen en 2022, sous la forme d'une interdiction d'accès de certains postes « stratégiques » de la fonction publique aux binationaux, et Jordan Bardella l'a reprise puis restreinte publiquement pendant la campagne des législatives de juin 2024. En revanche, le programme du RN chargé dans le comparateur RQLV n'en porte pas trace — ce qui ne permet ni de confirmer ni d'infirmer qu'elle y figure « encore ». La question de Bompard reste donc ouverte, et son présupposé est fondé.
« ça serait intéressant de savoir si c'est encore dans le programme du Rassemblement national d'interdire l'exercice de certains emplois à des Français parce qu'ils auraient une double nationalité »
Interrogé sur un possible retour du front républicain, il refuse le mot et retient la chose : il dit espérer qu'« une majorité des Français quel que soit leur point de vue politique » rejette la proposition. L'écart entre les deux est la position insoumise depuis 2024 — pas d'alliance de désistement affichée, mais un appel au rassemblement sur les « valeurs républicaines ».
« ces termes-là front républicain tout ça ils sont très connotés aujourd'hui »
L'engagement est net et ne souffre aucune condition. Il est aussi strictement négatif : il porte sur ce que les insoumis ne feront pas, non sur ce qu'ils feront — nuance que la suite de l'échange rend explicite.
« au second tour d'une élection, jamais un seul de notre bulletin de vote n'ira à un candidat du Rassemblement national, jamais »
La journaliste pose la question trois fois en nommant quatre personnalités ; Bompard répond chaque fois par l'objectif — battre le RN — et reproche à ces mêmes personnalités de « banaliser le programme du Rassemblement national ». Ce n'est pas une esquive improvisée mais la ligne insoumise depuis 2024 : un refus explicite et sans condition du bulletin RN, sans engagement de report automatique en faveur du bloc central. L'engagement reste donc asymétrique, et il est assumé comme tel.
« Il faut tout faire pour battre le Rassemblement national »
La phrase citée est le second membre d'une comparaison dont le premier — Bruno Retailleau scandant « à bas le voile » dans un meeting — est trop dégradé dans la transcription automatique pour être cité verbatim ; l'épisode auquel Bompard fait référence reste à sourcer. L'argument sert à écarter Retailleau comme recours de second tour : s'il n'y a entre les deux droites qu'une différence de degré, l'appel à faire barrage perd son objet.
« madame Le Pen et monsieur Bardella qui veulent interdire le port du voile dans l'espace public, comprenez que là on est de l'ordre de la nuance »
Au premier tour du 10 avril 2022, Marine Le Pen obtient 23,15 % et Jean-Luc Mélenchon 21,95 %, soit environ 421 000 voix d'écart. L'ordre de grandeur est le bon. C'est le même chiffre que Mathilde Panot avançait onze jours plus tôt aux Amfis de La France insoumise, sous la forme « 420 000 voix » — les deux sont cohérents entre eux et avec les résultats officiels. Ce que le chiffre ne dit pas, ici comme là-bas, c'est d'où viendraient les voix manquantes.
« Il a manqué que quelques centaines de milliers de voix en 2022 pour battre Madame Le Pen dès le premier tour »
Interrogé sur les difficultés bancaires que Sébastien Chenu évoquait la veille, il distingue l'hostilité politique et l'accès aux moyens de campagne, et tranche pour le second. Position cohérente avec la ligne qu'il tient ensuite — le RN se bat « par les urnes », pas par l'empêchement.
« aider et être solidaire du RN, non, ça fait pas partie de mes intentions. Ensuite, on peut avoir une vision du processus démocratique qui est que un candidat, quel qu'il soit, à partir du moment où il respecte un certain nombre de règles […] doit pouvoir avoir accès à des financements »
Glissée en incise, c'est une proposition institutionnelle à part entière — et une position ancienne des insoumis, qui ont réuni les parrainages difficilement en 2017. Il ne dit pas par quoi il remplacerait le filtre, ni s'il vise le seuil, la publicité des noms depuis 2016, ou les deux.
« en France, c'est la règle des 500 parrainages qui pour moi pose d'ailleurs un certain nombre de difficultés, il faudrait la remettre en cause »
La conclusion de la séquence renvoie la lutte contre le RN à la participation électorale plutôt qu'à des barrières institutionnelles ou financières. C'est le pendant de la position prise deux minutes plus tôt sur le financement, et le même argument que Mathilde Panot développait aux Amfis à propos des mal-inscrits.
