💥 Souveraineté, régulation, investissement : nos propositions sur l'IA.
Premier volet du « grand débat IA de la présidentielle », organisé le 25 septembre 2026 au stade Vélodrome de Marseille dans le cadre du salon Artificial Intelligence Marseille (AIM) et diffusé en direct par BFMTV. Cinq responsables politiques y répondent aux questions des journalistes : Sarah Knafo (Reconquête), Olivier Faure (Parti socialiste), Manuel Bompard (La France insoumise), Xavier Bertrand (Les Républicains) et Alexandre Loubet (Rassemblement national). La vidéo est publiée par Manuel Bompard, mais aucune voix n'y domine : chaque carte dit qui parle. Trois noms déformés par la transcription automatique, dont dépendent des vérifications, ont été rétablis : Laure Darcos (« Lord Arcos »), Fouju (« Fuju ») et Bleu (« Blue »).
Son exemple renvoie à un essai réel, qui va dans son sens. Dans MASAI, conduit par l'université de Lund sur 105 934 femmes, la lecture assistée par IA a détecté 29 % de cancers en plus, sans davantage de faux positifs, et réduit de 44 % la charge de lecture des radiologues (Lancet Digital Health, février 2025). Les résultats finaux montrent aussi moins de cancers d'intervalle, découverts entre deux dépistages (The Lancet, février 2026). « Infiniment plus » force le trait : c'est un gain de près d'un tiers, déjà considérable.
« Alors qu'à l'inverse, ce qu'on observe dans d'autres nations, c'est qu'on a déjà réussi à prendre en compte l'IA dans des progrès médicaux. Je pense notamment à la Suède qui arrive à dépister infiniment plus de cancer du sein par exemple et de rendre du temps aux soignants pour les cas complexes. »
Le chiffre est celui du gestionnaire du réseau. RTE estime la consommation des centres de données à environ 10 TWh aujourd'hui, 2 % de la consommation d'électricité, et la projette à 23-28 TWh en 2035, soit environ 4 %, une part modeste au regard des excédents d'électricité du pays, souligne RTE. Il s'agit d'électricité et non de toute l'énergie, et c'est une projection de référence, qui suppose que tous les projets annoncés ne verront pas le jour, plutôt qu'un plafond. Personne, dans ce débat, n'avait avancé les « 50 % » qu'il écarte.
« on est capable entre la construction, entre les usages et la formation au métier de l'intelligence artificielle d'avoir des emplois, qu'au final, c'est pas quand on a un data center à côté de chez soi qu'on sera privé d'électricité à certaines heures de la journée. Heureusement qu'on a le nucléaire et qu'en 2035, dans le meilleur des cas, 4 % de l'énergie sera consacrée au data center, pas 50 %. »
Son argument tient en une phrase : l'IA se nourrit de la création humaine et ne la remplacera pas si elle disparaît. Il place donc la presse et la création en tête des « garanties » à apporter tout de suite, surtout à l'échelle européenne. Le texte français le plus proche est cosigné par une sénatrice de son parti, Agnès Evren : la proposition de loi Darcos, votée à l'unanimité au Sénat le 08/04/2026, qui attend toujours son examen en séance à l'Assemblée.
« En n'oubliant pas parce qu'il y a des priorités, je le dis devant vous, c'est la question de la presse, c'est la question de la culture et de la création. Certains qui sont les seigneurs de l'IA ne se rendent pas compte que s'il y a plus de création, l'IA ne remplacera pas. Ça en revanche, on doit apporter des garanties tout de suite au niveau national mais aussi et surtout au niveau européen. »
Les deux étages existent déjà en partie. L'ONU a créé le 26/08/2025 un groupe scientifique international indépendant sur l'IA, 40 experts chargés d'évaluations publiques, sur le modèle du GIEC. Et le règlement européen sur l'IA (AI Act) soumet déjà les IA « à haut risque » à une évaluation de conformité avant leur mise sur le marché, le plus souvent conduite par le fournisseur lui-même ; son application a été repoussée au 02/12/2027. Faure va plus loin : une autorisation délivrée par la puissance publique, comme pour un médicament.
