PaduTeam — « Manon Aubry veut interdire les milliardaires »
Chronique de 51 minutes tenue par deux animateurs de la PaduTeam (Padu et Chris, de La Brèche) au lendemain des universités d'été de La France insoumise. Elle réagit au discours de Manon Aubry sur l'interdiction des milliardaires, dont plusieurs extraits sont diffusés à l'antenne, puis à la réplique du journaliste Jean-Michel Aphatie, également diffusée. La critique vient de la gauche du sujet : les animateurs saluent le déplacement (« taxer les riches, c'est pas suffisant ») mais jugent le mot d'ordre flou et les dispositifs annoncés insuffisants pour l'atteindre — le cœur du problème étant à leurs yeux la propriété privée des moyens de production, pas le seuil du milliard. Le format alterne commentaire libre, extraits sonores et longues digressions théoriques ; les insights de type « citation » précisent donc systématiquement qui parle : Manon Aubry, Jean-Michel Aphatie, ou les animateurs. La transcription automatique déforme régulièrement les noms propres et le mot « taxe » (rendu « attaque ») ; les passages trop dégradés pour être restitués sans risque sont analysés dans le corps du texte plutôt que cités.
En ouverture, les chroniqueurs replacent le discours dans ce qu'ils appellent la « moïsation » de La France insoumise : une radicalisation du programme qu'ils jugent nécessaire à la conquête du pouvoir, et non un simple positionnement de communication. Manon Aubry est présentée comme représentant l'aile modérée du mouvement, ce qui donne selon eux plus de portée à son déplacement.
« ce qu'on estime nous nécessaire pour les camarades de la FI pour leur conquête du pouvoir, c'est-à-dire de surtout pas abandonner l'espace gauche, voire même de conquérir un espace gauche encore plus grand en radicalisant le programme »
Les animateurs estiment que la formule sert d'abord à démarquer LFI des autres forces de gauche en vue de 2027, et non à affronter la droite ou le macronisme. C'est la clé de lecture de toute la chronique : ce qui est jugé, ce n'est pas la mesure en elle-même mais sa capacité à marquer une rupture que les concurrents ne pourront pas reprendre.
« ça va créer une bataille de ce que nous on pense nécessaire pour gagner la présidentielle et élargir, pas simplement une bataille avec la droite ou l'extrême droite ou avec le macronisme, mais une bataille avec la gauche »
Premier extrait diffusé du discours des Amfis. Manon Aubry adosse son déplacement à son parcours à Oxfam, où elle produisait les rapports annuels sur les inégalités. C'est la phrase que toute la chronique commente ensuite.
« Je travaillais pour l'ONG Oxfam. […] Tous les ans, on se disait : mais le niveau d'inégalité atteint un niveau stratosphérique, et on avait plus de qualificatif. Et puis on revenait avec notre rengaine habituelle, il faut taxer les riches. Mais c'est là où moi j'en suis venu à cette conclusion que taxer les riches, c'est pas suffisant. »
Les chroniqueurs rappellent qu'ils reprochaient jusqu'ici à Manon Aubry de s'en tenir à la redistribution. Leur argument : un riche fortement taxé peut se prévaloir de sa contribution pour peser légitimement sur le débat public, ce qui consolide sa position au lieu de la contester.
« taxer les riches c'est bien, reprendre l'appareil de production qui permet aux riches d'être riches, c'est un petit peu mieux. Et parfois taxer les riches, c'est quelque chose qui au final légitime le fait qu'ils aient de la richesse »
C'est le socle théorique de toute la critique. Les animateurs refusent de traiter le milliardaire comme un cas extrême sur une échelle de revenus : ce qui le distingue est un droit — celui de la propriété des moyens de production, et donc de l'exploitation. De cette prémisse découle tout le reste de la chronique, y compris le rejet du seuil du milliard comme critère pertinent.
« C'est pas une différence d'échelle […] la réalité concrète, c'est que c'est une différence de nature. […] Ils ne sont pas égaux en revenu parce qu'ils ne sont pas égaux en droit, parce que l'un a le droit de la propriété et donc, de ce qui va avec, de l'exploitation. »
Les animateurs déplacent l'argument du pouvoir d'achat vers le pouvoir tout court : la fortune ne sert pas seulement à acheter des médias, elle donne autorité sur le travail d'autrui. L'exemple pris est celui d'une décision de délocalisation qu'aucun salarié, ni même aucun cadre dirigeant, ne peut empêcher.