« Notre meilleure arme de résistance contre le Rassemblement national, c'est de s'inscrire sur les listes électorales »
Il ne conteste pas le résultat du sondage, il en conteste la question, puis énumère les cibles possibles de l'effort : le plafond des franchises médicales pour les malades, la non-indexation des pensions pour les retraités, les salaires, le budget de l'Éducation nationale. Le procédé est efficace mais laisse entier le point soulevé par la journaliste — l'ordre de grandeur des économies à trouver.
« moi aussi je préfère des mesures ciblées et difficiles. La question c'est difficile pour qui ? »
L'objection est méthodologique : un sondage commandé par le gouvernement et qui n'interroge que le volet dépenses ne peut pas conclure sur ce que veulent les Français en matière budgétaire. Elle est étayée par le fait que les enquêtes menées en 2025 sur la taxation des très hauts patrimoines mesuraient des soutiens larges, souvent au-delà de 70 %. Le commanditaire du sondage et le fait que Sébastien Lecornu l'ait dévoilé la veille sont à recouper avant validation.
« je propose au Parisien s'il veut compléter ou au gouvernement, puisque c'est le gouvernement qui a demandé ce sondage, de demander si les Français sont favorables par exemple à rétablir l'impôt de solidarité sur la fortune »
Le diagnostic de fond — activité à l'arrêt, déficit qui ne se réduit pas malgré deux budgets d'économies — n'est pas ce qui pose problème ici, et les trois données invoquées sont à recouper auprès de l'Insee avant validation. C'est le mot qui les résume qui est trop fort : une récession se définit conventionnellement par deux trimestres consécutifs de recul du PIB, et une croissance nulle sur un trimestre n'en est pas une. L'argument politique — des économies qui ne produisent pas la réduction du déficit annoncée — n'avait pas besoin du terme.
« on est en récession économique, c'est-à-dire qu'il y a pas eu de croissance ce trimestre et que le chômage repart à la hausse »
L'annonce est faite au premier jour du séminaire gouvernemental consacré au budget 2027, et présentée comme la conséquence directe du bilan économique qu'il vient de dresser plutôt que d'un calcul politique.
« si c'est ça qu'on veut continuer, oui, il faut laisser faire le gouvernement mais moi je veux pas faire ça. Donc je vais censurer le gouvernement »
La formule « je veux pas parler à leur place » précède immédiatement une description de leurs divisions : c'est une prétérition. L'observation est en revanche factuelle et vérifiable — la primaire socialiste est ouverte, et les candidats déclarés n'ont pas la même position sur la censure du gouvernement.
« j'ai l'impression que le Parti socialiste a un débat sur ce sujet. Je veux pas parler à leur place. Je crois qu'ils sont dans un forme de congrès primaire là et que dans ce congrès primaire, j'ai l'impression que les différents candidats ne disent pas tout à fait la même chose sur la censure »
La déclaration de candidature d'Olivier Faure à la primaire socialiste est traitée comme un événement d'un autre ordre : une compétition pour la direction du parti, pas pour l'Élysée. Bompard énumère ensuite les concurrents ; la transcription automatique en déforme plusieurs, seuls Raphaël Glucksmann et Philippe Brun sont identifiables avec certitude, ce qui a conduit à ne pas citer ce passage.
« c'est juste qu'on fait pas la même chose en fait. Nous nous sommes candidats à l'élection présidentielle. Nous voulons convaincre une majorité des Français d'un programme que Jean-Luc Mélenchon défend dans cette élection »
Raphaël Glucksmann visait ceux qui, selon lui, sont « dans des négociations d'appareils » et « finiront dans le bureau de Jean-Luc Mélenchon ». Bompard commence par en récuser le registre et appelle à un « débat de fond entre des projets de société différents » — avant de faire exactement l'inverse dans la phrase suivante.
« je pense qu'il faut éviter d'utiliser des formules comme ça méprisantes les uns envers les autres »
Le conditionnel permet de porter l'accusation en s'en dédouanant — la phrase suit de vingt secondes l'appel à éviter ce type de qualificatif. Elle est adossée à une affirmation de sondage, Glucksmann « très largement distancé » par Mélenchon, qui n'est pas sourcée et reste à recouper.