« Il faudrait que à l'échelle mondiale on ait l'équivalent de ce qu'on a fait sur le dérèglement climatique qu'il y ait à la fois un GIEC avec des experts qui puissent objectiver […] et puis que au plan national nous ayons au fond ce qu'on a sur le médicament. L'agence du médicament autorise les mises sur le marché de médicaments en fonction de tests qui sont réalisés. Je souhaite que la puissance publique là aussi puisse dire quelles sont les IA à haut risque, celles qui peuvent menacer notre commune humanité et puis et bien autorise ou n'autorise pas les mises sur le marché. »
Le droit du travail impose déjà de consulter le comité social et économique avant l'introduction d'une nouvelle technologie (article L2312-8), et des tribunaux l'ont appliqué à des outils d'IA en 2025 et 2026. Faure veut passer de la consultation à l'accord obligatoire, et faire payer le reclassement ou la formation par l'entreprise qui remplace le travail humain. Le programme socialiste prévoit un droit à la reconversion et un compte de formation dédié à l'IA.
« je souhaite qu'il y ait des accords obligatoires avant la mise en place d'IA dès lors qu'elle modifie substantiellement le travail des salariés et que ce soit une négociation, que ce ne soit pas simplement en fait le fait du prince, qu'il y ait quand il y a des débauchages parce que ça va être le cas et bien qu'il y ait une obligation de reclassement ou de formation qu'il soit à la charge de l'entreprise qui supprime du travail humain pour le remplacer par la machine. »
Le raisonnement suit l'économie réalisée jusqu'au bout : ce que l'entreprise ne verse plus en salaires, la protection sociale le perd en cotisations et la collectivité le paie en allocations. D'où la proposition qu'il formule juste après : élargir l'assiette qui finance la protection sociale et faire verser à la collectivité « une forme de dividende IA ». Le programme socialiste prévoit une loi sur l'IA au travail pour partager les gains de productivité.
« Vous avez dans une entreprise 10 comptables et puis demain vous en aurez plus qu'un seul. Et donc on peut se dire ben c'est mieux pour l'entreprise. Elle a économisé neuf salaires. Oui, elle a économisé neuf salaires. Mais alors ces neuf salaires, c'est à la fois neuf cotisations pour la protection sociale qui ne rentrent plus et puis c'est neuf personnes qui sont au chômage et que l'État que nous allons prendre ensemble en charge avec les revenus de solidarité. »
L'argument existe et a des soutiens de poids : en octobre 2025, David Sacks, conseiller de la Maison-Blanche pour l'IA, a accusé Anthropic de mener « une stratégie sophistiquée de capture réglementaire fondée sur la peur ». Mais les alertes ne viennent pas des seuls géants : le Rapport international sur la sûreté de l'IA (03/02/2026), rédigé par plus de 100 experts sous la présidence du chercheur Yoshua Bengio, les documente aussi. Et la plupart des géants combattent les règles : Meta a refusé en juillet 2025 le code de conduite européen, et le super PAC Leading the Future, financé notamment par le président d'OpenAI, a levé 125 millions de dollars en 2025 contre les élus qu'il juge hostiles à l'industrie.
« Vous citiez tout à l'heure les géants de l'IA en disant même les géants de l'IA nous disent qu'il y a des risques. Mais surtout les géants de l'IA. Pourquoi ? parce qu'ils veulent pouvoir réguler au maximum pour empêcher leurs concurrents émergents de venir dans ce système. Donc en réalité, vous n'avez que les géants de l'IA qui viennent souligner des risques énormes avec beaucoup de catastrophisme pour forcer leur gouvernement à légiférer et empêcher la concurrence de venir. »
C'est la ligne de Knafo : légiférer « à la frontière entre l'IA et l'individu », par le code pénal national, plutôt que par des chartes internationales que « ni Pékin ni Washington ne vont même lire ». Le rappel historique est fondé : Bismarck avait abrégé et durci la dépêche d'Ems, publiée le 13/07/1870, six jours avant la déclaration de guerre française. Et le code pénal a déjà été adapté : depuis la loi SREN du 21/05/2024, diffuser sans son consentement un hypertrucage d'une personne est un délit (article 226-8).
« Donc nous ce qu'on veut c'est être une nation puissante, une nation qui innove et qui régule les risques lorsqu'ils sont face aux citoyens. On a pour ça notre code pénal et même si certes la technologie avance, on fait en réalité face à des risques qu'on connaît déjà. Les faux ça existe depuis l'aube de l'humanité. Alors certes, grâce à Chat GPT, grâce à Claude et grâce à toutes les autres IA, on peut falsifier beaucoup plus vite et à moindre coût mais des faussaires, ça existe depuis toujours. Je vous rappelle que la guerre de 1870 a été provoquée par un faux créé par Bismarck. »
Le point de départ est juste : le Japon subventionne les robots de soin depuis 2015, et son immigration reste faible au regard de l'Europe, avec environ 3 % de résidents étrangers. Mais elle existe et bat des records : 4,12 millions de résidents étrangers fin 2025 (+9,5 % en un an), et un objectif de 1,23 million de travailleurs étrangers d'ici 2028, y compris dans le soin aux personnes âgées. La Corée atteint elle aussi un record, 4,1 % de sa population.