« demain Bernard Arnault, du jour au lendemain, s'il dit on délocalise ça, on délocalise ça. […] tu peux avoir tous les salariés qui sont contre, mais même les plus hauts cadres dirigeants qui disent c'est une connerie. Si Bernard il a la majorité des actions dans une société et qui dit faut liquider, il faut délocaliser, il va pouvoir le faire. »
Colonne vertébrale de la critique adressée au mot d'ordre : viser le montant, c'est viser un symptôme. Les animateurs soulignent qu'un millionnaire propriétaire de son outil de production leur pose davantage de problème qu'un milliardaire dont la fortune vient d'un salaire et de contrats publicitaires, et que la question du petit patronat est mal posée pour la même raison.
« c'est presque plus le problème de la propriété privée bourgeoise que le problème juste quantitatif de quelqu'un qui a beaucoup »
Après une longue digression sur des sportifs devenus milliardaires, les chroniqueurs en tirent un argument : la grande fortune produit un rapport au monde — le mérite individuel, l'hostilité au collectif, un rapport d'autorité au sein de la famille — qui survit indépendamment des dispositifs fiscaux.
« faire disparaître les milliards aussi, c'est faire disparaître ces structures mentales là »
Digression historique qui sert d'appui à la thèse : en France, la bourgeoisie se serait constituée d'abord par la délégation d'un pouvoir juridique dans la lutte de la monarchie centralisée contre l'ordre féodal, la propriété et la richesse venant ensuite. Les animateurs en tirent que le rapport de pouvoir précède le rapport économique, et qu'un programme qui ne s'attaque qu'au second ne peut pas défaire le premier.
« c'est une bourgeoisie à qui on confère d'abord du pouvoir avant de conférer de la propriété »
Manon Aubry emploie la formule « remettre les choses à l'endroit », que les chroniqueurs relèvent comme un signal adressé à leur camp. Ils y lisent le renversement complet de sa position antérieure : le problème ne se réglerait plus par la redistribution seule, mais par la conquête du pouvoir politique et juridique.
« Alors là, big up. « Remettre les choses à l'endroit », le dog whistle marxiste. […] Il y a pas plus marxiste que cette phrase : le monde à l'envers, remettre les choses à l'endroit. »
Deuxième extrait du discours. C'est l'énoncé complet du mot d'ordre, avec ses deux justifications, et c'est celui que les animateurs contestent point par point dans la suite de la chronique. La « Cyrielle » citée est Cyrielle Chatelain, qui intervenait avant elle sur la même scène.
« Taxer les riches, mais interdire les milliardaires, parce que s'il n'y a plus de milliardaires, alors il n'y a plus personne qui détient les médias. S'il n'y a plus de milliardaires, il n'y a plus personne qui massacre la planète comme l'a décrit Cyrielle. »
Première objection frontale : le slogan ne dirait pas ce qu'il fait, et ne parlerait pas aux électorats populaires qu'il est censé viser. L'objection est reprise plus loin sous une forme plus nette — on ne comprend pas pourquoi 900 millions seraient permis et un milliard interdit.
« Moi, j'aime pas trop parce que ça fait un peu démago en fait. […] Notamment pour les personnes qui sont des classes populaires qui s'intéressent pas trop au débat politique […] je suis pas sûr que ça leur parle tant que ça. »
Formulation la plus ramassée de l'objection : le mot d'ordre installe une frontière quantitative que rien ne justifie dans l'analyse, alors même que les animateurs viennent d'expliquer que le problème n'est pas quantitatif.
« tu sais pas trop pourquoi tu as le droit d'avoir 900 millions, tu as pas le droit d'avoir un milliard »
Les deux chroniqueurs ne sont pas d'accord entre eux, et le désaccord est explicite à l'antenne. Pour le second, la force de la formule tient précisément à ce qu'elle ne propose ni de réguler ni de contrôler : elle dit que la position elle-même ne devrait pas exister.