« je pourrais dire que monsieur Glucksmann en maintenant sa candidature veut paver l'arrivée au pouvoir de l'extrême droite »
C'est le même dispositif que Mathilde Panot exposait aux Amfis onze jours plus tôt : une alliance construite autour de la candidature de Mélenchon, ouverte à ceux qui « restent fidèles » au mandat de 2024 — critère qui exclut de fait le PS sans avoir à le nommer. Bompard date l'appel d'avril 2026, après les municipales.
« j'ai appelé à la constitution de ce qu'on a appelé une nouvelle alliance populaire et on s'est adressé aux communistes, on s'est adressé aux écologistes, on s'est adressé à toutes celles et ceux qui d'un certain point de vue étaient resté fidèle au mandat que les électrices et les électeurs nous avaient donné en 2024 »
Le ton est nettement plus ménageant que pour le PS ou Glucksmann : « je les laisse trancher », « ceux qui souhaitent venir nous aider dans cette campagne sont les bienvenus ». Les Écologistes sont au même moment divisés en trois lignes sur la présidentielle, et Bompard s'adresse à celle qui tient l'appareil sans lui demander publiquement de se rallier.
« je dis à Marine Tondelier comme à tous les écologistes, je leur dis aujourd'hui, on est face à une élection présidentielle qui est décisive »
Le constat de fond est solide : les groupes insoumis et écologiste sont deux des plus alignés de l'Assemblée nationale, et leurs votes convergent sur l'écrasante majorité des scrutins. Le chiffre exact, lui, flotte — Mathilde Panot avançait « 82 % de vote en commun » onze jours plus tôt aux Amfis, repris tel quel par Cyrielle Chatelain, quand Bompard dit 90 %. Aucun des trois ne cite la source ni le périmètre du calcul (scrutins publics ? ensemble des votes en séance ? sur quelle période ?), si bien que le nombre relève de l'estimation de tribune plutôt que de la mesure. C'est la précision affichée qui varie, pas la réalité qu'elle décrit.
« il y a aujourd'hui une proximité politique entre les votes des insoumis, des écologistes à l'Assemblée nationale. On a voté à 90 % des cas la même chose »
Les faits sont établis et vont dans le sens de l'affirmation. Le Nouveau Front populaire arrive premier en sièges au second tour des législatives du 7 juillet 2024, sans majorité absolue ; Emmanuel Macron attend près de deux mois, écarte la candidature que la coalition arrivée en tête lui présente, et nomme Michel Barnier, issu du groupe le moins nombreux de l'Assemblée. Aucun précédent de la Ve République ne montre un chef de l'État écartant ainsi le bloc sorti en tête d'élections qu'il a lui-même provoquées. Le pouvoir de nomination de l'article 8 n'est pas contesté, mais l'exercer contre le résultat du scrutin est un choix politique, pas une contrainte institutionnelle. Seul l'absolu — « les seuls » — va au-delà de ce qui est démontrable.
« Je rappelle que les seuls qui n'ont pas respecté le résultat des urnes ces dernières années, c'est les macronistes après les élections législatives de 2024 »
L'exemple donné est précis — une discrimination à l'embauche fondée sur la couleur de peau ou la religion — et il est adossé, quelques secondes plus tôt, à l'engagement de respecter le résultat des urnes. La formule qui clôt la séquence, résister « par les moyens légaux nécessaires », est en tension avec la définition qu'il vient de donner : la désobéissance civile consiste précisément à enfreindre une loi qu'on juge illégitime.
« les actes de désobéissance civile, ça a longtemps existé dans l'histoire de France. C'est le fait que si des lois, des décisions qui sont prises vont à l'encontre des principes fondamentaux qui sont les nôtres, alors le devoir des citoyens c'est désobéir »
La question portait sur les mesures pour attirer les investisseurs ; il commence par en contester la formulation — « quels investisseurs ? » — puis substitue à l'attractivité la planification et la relocalisation. C'est un renversement complet du cadre de la question, assumé comme tel, et il correspond bien aux mesures écrites du programme insoumis.
