ATTAL AU BISTROT : LA PIRE CAMPAGNE DE COM DE LA PRÉSIDENTIELLE !!
Chronique de 49 minutes tenue par Zoé, médecin généraliste en zone rurale, et Chris, animateurs de la PaduTeam, enregistrée le 20 septembre 2026. Elle commente l'opération « 1 000 bistrots » lancée le 7 septembre par Gabriel Attal, candidat Renaissance à la présidentielle depuis le 22 mai : d'abord le clip publié par son équipe, dont des extraits sont diffusés, puis un article de Marianne lu à voix haute. Près d'un tiers de l'émission est un décrochage de Zoé sur l'alcool, les drogues et la réduction des risques. Le ton est militant et très ironique ; les moqueries sur l'aisance ou l'allure du candidat ne sont pas reprises.
Chris pose une règle et la chiffre par « l'équation Hamon-Jadot, 11 + 2 = 6 ». Le précédent est réel : crédité d'environ 2 %, Yannick Jadot s'est retiré le 23 février 2017 au profit de Benoît Hamon, alors donné entre 13 et 15 %, qui a fini à 6,36 %. L'exemple montre que les scores ne s'additionnent pas, sans isoler l'effet du ralliement lui-même. Début septembre 2026, Attal était crédité de 7 à 8,5 % (Ipsos, OpinionWay), Édouard Philippe du double.
« Il y a un monde où il se range derrière Hollande, tu vois, pour vraiment être malin, parce que Hollande c'est son dernier tour de piste, il y a un espace centre gauche à reconstruire. […] Et je pense qu'il va se ranger bêtement derrière Édouard Philippe […]. Je le rappelle, en politique, quand un tocard se range derrière vous, même s'il fait 5 ou 6, à la fin il vous apporte pas 6, voire même il vous fait perdre des points. »
Extrait du clip de lancement publié le 7 septembre par l'équipe du candidat, déclaré depuis le 22 mai. Son site nomme les quatre chantiers : l'école, le travail, l'intelligence artificielle, les frontières. La chronique n'en discute qu'un, l'école, pour lui opposer son bilan ; les trois autres ne sont pas abordés.
« Pendant ces 1000 bistrots, on va parler des quatre chantiers capitaux que je veux défendre. »
Le parcours est exact : secrétaire d'État à l'Éducation de 2018 à 2020, ministre de l'Éducation nationale de juillet 2023 à janvier 2024, Premier ministre jusqu'en septembre 2024, président du groupe Ensemble pour la République depuis ; député de la majorité depuis 2017, soit neuf ans plutôt que dix. Zoé ne discute pas ses mesures, promises le 30 mai — le retour du « choc des savoirs » lancé quand il était ministre, moins de 20 élèves par classe en primaire —, mais la place d'où elles sont proposées.
« Il me semble que tu es au pouvoir depuis 10 ans Gaby, genre littéralement. C'est-à-dire que tu as été Premier ministre, tu as été ministre au ministère de l'Éducation, littéralement. Donc d'où tu viens nous parler de l'école, à part pour nous expliquer que tu as fait de la merde et que du coup il faut surtout pas voter pour toi, vu que tu n'as pas fait ce qu'il fallait faire ? Tu as littéralement été le chef au Parlement des majorités qui ont tout voté, les budgets et cetera. »
La formule est authentique : ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau déclarait le 26 novembre 2024 sur franceinfo qu'« un joint ou un rail de coke, il a le goût du sang », pour « responsabiliser les consommateurs ». Zoé en tire une conséquence qu'il refuse : si le mal est dans la filière, l'autoproduction la couperait. Ce refus montre, pour elle, que l'argument vise le consommateur plus que le trafic.