« il y a des gens pour qui je pense que le slogan peut faire un effet, de dire enfin ils ne doivent plus exister, tu sais. Il y a pas réguler, contrôler […] ce n'est pas légitime d'être milliardaire. Je pense que c'est pas rien. »
Les chroniqueurs finissent par reformuler le mot d'ordre dans les termes qui leur conviennent : non pas une loi qui plafonnerait les fortunes, mais un ensemble de dispositifs rendant leur constitution impossible. C'est exactement la correction que Raphaël Pradeau, porte-parole d'Attac, apporte sur la scène même des Amfis, en disant qu'il ne s'agit pas d'une loi qui interdirait les milliardaires.
« on peut l'entendre, tu sais, interdire dans le sens — et c'est ça qu'il faut faire — impossibiliser les milliardaires »
Réfutation directe de la première justification du mot d'ordre. L'argument : la propriété des médias n'est pas réservée aux milliardaires, et rien n'empêche une structure collective — une coopérative, un actionnariat éclaté — de tenir la même ligne éditoriale sans qu'aucune grande fortune n'y figure. Ce que vise la concentration des médias, c'est un régime de propriété, pas un seuil de patrimoine. Le programme de LFI comporte d'ailleurs des mesures qui portent sur ce régime plutôt que sur les personnes.
« Si on interdit les milliardaires, plus personne ne détient les médias : c'est pas vrai. […] tu peux très bien imaginer une détention de médias privés dans une coopérative de gens d'extrême droite. […] C'est pas besoin d'être millionnaire ou milliardaire pour détenir les choses. »
Image que les animateurs reprennent deux fois dans la chronique pour résumer leur objection : cibler les milliardaires reviendrait à combattre une domination en s'attaquant à un trait qui lui est statistiquement associé, sans toucher à ce qui la produit.
« c'est comme si tu voulais lutter contre le patriarcat et tu disais on va interdire les gens qui ont des barbes. Oui, tendanciellement, les gens qui ont des barbes, c'est plus souvent des hommes, mais pour autant, est-ce que le truc se trouve là ? »
Extrait court mais central : elle revendique la formule comme un objectif assumé, et non comme une figure de style. Attention à la lecture du transcript à cet endroit — la phrase qui suit immédiatement (« je préfère LeBron James milliardaire à un patron de feu vert ») est prononcée par l'un des animateurs par-dessus l'extrait, et non par Manon Aubry ; il le signale lui-même en précisant que ce n'est pas la position de sa rédaction.
« Oui, moi j'assume de dire que interdire les milliardaires doit être un objectif politique. »
Extrait du discours, coupé à l'antenne par la réaction des animateurs. Ceux-ci en restituent aussitôt le contenu complet : un minimum de 3 % du patrimoine à partir de 100 millions d'euros, contre les 2 % de la proposition d'origine — soit un relèvement de moitié. Le programme écrit de La France insoumise, lui, retient 2 %.
« Ce que l'on mettra en œuvre dès que l'on sera au pouvoir, c'est une taxe Zucman augmentée, c'est-à-dire un minimum de 3 % payé par les plus riches »
Les chroniqueurs énoncent eux-mêmes l'objection classique adressée à la taxe Zucman avant d'y répondre : elle porte sur un patrimoine qui ne produit pas nécessairement de revenu monétaire dans l'année. C'est la même distinction que Raphaël Pradeau traite sur la scène des Amfis, et qui structure l'essentiel du débat public sur cette mesure.
« il y a beaucoup de mecs qui ont 100 millions d'euros mais qui produisent pas d'argent avec ça, ça existe vachement. Tu sais, genre, c'est un stock, c'est pas un flux, c'est pas des revenus. »
Argument que les animateurs disent reprendre d'un économiste — la transcription automatique ne permet pas de restituer son nom avec certitude. Il déplace l'enjeu : quel que soit le taux retenu, instaurer un impôt minimum sur le patrimoine oblige l'administration à connaître le patrimoine de chacun, ce qui constitue la vraie rupture.
« Ce qui est intéressant dans la taxe Zucman, c'est pas tant le niveau que tu mets, les 100 millions, les 2 %, les 3 %. C'est que dès le moment où tu l'installes, tu es obligé de connaître le patrimoine de tout le monde. »
Appui historique du précédent argument : l'opposition de longue date à l'impôt sur le revenu en France n'aurait pas porté sur le montant prélevé mais sur la transparence qu'il imposait aux fortunes, et il aura fallu la Première Guerre mondiale pour l'emporter. Les animateurs en déduisent que la résistance à un impôt sur le patrimoine relève du même ressort.
