VILLEPIN : notre PROCHAIN PRÉSIDENT en 2027 ???
Réaction en direct de la chaîne Cass André (34 min) à « Le moment français », la conférence que Dominique de Villepin a donnée à la Sorbonne le 27 mars 2026, présentée comme le lancement de sa précampagne présidentielle. Deux voix commentent, sur un ton souvent sarcastique, et s'expriment en soutiens de La France insoumise : le « nous » des citations désigne ce camp. Les extraits du discours, que rien ne distingue dans le transcript, sont cités sous le nom de Villepin ; des messages du chat sont lus à voix haute. La seconde moitié est un débat entre les deux voix sur l'électorat que Villepin pourrait prendre à LFI.
Le stream ne prête pas de convictions antiracistes à Villepin : « je vous dis qu'il joue sur ce truc-là ». Il décrit un électorat que le vote LFI agrège sur l'antiracisme sans l'avoir converti à son programme économique, et que des gages symboliques, comme ses prises de position sur Gaza, suffiraient à détacher.
« Il y a une partie de l'électorat non blanc, on va dire, qui vote par exemple France insoumise sur la question de l'antiracisme mais qui par ailleurs ont des idées de droite économiquement, et que du coup, là où Villepin pourrait être un candidat qui leur convient, c'est que il a l'air de montrer des gages sur la question de l'antiracisme tout en étant un droitard économique. »
À la Sorbonne, Villepin présente Chirac comme « le dernier président de tous les Français », héritier de De Gaulle à Mitterrand. Le stream rétorque « le bruit et l'odeur » (Chirac, 1991), relaie un spectateur qui rappelle la Françafrique des années où Villepin était aux affaires, et décrit une campagne du XXIe siècle qui vend « le fantasme du retour à la stabilité du XXe ».
« Ça se repose, je pense, sur la nostalgie des gens qui votaient à droite dans cette période-là, ou alors qui ont été élevés dans une famille qui votait à droite dans cette période-là, et sur l'amnésie des jeunes générations. »
Villepin retourne contre Emmanuel Macron deux de ses phrases les plus citées : « traverser la rue » pour trouver un emploi (septembre 2018) et « des gens qui ne sont rien » (juin 2017). Le réquisitoire se prolonge sur la politique étrangère, « l'échec de la gesticulation », avant de remonter à Hollande et Sarkozy.
« C'est l'échec de la ruse en politique. […] C'est l'échec du dogmatisme en matière économique, d'un ruissellement qui n'est jamais venu, d'un paternalisme qui prétend que traverser la rue suffit à trouver du travail et prend de haut des gens qui, dit-il, ne sont rien. »
Le stream note que Villepin reproche moins à Macron son programme que d'être « dogmatique, erratique » et « pas fiable ». Il y lit l'hypothèse de la droite gaulliste — l'homme d'État comme dernière chose à laquelle les Français se fient — et juge cette posture paternaliste capable de parler « très largement » : dans les quartiers populaires, au-delà, et jusqu'à gauche.
« Plus que le programme, quel est celui qui va l'incarner et faire les choses, et vous intéressez pas trop à ce qui va être fait concrètement. […] C'est le truc de : j'incarne quelque chose sur lequel vous pouvez reposer, vous pouvez faire confiance, et ce que je ferai n'a pas vraiment d'importance. »
Juste avant, Villepin reproche à François Hollande d'avoir « miné le pacte républicain » en proposant la déchéance de nationalité. Le stream relève que la salle applaudit sur la sécurité « qui ne s'améliorerait pas » : c'est l'échec de la promesse d'ordre qui est reproché à Sarkozy, pas la promesse elle-même.
« Le sarkozysme quant à lui a introduit en France le virus de la division. Il a fragilisé l'État de droit au nom d'une sécurité qui ne s'améliorerait pas, introduit le venin d'une identité nationale définie contre l'immigration. »
Le stream crédite Villepin d'une volonté sincère de rompre avec « l'hypothèse raciste et fasciste de la droite », puis note ce que son bilan des trois présidences omet : loi travail, ordonnances, retraites — et le CPE de son propre gouvernement, retiré en avril 2006 après deux mois de manifestations. Villepin, rapporte le stream, se dit « le dernier à vous avoir écouté ».
« La déchéance de nationalité, les gens se sont offusqués, mais il y a pas eu des centaines de milliers de gens dans les rues contre la déchéance de nationalité. Par contre, il y en a eu contre la loi de travail, tu vois, […] il y a une sélectivité aussi dans la charge populaire de ce qu'il dénonce. »
Villepin se place entre deux récits : la « Nouvelle France » dont Jean-Luc Mélenchon a fait un mot d'ordre, et la « France de souche » de l'extrême droite. Le stream y voit « le retour de l'hypothèse universaliste », qu'il juge presque disparue du débat, et une manière de se situer entre l'extrême droite et Mélenchon.
« Pas de la Nouvelle France, je n'y crois pas. Pas de la France de souche, elle n'existe pas. Non, la France tout court, celle qui nous unit, celle que nous aimons, universelle et humaniste, celle que nous voulons. »
Le premier souvenir du stream est le bon : dans une tribune au Monde du 31 juillet 2025, Villepin écrit qu'« un crime a lieu à Gaza, un crime de génocide ». La ligne prudente qu'il lui prête ensuite est antérieure : le 23 novembre 2024, sur France 2, Villepin parlait encore de « soupçons de génocide » à propos de la plainte sud-africaine devant la Cour internationale de justice. À la date de la vidéo, il employait le mot depuis huit mois.