« Il y avait Retailleau qui s'était pointé en disant : « Oui, quand vous fumez un joint, votre joint a le goût du sang des mafias […]. » Alors du coup, moi, ma première réaction, c'est de dire : écoute Bruno Retailleau, du coup j'imagine que tu es pour l'autoproduction de cannabis par n'importe qui, dans son jardin ou dans son placard ou sur son balcon, parce que si le problème c'est les mafias, les machins, les trucs, tu es d'accord pour que les gens autoproduisent. Bizarrement, Bruno Retailleau n'était pas d'accord. »
Le classement existe : l'étude multicritère de David Nutt et al. (The Lancet, 1er novembre 2010) note 20 substances sur 16 critères et place en tête l'alcool (72), l'héroïne (55), le crack (54) et la méthamphétamine (33). Ses auteurs concluent que les classifications en vigueur ont « peu de rapport » avec les preuves de nocivité ; la réplication auprès de 40 experts européens (van Amsterdam et al., 2015) retrouve alcool, héroïne et crack en tête. Précision : pris à part, le tort fait à l'usager est dominé par les trois drogues illicites, celui fait à autrui par l'alcool.
« Il n'y a pas de corrélation entre la dangerosité pour soi-même ou pour les autres, entre le fait que ça soit légal ou illégal. […] Quand vous classez ces deux trucs-là, il y a quatre types de substances qui apparaissent comme les plus dangereuses sur les deux plans. Dedans, il y a le crack, il y a la méth. […] Il y a l'héroïne […]. Et la 4e, les copains, c'est l'alcool. »
Zoé rattache la réduction des risques à la dépénalisation : stands en festival, matériel propre, salles de consommation, analyse des produits ne se font bien, selon elle, que si l'usage n'est pas criminalisé. Le mécanisme décrit ici en est le cœur : sans régulation, la teneur d'un produit est inconnue, et c'est cette incertitude qui expose au surdosage.
« Quand vous prenez une substance quelle qu'elle soit, si elle n'est pas régulée, si elle n'est pas dépénalisée, voire même légalisée — moi je serai pour une légalisation — et ben vous pouvez pas forcément savoir ce que vous prenez. Vous pouvez avoir des taux de substances actives qui varient énormément, et donc vous exposez à un surdosage, voire même à une overdose. »
L'origine est bien celle-là : le CDC date la première vague de la hausse des prescriptions d'opioïdes dans les années 1990, et Purdue Pharma, fabricant de l'OxyContin, a plaidé coupable le 24 novembre 2020 de complot pour tromper les autorités fédérales et de pots-de-vin versés à des médecins. Le bilan avancé ensuite, un demi-million de morts, est même en deçà : 806 000 morts par overdose d'opioïdes de 1999 à 2023 selon le CDC. Réserve : depuis 2013, la vague la plus meurtrière est celle du fentanyl de fabrication illégale, qui vient bien des trafics.
« Je rappelle qu'aux États-Unis, la plus grave crise liée aux psychoactifs, c'est la crise que vivent actuellement les États-Unis avec les opioïdes type fentanyl, oxycodone, qui viennent de la prescription médicale. C'est-à-dire que c'est pas des mafias qui se sont mis à inonder le marché, c'est une industrie pharmaceutique qui a corrompu les instances décisionnaires et les prescripteurs aux États-Unis. »
Zoé range sous un même problème l'alcoolier, le cartel et le laboratoire : c'est l'intérêt à vendre, plus que le statut légal, qui fait la publicité, le lobbying et le mensonge sur les effets. D'où une production publique « qui n'a pas intérêt à faire de la tune » ; l'encadrement du médicament ne lui suffit pas, ses agences restant, dit-elle, corruptibles. Le programme insoumis prévoit un monopole d'État pour le seul cannabis ; la chronique l'étend à l'alcool et à la cocaïne.
« Le problème, c'est la production privée. Et donc nous, on est, et je le dis clairement ici à La Brèche, pour un service public de la drogue. Je le dis comme ça, moi j'utilise pas le mot drogue, mais un service public des substances psychoactives, où la production d'alcool, la production de cannabis, la production de cocaïne et cetera sont encadrés, gérés par de la puissance publique qui n'a pas intérêt à faire de la tune dessus. Donc il va pas aller faire de la pub, qui va pas mentir sur des effets. »
Le grief n'est pas propre à la chaîne : le 12 septembre, Addictions France jugeait que la communication d'Attal allait « à l'encontre de la loi Évin », et la presse relevait l'absence du message sanitaire obligatoire ; Attal a répondu qu'il ne faisait pas « la promotion de l'alcoolisme » et défendait « un art de vivre à la française ». Le parallèle de Zoé est daté : porte-parole du gouvernement en 2021, Attal soutenait qu'un consommateur « finance de fait un trafic », et c'est sous son gouvernement qu'ont été lancées, en mars 2024, les opérations « place nette XXL ».