« la bourgeoisie française […] a toujours refusé qu'on fasse l'impôt sur le revenu, très longtemps. Il a fallu attendre l'effort de guerre de la Première Guerre mondiale pour faire l'impôt sur le revenu. […] parce que ça rendait leur revenu public. […] C'était la fortune des riches dévoilée. »
Réponse des animateurs à l'objection du stock : la taxe foncière prélève déjà, chaque année, une part du revenu d'un propriétaire à raison d'un bien qui ne lui rapporte aucun flux. Ils en concluent que le mécanisme n'a rien d'inédit et qu'il ne serait qu'étendu à l'ensemble du patrimoine des plus fortunés.
« tous les gens qui sont propriétaires de leur maison, vous le faites tous les ans. Ça s'appelle littéralement de la taxe foncière. Votre maison, quand vous êtes propriétaire, vous habitez dedans, elle vous rapporte pas de flux à l'année. […] on prend votre maison, on estime combien elle peut valoir et on vous prend une partie de votre revenu, de votre salaire, à partir de votre patrimoine. »
Réponse de l'oratrice, sur scène, à l'objection du stock et du flux — celle-là même que les animateurs viennent de longuement discuter.
« Personne va nous faire croire que c'est pas du vrai argent, il le possède pas vraiment. »
Digression au fil de la discussion sur le patrimoine. Les chroniqueurs rapportent une information de presse selon laquelle Édouard Philippe aurait acquis une maison de 15 millions d'euros en Sicile, montant qu'ils jugent difficile à rapprocher des revenus qu'il déclare, et ils prennent soin de préciser qu'ils ne la tiennent pas pour établie. Ils y ajoutent une lecture politique — la multiplication des ennuis judiciaires et médiatiques depuis que Gabriel Attal se positionne pour 2027 — qu'ils présentent comme une hypothèse, sans élément à l'appui.
« il y a quelque chose qui est sorti comme quoi Édouard Philippe aurait acheté l'an dernier […] une maison à 15 millions d'euros en Sicile. Alors que, de ce que j'ai compris, il déclare un revenu qui est pas très gros, je crois moins de 100 000 € par an […]. Donc affaire à suivre. Je ne dis pas que c'est vrai, je dis que c'est sorti dans la presse. »
Extrait du discours. Elle prend soin de distinguer sa proposition de l'ISF tel qu'il existait avant sa suppression. Plus loin dans le même passage, elle en chiffre le rendement à 15 milliards d'euros, qu'elle affecte aux écoles et aux hôpitaux publics. Le programme de LFI porte bien un ISF renforcé, assorti d'un volet climatique.
« Nous mettrons en place un impôt de solidarité sur la fortune renforcé »
Critique stratégique la plus construite de la chronique. Les animateurs observent que les deux mesures phares ne sont pas propres à LFI : ce sont des dispositifs communs à la gauche, auxquels le discours n'ajoute qu'un qualificatif. Si les autres formations les reprennent, LFI se retrouve à incarner non pas la rupture, mais une variante de taux au sein d'un consensus de gauche.
« vous êtes juste en train de rajouter un épithète à des mécanismes qui seront repris aussi par vos adversaires. C'est pas une bonne chose. […] si demain la taxe Zucman est adoptée par Hollande, Glucksmann, Tondelier […] je suis désolé, la FI, c'est pas bon pour vous, parce que vous incarnez pas la rupture, vous incarnez la gauche. »
Suite du même raisonnement : un différend de taux se négocie, contrairement à un désaccord de nature. Les animateurs projettent le scénario d'un second tour suivi de législatives, où la proposition à 3 % rencontrerait celle à 2 % des partenaires de gauche pour finir à mi-chemin — et perdrait selon eux toute portée symbolique.
« si vous êtes au second tour, vous avez quand même beaucoup de chance de devoir à moitié renégocier avec des forces de gauche, publiquement ou pas, pour les législatives et pour avoir un soutien »
Alternative que les animateurs opposent à l'interdiction des milliardaires sur le terrain des médias : contraindre la forme juridique elle-même, de sorte qu'aucune propriété capitalistique n'y soit possible. Ils relèvent au passage que le programme de LFI comporte déjà, disent-ils sans certitude, une interdiction de détenir deux médias — mesure qu'ils jugent plus parlante que le mot d'ordre mis en avant.