« Lui, il dit génocide, je crois, ou en tout cas […] il avait dit : moi je l'utilise pas, mais ceux qui l'utilisent ont des bons arguments, et ça a du sens. »
La charge vise le PS, Raphaël Glucksmann et les Écologistes : pour se démarquer de Mélenchon, ils auraient laissé Villepin seul sur une position ferme, et une gauche qui a partagé l'islamophobie de la droite ne pourrait plus s'en distinguer. Le programme présidentiel du PS demande pourtant la suspension de l'accord d'association UE-Israël et un embargo sur les armes.
« Sur la question internationale, il a vraiment gagné une stature sur la question de la Palestine. Vu que la gauche s'est mis à refuser de vraiment condamner Israël par distinction de Mélenchon […], lui, fait d'être un peu moins pire que les autres, tu as l'impression que c'est le Messie. »
Le stream entend dans ce quatrième mot une adresse aux Noirs et aux Arabes — « la dignité, ça reste un mot d'ordre » des mobilisations antiracistes — et s'amuse d'y trouver « du Antoine Léaument dans le texte ». Plus loin, Villepin énumère « identité, sécurité, laïcité, souveraineté et surtout humanité ».
« Le mot France lui-même s'est comme effacé du vocabulaire, réduit à n'être plus qu'un logo sur un papier à en-tête. Tout s'est rétréci, tout s'est déshumanisé. On n'écrit plus une histoire commune, on ne s'adresse plus aux citoyens, on gère des statistiques. […] Il nous faut ensemble réapprendre des mots oubliés. Liberté, égalité, fraternité, dignité. »
Le stream range Villepin dans un « gaullisme social » : candidat du « centre progressiste », il ne récupérera pas la droite radicalisée et pourrait n'être que « le droitard préféré de la gauche », adoré sans être massivement élu. La mise en garde vaut jusque dans le stream, où l'une des voix disait plus tôt : si nos adversaires de droite étaient comme lui, « je serais heureux ».
« Ce qui est horrible, c'est que on est tellement habitué à la fascisation de la politique que on confond le fait qu'un mec ait le minimum de décence humaine de ne pas être un fasciste dégénéré. Ce n'est pas pour ça qu'il aurait une politique qui va vraiment nous aider, parce qu'il ferait une politique de droite. Après, il va pas sauver les services publics. »
Répondant à un spectateur qui craint que Villepin prenne des électeurs à LFI, le stream voit l'électorat macroniste de 2017 hésiter entre « un Glucksmann belliqueux et un Villepin rassurant ». Le champ s'est polarisé depuis 2017 : la campagne qui « dépasse le clivage », celle où Villepin aurait pu capter, n'aurait plus le même effet.
« Là où je suis pas d'accord, c'est que il nous aurait pris des électeurs en 2017, à l'époque où Mélenchon jouait justement du populisme de gauche, du dépassement du clivage et cetera. Aujourd'hui Mélenchon a retrouvé pleinement sa place à gauche et même est devenu la gauche en France. […] Il va plutôt être en concurrence avec l'espace du PS et de Glucksmann et des gens qui ont cru à Macron. »
Le constat est celui de la sociologie électorale : le FN recrute « plutôt à droite » que dans les rangs de la gauche (Nonna Mayer, 1997), et Florent Gougou explique le vote ouvrier d'extrême droite par des ouvriers de droite radicalisés, le recul du vote de gauche et le renouvellement des générations — ce dernier facteur, le stream ne le cite pas. Il en tire une règle : les pères de banlieue qui voteraient Villepin votaient souvent déjà à droite, et le vote insoumis des quartiers populaires est aussi un vote de classe.
« Typiquement, ça fait partie de l'erreur d'analyse qu'on retrouve sur la progression du vote RN dans le nord-est de la France, où du coup on a l'impression que c'est les gens qui avant votaient PCF et qui étaient syndiqués à la CGT qui maintenant deviennent full RN et cetera. Il y en a dans le lot. Mais c'est aussi que les analyses de la sociologie électorale montre aussi que en fait c'est aussi une transformation du vote de droite qui existait, et qui existait aussi chez les ouvriers, qui se radicalise à l'extrême droite. »
Le stream refuse de raisonner en « grandes masses numériques acquises », comme le PS : il n'y a « pas de propriété sur les électeurs », et les électeurs de Hamon en 2017 n'auraient pour la plupart jamais voté Mélenchon. Villepin pourrait retirer des centaines de milliers de voix à LR et « faire baisser un Glucksmann » — sans exclure le scénario inverse, où c'est lui qui accède au second tour.
« Et surtout la vérité, il va faire baisser la droite et le PS, et c'est bien pour nous. C'est pour ça, moi en fait je comprends pas que vous ayez peur des pourcentages que pourrait gratter Villepin à LFI, alors que ceux qu'il va gratter, c'est ceux qui nous inquiètent vraiment. »
Villepin connaît l'obstacle : en mars 2012, il avait dû renoncer, faute d'avoir réuni les 500 présentations d'élus exigées — venant d'au moins 30 départements ou collectivités d'outre-mer, sans plus d'un dixième dans un même département, et publiées. Sans appareil, il dépend d'élus qu'un parti peut dissuader ; le stream voit sa réserve chez les maires sans étiquette, sensibles à son discours d'apaisement.
« J'avais vu des gens qui étaient en mode : « Ah, est-ce qu'il va avoir ses 500 signatures ? » Ça reste quand même le loser magnifique de la droite […]. Donc c'est vrai que la question, c'est est-ce que la droite va faire barrage à sa signature. Il y a une peur de la division à droite en ce moment. »