Aurélie Trouvé face à Gaëtan Dussausaye sur franceinfo — interdiction du voile, « débat de vieux », dette
Débat de vingt-huit minutes diffusé sur franceinfo le lundi 31 août 2026 au soir, veille de la rentrée scolaire, et republié le lendemain sur la chaîne YouTube d'Aurélie Trouvé. Trois séquences : la proposition du Rassemblement national d'interdire le voile dans l'espace public, la formule de Gérald Darmanin sur le « débat de vieux » et le budget des retraites, puis une séquence « Vrai ou faux » où un journaliste de franceinfo vérifie devant les deux invités un tweet de Jordan Bardella sur la dette et une déclaration de Matthieu Pigasse sur la dette grecque. La transcription automatique déforme systématiquement les noms propres — « Gaetan du Saucé », « Tangui », « Bardel », « Darmalin », « Retaillot », « Samuel Patti », « Mathieu Pigas », « les filles » pour LFI, « désintégration » pour désindexation : les corrections évidentes ont été faites, et les passages trop dégradés sont restitués dans l'analyse plutôt que cités.
Elle pose les termes du débat avant d'en discuter le fond, et reprend la comparaison avancée en ouverture de l'émission — une contravention « au même titre qu'un automobiliste qui ne mettrait pas sa ceinture ». Gaëtan Dussausaye ne conteste ni la description ni son périmètre : le foulard des juives orthodoxes ou des religieuses catholiques ne serait pas concerné, répond-il, « non, bien sûr que non ».
« Le Rassemblement national veut envoyer la police pour mettre des amendes pour aller verbaliser toutes les femmes qui portent le voile dans la rue. Bon, déjà c'est non seulement une stigmatisation mais un acharnement à la fois contre les femmes et contre les musulmanes et contre des dizaines de milliers de nos concitoyennes. »
La journaliste présente le référendum comme la parade à une censure annoncée du Conseil constitutionnel ; il répond en décrivant deux voies d'adoption ordinaires. Ce que l'échange ne dit pas, c'est que la voie référendaire retire bien ce contrôle : depuis sa décision du 6 novembre 1962, le Conseil constitutionnel se juge incompétent pour examiner une loi adoptée par référendum, quel que soit son rang.
« le fait de passer par un référendum, ce n'est pas un référendum à portée constitutionnelle. C'est un projet de loi que l'on soumet. […] vous avez aussi une autre possibilité d'adoption qui est celle par référendum où nous décidons de solliciter l'avis des Français. »
L'enquête Ifop publiée le 18 novembre 2025 — un millier de musulmans interrogés au sein d'un échantillon de 14 244 personnes, du 8 août au 2 septembre 2025 — établit que 31 % des femmes musulmanes portent le voile, dont 19 % systématiquement : 69 % ne le portent donc pas. La même enquête donne 45 % chez les 18-24 ans, contre 16 % en 2003, ce qu'il ne cite pas. Ses chiffres et leur présentation ont fait l'objet de contestations publiques.
« Vous avez une étude de l'Ifop qui est sortie en novembre 2025 et qui disait d'ailleurs que vous aviez aujourd'hui 69 % des femmes de confession musulmane qui ne portent pas le voile et qui pratiquent leur religion. »
Le chiffre attribué à Jean-Philippe Tanguy est du bon ordre. Les enquêtes CSA pour CNEWS, Europe 1 et le JDD donnaient près de sept Français sur dix favorables à l'interdiction en novembre 2025, et 60 % au 1er septembre 2026 — 53 % pour une amende. Le résultat varie avec la formulation et se clive politiquement : 92 % chez les proches du RN, 74 % d'opposants chez les électeurs insoumis. Aurélie Trouvé ne le conteste pas ; elle lui oppose le classement des préoccupations des Français.
« si je reprends les propos de Jean-Philippe Tanguy qui dit qu'il y a 60 à 70 % des Français qui seraient pour cette disposition. Alors je sais pas d'où il tient ces chiffres »
Le grief est daté : la séquence tombe la veille d'une rentrée scolaire dont elle veut parler, et c'est « un moyen de ne pas parler » de la suppression de 4 000 postes d'enseignants ni des enfants handicapés sans AESH dans son département. Elle l'adosse à un précédent de calendrier : l'abaya, ouverte par Gabriel Attal à la même période de 2023.
« vous comprendrez bien qu'en fait le Rassemblement national nous ramène ces vieilles obsessions racistes, islamophobes et sexistes dans le débat public. Pourquoi ? Parce qu'il veut pas aborder les sujets sérieux qui préoccupent les Français. »
Le budget 2026 prévoyait la suppression de 4 032 postes d'enseignants, chiffre qui a circulé sous la forme arrondie qu'elle emploie. Fin janvier 2026, le ministère de l'Éducation nationale a annoncé un solde revu à 3 256 suppressions effectives pour la rentrée de septembre, en invoquant la baisse démographique. L'ordre de grandeur est donc le bon, la valeur exacte est celle du projet de budget et non celle appliquée.
« demain rentrée scolaire, les enfants rentrent avec 4000 enseignants en moins »
La question était concrète — la journaliste cite le voile porté à Cannes par l'influenceuse Léna Situations, et un syndicat de police devait être interrogé plus tard dans l'émission. Il répond par la compétence des agents plutôt que par un critère, et oppose deux précédents où la même objection avait été faite : les lois de 2004 et de 2010.