« on pourrait obliger les médias de presse à être des sociétés associatives […] où tu ne peux pas avoir de propriété capitalistique dedans »
Synthèse de l'objection politique, que la transcription automatique rend trop mal pour être citée : le slogan effraierait l'électorat modéré par sa formulation tout en décevant l'électorat radical par ses dispositifs, sans convaincre ni l'un ni l'autre. L'autre animateur objecte que ce qui compte est de « marquer le chemin ».
Les animateurs lisent à l'antenne le message d'un commentateur économique — dont la transcription ne permet pas de restituer le nom avec certitude — expliquant qu'il n'a pas compris comment supprimer les milliardaires, puis qu'y parvenir supposerait de saisir l'entreprise. Ce qu'un adversaire présentait comme une objection par l'absurde, les chroniqueurs le revendiquent comme la conclusion à assumer.
« Vous voulez faire en sorte que Bernard Arnault ne soit plus milliardaire, il faut saisir son entreprise. Donc on nationalise LVMH. »
Aboutissement de la contre-proposition. Partant d'un diagnostic de suraccumulation du capital, les animateurs soutiennent qu'il faut en détruire une part — soit en la rendant publique, soit en rachetant des titres très en dessous de leur valeur de marché. C'est le dispositif qu'ils opposent à la fiscalité, et il est sans équivalent dans le programme écrit de LFI.
« il va falloir effectivement décapitaliser ce pays, c'est-à-dire déprivatiser ce pays. […] dire à Bernard Arnault : soit on nationalise, soit on exproprie, voire même on te rachète tes actions qui sont estimées à je sais pas 200 € de LVMH, on te les rachète à 1 € chacune, pour vraiment détruire du capital. »
Les animateurs transposent à l'interdiction des milliardaires l'argument qu'ils appliquent à la dette : une intention sans instrument ne produit rien. Ils tiennent la nationalisation des banques et la sortie de l'euro pour les conditions du reste. Le chiffre de « 12 banques systémiques françaises » qu'ils avancent n'est pas sourcé à l'antenne. Le programme de LFI socialise des banques de détail et transforme la dette détenue par la BCE, mais ne prévoit pas de sortie de l'euro.
« Si vous ne nationalisez pas les 12 banques systémiques françaises […] vous ne pouvez pas simplement créer un autre pôle bancaire. […] Si vous ne sortez pas de l'euro, c'est pareil, ça ne suffira pas, vous ne pourrez pas contraindre la BCE. »
Les chroniqueurs chiffrent ce que supposerait selon eux une interdiction effective : un taux tel que le patrimoine ne puisse pas se reconstituer, et un paiement en titres quand les liquidités manquent. La proposition n'a pas d'équivalent dans un programme déposé ; elle sert à mesurer l'écart entre l'objectif annoncé et les dispositifs qui l'accompagnent.
« c'est pas une taxe Zucman augmentée à 50 % qui va faire, c'est littéralement une taxe Zucman à 60 %. […] vous avez 100 millions, l'année prochaine vous devez payer 60 millions, vous pouvez pas, OK, bah vous nous donnez tant de votre patrimoine, pour vraiment sortir du rapport de la propriété privée. »
Objection pratique au seuil : une fortune de 5 milliards répartie entre six personnes ne compte plus aucun milliardaire tout en conservant la même puissance. C'est l'argument qui rend le plus visible pourquoi un plafond individuel ne suffit pas — et le programme de LFI y répond ailleurs, par un héritage maximal, non par l'interdiction elle-même.
« ça peut être réutilisé différemment par des gens qui vont diviser leur fortune, qui vont donner un bout à leur gamin, un bout à leur meuf […] et à la fin, ils auront plus ou moins la même puissance, plus ou moins le même argent, mais sera divisé sur 6 personnes plutôt que d'avoir 5 milliards : chacun aura 800 millions. »
Les animateurs anticipent l'attaque qui viendra en campagne : un adversaire sérieux demandera par quel mécanisme l'interdiction s'applique, et la réponse fiscale renverra à des dispositifs que le PS et les écologistes proposent aussi — sans annoncer, eux, d'interdiction. L'écart entre la promesse et l'outil devient alors une prise pour l'adversaire.
