« Débat Medef : l'abjecte propagande patronale pour 2027 »
Le fil de la chronique n'est pas qu'un débat a mal tourné, mais qu'aucun autre résultat n'était possible. Chaque étage est mis en cause : le cadre (les Rencontres des entrepreneurs de France), le diffuseur (LCI, groupe TF1, propriété de Bouygues), le panel de questionneurs — des chefs d'entreprise parlant « au nom du monde de l'entreprise » —, la formulation des questions, et jusqu'à la politesse rappelée aux 4 000 patrons présents. La conclusion est empruntée à Bourdieu sur les censures invisibles qui font de la télévision « un formidable instrument de maintien de l'ordre symbolique ».
« Ce débat sur LCI de Martin Bouygues, c'était une opération de propagande de l'élite économique »
L'extrait est de Raphaël Glucksmann, qui reproche à ses adversaires leur arrogance sur l'écologie. Les chroniqueurs le lui renvoient — « je trouve ça rigolo Glucksmann qui parle de limite à l'arrogance » —, en cohérence avec la ligne de toute la chronique : le candidat de Place publique y est rangé du côté du macronisme au sens large, pas des voix qui contestent le cadre du débat.
« Recevoir de vous des leçons d'écologie après l'été qu'on vient de passer, après 10 ans perdu sur la révolution écologique et la transformation écologique, je veux dire, il y a une limite à l'arrogance. »
Dans une chronique par ailleurs uniformément critique, c'est le seul passage d'approbation franche. L'extrait retenu est la mise en garde de Jean-Luc Mélenchon — il faut augmenter le SMIC, faute de quoi « vous aurez la récession », la consommation populaire pesant selon lui 55 % du PIB. La chronique est mise en ligne le 28 août 2026, le jour même où l'Insee révise la croissance du deuxième trimestre à 0,0 % et place la France au bord de la récession technique.
« Ah ça les a un peu calmé les patrons, hein, la récession. Voilà comment on parle au Medef. On se couche pas et on avance. Le message est fort, c'est bien. »
Gabriel Attal propose de faire « un annuler et remplace » du code du travail, réécrit en quelques mois sous la forme d'une constitution de 50 pages. La réponse de Blast est ironique — le passage cité feint d'approuver — et sa thèse est qu'une déréglementation présentée comme une simplification défait des protections arrachées, sans que le débat ait porté sur ce qu'elles protègent.
« Mais oui, pourquoi on se fait chier avec de la régulation du droit du travail ? C'était si bien quand ça n'existait pas et que les gamins mouraient dans les mines pour pouvoir ensuite crever de faim en sortant. »
L'extrait est de Bruno Retailleau, qui assume de plafonner le cumul des prestations sociales. Blast y lit un partage entre bons et mauvais pauvres — « ceux qui triment, souffrent et ferment leur gueule mais qui travaillent », et les mêmes sans emploi — et range la séquence dans ce qu'elle appelle l'éviscération en direct de la protection sociale et environnementale : le droit du travail en obstacle, le principe de précaution en entrave, les fonctionnaires en obsolescence, la dépense sociale en pure perte.
« Je tape l'assistanat et j'assume, j'assume de plafonner à 70 % le total des prestations des aides sociales servies aux Français. »
Marine Le Pen annonce un choc de compétitivité entièrement fiscal — suppression des impôts de production, de la CVAE, de la CFE, du C3S. Blast répond par la tautologie, puis déplie ce que le mot recouvre sans jamais le nommer : efficacité et intégration des chaînes de production, innovation, qualité des produits, mais aussi formation et qualification des travailleurs, protection sociale, environnement administratif — dont plusieurs sont précisément ce que les candidats proposent de réduire.
« elle veut créer un choc de compétitivité pour être compétitivement compétitif en matière de compétitivité »
Blast relève l'absence totale de la condamnation de la candidate dans un débat de près de trois heures, et raille au passage la mise en avant de ses chevilles, sans bracelet électronique. L'omission est versée au dossier du consensus que la chronique reproche au dispositif : les sujets qui fâchent ne sont pas contredits, ils ne sont pas posés.
« personne n'a été chercher Le Pen sur sa condamnation et globalement le débat était assez consensuel »
Bruno Retailleau avait ouvert son propos en saluant le thème du courage retenu par le Medef, et en appelant au courage « de dire ce que trop souvent ils ne disent pas ». Quelques minutes plus tard, Raphaël Glucksmann ouvre le sien exactement de la même façon. Blast en tire un raccourci — « le disque de Raphaël n'avait qu'une seule piste et elle devait être jouée dans l'ordre » — et compare le Medef, pour un candidat LR, à « la salle des profs pour le chouchou de la classe ».
« Bonjour à tous et je suis très heureux d'être parmi vous aujourd'hui et très heureux que vous ayez choisi comme thème le courage parce que le courage c'est ce qui manque aux dirigeants français et européens depuis trop longtemps. »
Les deux extraits qui précèdent ce constat sont ceux de Marine Tondelier — 11 millions de pauvres, 1,5 million de travailleurs pauvres, 42 % des personnes au SMIC ou en dessous qui suppriment des repas — et de Jean-Luc Mélenchon, qui défend les normes par le coût sanitaire évité (9 milliards pour le diabète, 19 pour les particules fines). Des trois candidats de gauche présents, la chronique n'en retient donc que deux. Elle relève par ailleurs qu'aucune question n'a porté sur l'adaptation au dérèglement climatique des chaînes de production, de l'agriculture ou du secteur assurantiel.
« Grosso modo, ils ont été deux à tenir une ligne qui ne soit pas « Je suis à 300 km/h sur l'autoroute du post néolibéralisme et je passe la 8e » »
Pour conclure, la journaliste demande à chaque candidat, en une minute, quelle première réforme il prendrait une fois élu. Blast y voit moins une question qu'un présupposé institutionnel : un président qui décide seul. La chronique note qu'aucun candidat n'y a vraiment répondu, tant elle était mal posée.
« C'est très 5e République comme question. C'est on est à l'Élysée, on décide tout seul, il y a pas de gouvernement, pas de parlement, pas de corps intermédiaires. »
C'est la seule critique de la chronique qui vienne de sa gauche. Le contrepoids au cadrage néolibéral reviendrait selon Blast à une gauche de rupture — celle qui parle de dictature du prolétariat et de critique radicale des institutions bourgeoises — absente du plateau depuis Philippe Poutou en 2017. La proposition citée à l'appui, rétablir une taxation différenciée entre la part du profit réinvestie et celle distribuée en dividendes, est présentée comme un retour à un état antérieur du capitalisme, pas comme une sortie.
« Et non, Jean-Luc Mélenchon n'est pas un radical, il reste un réformiste, il le dit lui-même. »
Les questions étaient posées par des chefs d'entreprise. Blast y voit un déplacement : là où les journalistes ne peuvent plus tenir ces énoncés sans être contestés, l'entrepreneur les porte au nom du terrain — ce que la chronique nomme l'effet de réel. Deux exemples : un géomètre-expert aligne trois « records » français (45,3 % de prélèvements, 57,3 % de dépenses publiques, 4,8 % de déficit) et conclut que « ce n'est pas du tout une opinion, c'est une soustraction » ; un autre oppose 2 900 € net à 4 100 € de coût employeur, sans jamais rapporter l'écart à la protection sociale qu'il finance.
« Le dispositif médiatique est transparent. Faire porter la doxa néolibérale par des porte-voix aussi incontestables que possible. »