« la capacité de discernement à savoir qu'est-ce qui est en contradiction avec la loi telle qu'elle est votée parce que décidée par une majorité de Français, c'est une compétence qui revient à nos policiers qui savent pertinemment faire »
La citation est authentique : Jean-Luc Mélenchon l'a formulée vers 2010 à propos d'une candidate voilée du NPA, dans une période où il qualifiait aussi le voile intégral d'obscène. Ce que Gaëtan Dussausaye ne dit pas, c'est qu'elle date d'une ligne que l'intéressé a depuis explicitement abandonnée, et que La France insoumise s'oppose aujourd'hui à toute nouvelle interdiction. La journaliste lui retourne l'argument sur le plateau : prescrire aux femmes leur tenue, est-ce moins patriarcal ?
« je me souviens d'ailleurs de cette citation d'un certain Jean-Luc Mélenchon qui nous expliquait on ne peut pas se dire féministe en affichant un signe de soumission patriarcale »
Dans un extrait diffusé sur le plateau, Gérald Darmanin juge le débat français « trop souvent un débat de vieux » — retraites, santé, dépendance — quand « autour de nous, le monde bouge et investit ». Les deux invités la rejettent, ce que la journaliste relève en fin de séquence. Aurélie Trouvé retourne le mot vers le bilan économique plutôt que vers l'âge.
« C'est monsieur Macron et ses ministres, monsieur Attal, monsieur Darmanin, monsieur Retailleau, monsieur Philippe qui sont le monde de vieux si je peux me permettre parce qu'en fait leur néolibéralisme, leur politique néolibérale, c'est le vieux logiciel, ce qui a été fait depuis des dizaines d'années. »
Les données de la DREES vont dans son sens. En 2022, le niveau de vie médian des retraités est revenu au niveau de celui de l'ensemble de la population, après lui avoir été supérieur pendant plus de quinze ans ; leurs pensions sont en moyenne inférieures aux revenus des actifs, l'écart étant en partie compensé par l'absence d'enfants à charge. Côté pauvreté, 11,1 % des retraités vivent sous le seuil — mais moins souvent que l'ensemble de la population, à 14,4 %, ce qu'elle ne précise pas.
« on fait croire que les retraités sont riches et le niveau de vie moyen des retraités est un peu inférieur au niveau de vie moyen des actifs. Deuxièmement, il y a 11 % de pauvres dans les retraités. »
Aucun seuil n'est arrêté — la journaliste le rappelle sur le plateau — et les scénarios qui ont filtré s'étagent entre 2 000 et 3 000 € bruts. À 3 000 €, la mesure toucherait environ 1,7 million de personnes, soit le dixième supérieur des pensions ; la DREES situe la pension directe moyenne à 1 705 € bruts fin 2024 et compte 8 % de retraités au-dessus de 3 000 €. Aucune estimation publiée ne confirme les « plus de 40 % » à 2 000 €, même si sa conclusion — un tel seuil dépasse largement les plus aisés — n'est pas en cause.
« à 2000 €, si on va désindexer les pensions de retraite à 2000 €, ça veut dire qu'on a plus de 40 % des retraités qui sont concernés. Alors c'est pas les plus riches, c'est pas les ultra riches »
Le tweet de Jordan Bardella dit que les intérêts versés par l'État sur la dette détenue par la Banque de France lui reviennent en dividendes. Le circuit existe — l'État en est l'actionnaire unique — mais il est à l'arrêt : la Banque de France ne verse plus ni dividende ni impôt sur les sociétés depuis l'exercice 2022, la rémunération qu'elle doit aux banques ayant dépassé ses recettes d'intérêts, jusqu'à 12,5 milliards d'euros de perte en 2023. Des dividendes ont bien été versés entre 2015 et 2021.
« ce que dit Jordan Bardella, c'est pas faux en théorie mais dans la pratique la dette actuelle elle coûte de l'argent à l'État et c'est pas compensé par des dividendes qu'on toucherait de la Banque de France »
L'affirmation vient de Matthieu Pigasse, banquier d'affaires ayant participé à la restructuration de 2012, invité aux universités d'été de La France insoumise. L'échange de mars 2012 a porté sur environ 197 milliards d'euros de titres détenus par le privé, avec une décote nominale de 53,5 % — plus de 70 % en valeur actualisée : la part dépend de la mesure retenue, et les économistes consultés par franceinfo citent 59 à 65 %. L'opération a coûté : les banques grecques porteuses de dette nationale ont perdu des dizaines de milliards, et l'État a emprunté pour les recapitaliser.
« l'État grec finalement s'est débarrassé d'une dette pour d'une certaine manière en souscrire une nouvelle. Donc on peut pas vraiment dire que ça a été fait sans dommage. »
Le procédé qu'elle invoque est réel et de grande ampleur. Entre 2020 et 2022, la Réserve fédérale a porté ses avoirs en titres du Trésor jusqu'à 5 770 milliards de dollars ; elle en détient encore 4 200 milliards, logés dans la banque centrale par achat — exactement ce qu'elle demande à la BCE. Et les achats ont repris : depuis le 12 décembre 2025, la Fed acquiert environ 40 milliards de titres courts par mois. La réserve tient au présent employé : ils visent à maintenir les réserves bancaires, non à neutraliser la dette, et le stock a reculé de 1 570 milliards depuis 2022.
« C'est ce que sont en train de faire les États-Unis. C'est ça qui est intéressant. Ils sont en train de racheter leur dette pour le mettre dans la banque publique. Et c'est ça qu'on dit qu'il faut que la Banque centrale européenne fasse. »