« s'il y a des adversaires politiques un peu sérieux, ils vont dire : en fait, vous faites comment pour interdire les milliardaires ? Et tu as raison, il faut des dispositifs qui les empêchent de devenir milliardaires et pas simplement qui les limite aux 999 millions. »
Argument de clôture de la démonstration économique : l'impôt sur le revenu, présenté plus tôt comme une rupture historique, a coexisté avec la formation des plus grands patrimoines jamais atteints. Les animateurs en tirent qu'un dispositif de redistribution ne touche pas les mécanismes de répartition primaire de la richesse.
« l'impôt sur le revenu n'a pas empêché de constituer les plus grosses fortunes de tous les temps qu'on a aujourd'hui dans la société capitaliste. C'est des mécanismes de redistribution. Ça n'empêche pas les mécanismes de distribution de base de l'argent, qui sont les mécanismes capitalistes. »
Extrait du discours, et pivot de la fin de la chronique : l'oratrice qualifie les milliardaires de nuisibles en prévoyant à voix haute que la séquence sera découpée et retournée contre elle. La suite de la vidéo montre cette prédiction se réaliser dans la journée.
« je veux vous convaincre aussi à quel point les milliardaires sont des formes de nuisible. J'assume. Je sais, il y a déjà des extraits qui vont être pris : « Regardez, les insoumis trouvent que les milliardaires sont des nuisibles. » Oui, oui, j'assume. Allez-y, faites un extrait. »
Séquence du journaliste Jean-Michel Aphatie, diffusée à l'antenne par les animateurs. Elle est construite en trois temps : la citation d'Édouard Drumont, La France juive (1886), puis celle d'un propos attribué à Adolf Hitler devant des évêques allemands en 1933, tous deux employant le mot « nuisible » à propos des Juifs, avant le rapprochement avec la formule de Manon Aubry. C'est l'attaque que celle-ci venait d'annoncer sur scène.
« Manon Aubry, dans la continuité de Drumont et Hitler, nous dit : « Les milliardaires sont des nuisibles. » […] Nous sommes en 2026 […] et nous avons des gens qui se présentent à l'élection présidentielle en utilisant le mot nuisible. Ce sont les mots de la violence et du totalitarisme. »
Réplique des chroniqueurs à la séquence précédente : c'est le commentateur qui associe « nuisible » et « milliardaire » aux Juifs, l'attaque révélant selon eux le présupposé de celui qui la porte. Ils rappellent la formule d'August Bebel — l'antisémitisme comme « socialisme des imbéciles » — et soutiennent qu'elle a été retournée, l'anticommunisme se présentant désormais comme une lutte contre l'antisémitisme. Ils rapprochent l'épisode de la polémique sur l'emploi du mot « financiers » par Jean-Luc Mélenchon.
« le gars, il entend nuisible, il pense au juif. […] Il entend milliardaire, il pense au juif, mais c'est les autres qui sont antisémites. »
Les animateurs affirment que la campagne visant Jean-Luc Mélenchon sur son emploi du mot « financiers » aurait été lancée par des personnes qui soutiennent aujourd'hui l'action israélienne à Gaza, qu'ils qualifient de génocide. Ils refusent explicitement de les nommer et renvoient l'auditeur à ses propres recherches : l'accusation reste donc invérifiable en l'état, et n'est reprise ici que parce qu'elle est formulée à l'antenne.
Lecture stratégique de la séquence : l'accusation fonctionnerait mieux, selon eux, contre des figures au style plus conflictuel, alors que Manon Aubry occupe dans le mouvement une position qui la rend peu attaquable sur ce terrain. Ils citent en contre-exemple les propos du député David Guiraud sur Sabra et Chatila, dont ils estiment qu'ils ont été découpés pour le faire passer pour antisémite.
« Manon Aubry, qui pour le coup, dans le camp de la France insoumise, a une image qui est nickel […]. Aller l'attaquer elle, je trouve que c'est même pas très intelligent. »
Précision utile pour lire les écarts relevés tout au long de la chronique entre les annonces de scène et le texte écrit : les animateurs indiquent que le programme présidentiel de La France insoumise est encore en consultation et attendu pour octobre ou novembre 2026. Les mesures citées ici renvoient donc au programme en vigueur, susceptible d'être révisé.
« le programme est pas encore finalisé, je crois que ça va être vers octobre, novembre, parce qu'il y a eu des consultations »