« Quand vous voyez ce genre de gars qui ont mené des politiques ultra répressives sur les stupéfiants, et vraiment on pourrait rentrer aussi sur comment la politique antidrogue est utilisée pour cibler des parties particulières de la société, les personnes les plus précarisées, les plus racisées et cetera. Bref, il y a vraiment beaucoup de choses à dire politiquement là-dessus, et de voir ce type faire la promotion de la consommation d'alcool en groupe alors qu'il a mené ces politiques-là, ça montre vraiment une méconnaissance du sujet et une gravité. »
L'ordre de grandeur est juste : selon le Baromètre de Santé publique France 2024, 22,2 % des adultes de 18 à 79 ans dépassent les repères de consommation à moindre risque (30,3 % des hommes, 14,6 % des femmes), une part stable depuis 2021. La nuance tient au vocabulaire : ce chiffre mesure une consommation qui expose à des risques, pas une addiction. C'est bien ce que dit Zoé, mais la phrase qui précède, sur l'accès aux soins, peut le faire lire autrement.
« Vous devez pouvoir avoir accès à des soins si vous avez des problèmes d'addiction à l'alcool. C'est 20 % des gens en France, hein, 20 % des gens qui ont un rapport à l'alcool avec un usage compliqué, qui peut avoir des conséquences sur eux-mêmes ou sur leur vie. »
Lu à l'antenne, l'article corrige le calcul fait plus tôt par la chronique, 1 000 bistrots d'ici avril, soit cinq par jour : il s'agit de rencontres tenues jusqu'à la fin septembre, surtout par des militants et des équipes locales, et le clip invitait lui-même à « en organiser un près de chez vous ». Selon Valeurs actuelles, Attal n'en avait fait que deux en personne au 23 septembre : Saint-Malo le 9, la foire du Mans le 13.
« Rassurez-vous, même s'il est partout, le candidat Renaissance à l'élection présidentielle ne prévoit pas de visiter personnellement 1000 établissements. »
Lu à l'antenne, Marianne relève des passages répétés sur CNews et la une du JDD du 2 août, où Attal dit vouloir « renverser la table » et promet « la plus grande réforme institutionnelle depuis 1958 » : deux médias contrôlés par le groupe Bolloré. La chronique ne commente que d'un « Bon choix » ironique ; l'agacement prêté à « certains membres de son propre camp » n'est pas sourcé dans ce qui est lu.
« Depuis le lancement de sa campagne, Gabriel Attal semble avoir fait le choix de la surprésence sur le terrain comme dans les médias. […] Une omniprésence dans les médias Bolloré qui aurait même fini par exaspérer certains membres de son propre camp. »
Le propos a bien été tenu, le 16 janvier 2019 sur BFMTV, mais par le ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume : « Je n'ai jamais vu […] un jeune qui sort de boîte de nuit et qui est saoul parce qu'il a bu du côtes-du-rhône. » La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, l'avait aussitôt contredit : entre le vin et le whisky, « il y a zéro différence ». Zoé y oppose sa pratique : chaque jour, des patients arrivent aux urgences pour avoir trop bu de vin.
« Le ministre de la santé de l'époque, qui a dit des dingueries sur le pinard, genre ouais le pinard c'est pas grave, personne se retrouve en coma éthylique aux urgences parce qu'il a bu du pinard. »
Marianne relaie un constat de Gérald Andrieu : 19 kilomètres séparent la naissance, la scolarité et l'implantation politique d'Attal. La chronique le lit avec Benoît Coquard, dont Ceux qui restent (La Découverte, 2019) suit les jeunes restés dans les campagnes en déclin : l'immobilité existe aussi au sommet, à ceci près que les très riches croient avoir tout vu, quand les ruraux que soigne Zoé ne prétendent pas connaître le pays.