« s'il s'agit de dérouler le tapis rouge comme le fait monsieur Macron à des investisseurs américains, qatari, qui viennent s'emparer d'industries qui sont vitales pour l'économie française pour les délocaliser ou pour les supprimer dans quelques années, je crois qu'on aura pas fait avancer la France »
Le vote a bien eu lieu : dans la nuit du 27 au 28 novembre 2025, l'Assemblée nationale adopte en première lecture la proposition de loi insoumise visant à nationaliser ArcelorMittal France, par 127 voix contre 41 et 42 abstentions, sur le rapport d'Aurélie Trouvé. Les groupes de gauche l'approuvent, les groupes soutenant le gouvernement votent contre, le Rassemblement national s'abstient. Faire adopter une nationalisation industrielle par l'Assemblée est rare, et la victoire politique est réelle. La seule imprécision est de vocabulaire : le texte adopté est une proposition de loi en première lecture, il lui faudrait un vote conforme du Sénat — dont la majorité de droite y est opposée, comme le gouvernement — pour devenir une loi applicable.
« je rappelle qu'à l'Assemblée nationale, il y a une loi qui a été votée pour la nationalisation d'ArcelorMittal et c'est quelque chose que nous mettrons en œuvre si nous arrivons au pouvoir »
La question d'un téléspectateur reprend le mot qui a circulé fin août 2026 après une prise de parole de Jean-Luc Mélenchon. Bompard écarte le verbe et lui substitue « congeler » quelques secondes plus tard, tout en attribuant à Mélenchon les deux expressions — « il a dit mettre au feu, congeler ». Le recadrage sémantique porte, mais il laisse intacte l'ambiguïté qu'il vient corriger.
« je confirme pas la formule telle que Marc la précise parce que ça ne correspond pas à notre proposition »
La détention est réelle : l'Eurosystème, et pour la dette française essentiellement la Banque de France, détient de l'ordre d'un cinquième de la dette publique française, acquise sur le marché secondaire via les programmes d'achat de la BCE. Le raccourci « elle nous appartient » se défend économiquement, les bénéfices de la Banque de France revenant à l'État. Ce que la formule escamote, c'est le droit : la Banque de France agit dans l'Eurosystème, l'article 123 du TFUE interdit le financement monétaire des États, et ni l'annulation ni la perpétuation de cette dette ne relèvent d'une décision française unilatérale.
« il y a une part aujourd'hui […] de la dette française comme de la dette des autres pays européens qui est dans les coffres de ce qu'on appelle la Banque centrale européenne et même la banque de France qui est rattachée à la Banque centrale européenne. C'est une dette qui nous appartient à nous-même »
À la question d'un téléspectateur sur les concessions que LFI serait prête à faire, la réponse est que la concession a déjà eu lieu. L'argument est recevable — les deux programmes ont bien été négociés — mais il place le plancher de toute négociation future au niveau du texte de 2024, ce qui revient à ne rien concéder de neuf.
« on a porté en 2022 avec le programme de la NUPES puis en 2024 avec le programme du Nouveau Front Populaire, on a porté un programme qui était déjà une forme de programme de compromis »
L'article L. 410-2 du code de commerce autorise bien le gouvernement à réglementer temporairement les prix par décret en Conseil d'État, en cas de situation de crise, de circonstances exceptionnelles, de calamité publique ou de situation manifestement anormale du marché. Deux réserves sur le « il suffit » : le texte exige un décret en Conseil d'État, après consultation de l'Autorité de la concurrence, et la qualification de la situation de crise est susceptible d'un contrôle du juge administratif. Le levier est donc réel, mais conditionné.
« nous on est favorable à une mesure qui est une mesure de blocage des prix. Il suffit de faire un décret, c'est prévu par le code du commerce dans des situations exceptionnelles de manière temporaire »
Le journaliste indique que les aides sectorielles et « grands rouleurs », prolongées au-delà du 31 août 2026, couvrent trois millions de Français dont la moitié ne les a pas demandées. Bompard en fait un argument de non-recours plutôt qu'un choix : le taux de recours partiel est un phénomène documenté des aides sous condition, et il est ici retourné contre le principe même du ciblage.
« c'est pas qu'une liberté de chacun, c'est aussi la difficulté de savoir que le dispositif existe, de comment on le demande et cetera »
L'argument est cohérent sur la répartition de la charge : une subvention est financée par le contribuable, un plafonnement l'est par la marge du distributeur et par les recettes fiscales que l'État renonce à percevoir — point qu'il mentionne lui-même. Ce qu'il ne tranche pas, c'est le comportement du fournisseur quand le plafond mord, qui est l'objection soulevée en face.