« Il y a le livre qui est passionnant, on l'a souvent cité, de Benoît Coquard, Ceux qui restent, tu vois, mais il y a aussi un Ceux qui restent pour les très riches. […] Sachant que la différence des très riches, c'est que eux ils croient qu'ils ont connu beaucoup de choses. […] Alors que non, parce que tu vois, moi les gens de chez moi, en général ils restent sur un rayon de 19 km. […] Les gens restent beaucoup chez eux, mais jamais ils vont aller se raconter comme Gabriel Attal qu'ils connaissent le pays. »
Le droit ne l'interdit pas en soi : selon la Commission des comptes de campagne, les frais de réception d'une réunion publique sont des dépenses électorales légitimes, et non des dons en nature punis par le code électoral, tant qu'ils n'ont pas de « caractère abusif » ; ils entrent alors dans le compte de campagne. La question ne se pose pas ici : l'équipe d'Attal dit payer des assiettes de charcuterie et de fromage, « pas les boissons » (LCP, 10 septembre), ce que la chronique découvre en lisant Marianne.
« Ah mais attends, mais moi je croyais qu'il payait des coups. Et ben non, il paye pas les coups. […] Est-ce que tu as le droit, sur le plan légal, de payer de l'alcool aux gens […] pour qu'ils votent pour toi ? »
L'affirmation vient de l'article de Marianne, que la chronique approuve. Elle vaut pour le souverainisme : à la Sorbonne, le 26 septembre 2017, Emmanuel Macron rangeait le « souverainisme de repli » avec le nationalisme et l'identitarisme. Pas pour le mot : le même discours appelait à « une souveraineté européenne à construire », et deux ministères le portent depuis mai 2022, la Souveraineté industrielle et numérique et la Souveraineté alimentaire. Ce que le macronisme combattait, c'est le souverainisme hostile à l'Europe.
« Sur ce dernier sujet, les proches de Gabriel Attal appellent à un sursaut de souveraineté française. Difficile de masquer un certain étonnement : il y a quelques années encore, dans ce courant politique, le mot souveraineté était volontiers diabolisé. »
Marianne a suivi la soirée du 11 septembre dans un bistrot du 18e arrondissement : une vingtaine de militants, deux journalistes, et l'invité, Abdoulaye Kanté, porte-parole de campagne d'Attal, appelant à « éviter les extrêmes », un « épouvantail bien rodé du bloc central », écrit Marianne. Ailleurs, RTL comptait 16 inscrits à Lorient comme à Nîmes ; la porte-parole Prisca Thévenot en revendiquait 29 et 50 présents : « Ce ne sont pas des meetings. »
« Un peu plus d'une heure plus tard, la petite assemblée se disperse, pas de grande annonce, pas de foule au comptoir, mais une vingtaine de convaincus et quelques consommations. Pour le grand bain populaire, on repassera. Il reste après tout 900 et quelques bistrots. »
Dernier volet du point santé, et le plus concret : plutôt qu'une morale de l'abstinence, des règles collectives — ne pas laisser seule une personne ivre, la mettre sur le côté, appeler les secours s'il le faut, se relayer. Zoé y relève une division du travail que les soirées reproduisent sans la nommer : ce soin est le plus souvent assuré par des femmes, et elle en fait l'affaire de tous, « gère tes potes et gère tout le monde ».
« Plutôt qu'avoir des discours un peu moralisateurs, un peu machin, sur les substances psychoactives, […] remettre aussi un petit peu la culture de prendre soin les uns des autres, et notamment en soirée. Je me permets de dire que souvent c'est des meufs qui se tapent ça, de rester avec quelqu'un qui est pas bien et tout ça. Et donc ça pourrait aussi être du collectif où on se relaie. »
La sociologie qu'elle invoque est celle du vote macroniste : au premier tour de 2022, Emmanuel Macron obtenait 41 % chez les 70 ans et plus contre 20 % chez les 18-24 ans, et 35 % dans les foyers gagnant plus de 3 000 euros par mois contre 14 % sous 1 250 euros (Ipsos-Sopra Steria). La chronique en tire que les bistrots parlent à un électorat qu'Attal n'aura pas, sans toucher celui qu'il peut espérer.
« On pourrait faire une longue analyse sur le fait que Gabriel Attal ne comprend pas qui est son électorat et à qui il a envie de parler. Je vais vous le faire très vite. Jamais il va aller taper sur son électorat préférentiel, qui sont des vieux riches en haut à droite du graphique, avec ce style de truc. »