« on parle de dispositifs qui reposent absolument et exclusivement sur de l'argent public. Alors qu'une mesure de blocage des prix […] ça met à contribution les géants du pétrole qui sont obligés de contenir leur prix »
L'épisode est réel. Face à l'envolée du brut consécutive à l'invasion du Koweït, un décret du 8 août 1990 place le prix des carburants sous contrôle, jusqu'à la levée du dispositif en septembre. Il n'y a pas eu de pénurie — ce qui est le point que Bompard défend, et il tient. Deux précisions : le dispositif encadrait les marges de distribution en les indexant sur les cours de gros plutôt qu'il ne figeait le prix à la pompe, qui a continué de monter ; et il se situe pendant la crise du Koweït, en août 1990, non « après » la guerre du Golfe de janvier-février 1991. La coupure marquée dans la citation correspond à une réplique du journaliste que la transcription automatique rend inexploitable.
« quand on a mis en place un blocage des prix du carburant […] au début des années 90 après la première guerre du Golfe. Il n'y a pas eu de pénurie »
C'est exact et c'est le meilleur argument de la séquence. Le décret n° 2013-1314 du 27 décembre 2013 organise, en Guadeloupe, Guyane, Martinique, à La Réunion, à Mayotte, à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin, la fixation par arrêté préfectoral des prix maximaux de vente au détail des carburants et du gaz, révisés mensuellement. Le régime fonctionne depuis plus de dix ans sans pénurie d'approvisionnement — ce qui établit la faisabilité du contrôle, sans rien dire de sa transposition à un marché métropolitain vingt fois plus grand.
« une mesure de fixation du prix chaque mois par le préfet existe aujourd'hui déjà dans les départements et territoires d'outre-mer […] on contrôle le prix des carburants, il y a pas de pénurie »
L'encadrement est exact : le décret n° 2020-197 du 5 mars 2020 a fixé des prix maximaux de vente des gels hydroalcooliques, prorogé à plusieurs reprises, et il visait précisément à empêcher la spéculation sur un produit devenu vital. Le point que Bompard en tire — un plafonnement ne provoque pas de rupture d'approvisionnement — tient : les ruptures observées au printemps 2020 sont documentées et tiennent à l'explosion de la demande, pas au plafond. La formulation « il n'y a pas eu de pénurie » va toutefois plus loin que les faits : il y en a eu, pour une autre raison que celle qu'on lui oppose.
« pendant la crise sanitaire, on a bloqué le prix du gel hydroalcoolique. Il y a pas eu de pénurie »
L'argument est explicitement probabiliste — « je ne le crois pas » — et il déplace la discussion du droit vers l'anticipation d'un comportement d'acteur. Sur ce terrain, les précédents qu'il vient d'invoquer jouent en sa faveur sans être décisifs : l'encadrement métropolitain de 1990 et le régime ultramarin montrent qu'un prix administré sur du carburant importé n'a pas provoqué de rupture d'approvisionnement, mais ni l'un ni l'autre ne teste un plafonnement durable à l'échelle du marché hexagonal.
« vous considérez que vous allez avoir des géants du pétrole qui pour se faire un petit peu moins d'argent pendant quelques mois vont décider de s'asseoir définitivement sur le marché français avec des dizaines de millions de consommateurs. Je ne le crois absolument pas »
Il prend lui-même la précaution de dire qu'il n'a pas les chiffres, et l'ordre de grandeur est plausible : le prix réglementé à La Réunion s'est situé à plusieurs reprises sous la moyenne hexagonale. La comparaison ne prouve simplement pas ce qu'elle est censée prouver, parce que l'écart s'explique avant tout par la fiscalité — les départements d'outre-mer sont hors du champ de la TICPE métropolitaine et appliquent une taxe locale nettement plus faible, or la fiscalité pèse environ la moitié du prix à la pompe en métropole. Ce que le cas ultramarin démontre, en revanche, c'est l'absence de pénurie sous prix administré, et cela est vérifié à l'insight précédent.
« j'ai pas les chiffres mais il y a 2 3 mois quand j'ai regardé les chiffres sur le prix du carburant, on était à peu près 20 30 centimes de moins que dans l'hexagone »