« Au Japon et en Corée, il y a pas d'immigration et on l'utilise déjà parce que ça aide les personnes âgées […] pour les libérer sur du temps humain. »
Le fait est exact et daté. Le lundi 21 septembre 2026, en marge de l'Assemblée générale, le président finlandais Alexander Stubb et le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre ont lancé une déclaration signée par une vingtaine d'États, dont l'Allemagne, l'Espagne et l'Afrique du Sud, et par la Commission européenne : tests obligatoires des modèles avancés et création d'une institution internationale capable de fixer des normes et de les vérifier. La France ne l'a pas signée, pas plus que les États-Unis, la Chine ou le Royaume-Uni. Le texte demande d'« explorer » cette institution, sans en faire expressément une agence de l'ONU.
« Cette semaine là, la semaine où on se parle en début de semaine en marge de l'Assemblée générale des Nations Unies, il y a une initiative qui a été lancée par 20 pays Finlande, Norvège, dedans, vous avez l'Allemagne, l'Espagne, l'Afrique du Sud qui disent il faut installer une agence de l'ONU pour travailler sur les questions d'intelligence artificielle et mettre en place un cadre mondial sur le sujet. »
L'ordre de grandeur est celui qu'avancent les acteurs du secteur, sans qu'aucun décompte public ne donne exactement ce ratio. « Les acteurs français représentent moins de 10 % du poids économique du secteur », estime le président de Thésée DataCenter, cité par l'Observatoire des multinationales (07/05/2026), qui conclut que les centres de données restent majoritairement contrôlés par des entreprises étrangères, surtout américaines. Le chiffre porte donc sur le poids économique et sur les acteurs français plutôt que sur le nombre de projets. Le plus gros d'entre eux, le campus de Fouju, est détenu à 70 % par le fonds émirati MGX et Nvidia.
« Vous voulez une politique en matière de souveraineté ? Je suis d'accord. Faut une politique en matière de souveraineté. Il y a juste un problème hein. 90 % des projets de data center aujourd'hui en France, ils sont hors Europe. Ils sont hors détenteurs et capitaux européens. Donc si vous voulez avoir une politique de développement d'une intelligence artificielle souveraine, moi j'assume de dire par exemple faut un moratoire sur le développement des data center non souverain pour pouvoir précisément avoir une politique de développement de data center souverain qu'on contrôle dans lequel on met les données publiques et dans lequel on entraîne des modèles qui sont des modèles souverains »
Les ordres de grandeur tiennent. Pour un centre de données d'IA d'un gigawatt, Epoch AI estime l'énergie à environ 7 % du coût complet annualisé, et les serveurs à 60 % ; près de 90 % des puces graphiques de ces centres sont conçues par l'américain Nvidia. La crainte de saturation du réseau est réelle : RTE avait réservé près de 18 GW de capacité à environ 80 projets en mai 2026, contre 5 GW fin 2024. Loubet en tire la conclusion inverse de Bertrand : les centres étrangers évinceraient les français.
« Et la réalité, vous savez, c'est que pour un data center, monsieur Bertrand, 10 % de la valeur, c'est l'énergie. C'est ce qui reviendra à la France. Probablement quelques pourcents localement pour des emplois et c'est tant mieux. Mais tout le reste, plus de 80 %, c'est de la valeur ajoutée qui partira dans les puces importées d'Asie et dans les logiciels qui sont des services américains. Donc plus on développera des data center comme le souhaite la macronie dont vous êtes le bras armé dans votre région et plus en réalité ces data center à capitaux étranger freineront oui monsieur Bertrand l'émergence de data center français parce que ils satureront l'accès à notre réseau électrique »
Le reproche sur le nucléaire est exact : le programme de LFI prévoit d'en sortir et d'abandonner les projets d'EPR. Les « 20 % du temps », en revanche, confondent deux notions. Le facteur de charge de l'éolien terrestre était de 21,8 % en 2024 (RTE) : il rapporte la production à ce que la machine fournirait à pleine puissance toute l'année. Il ne dit pas qu'elle tourne un jour sur cinq ; une éolienne tourne plus de 6 000 heures par an, souvent en deçà de sa puissance maximale. Bompard lui répond que les associations qu'il accuse s'opposent justement aux centres de données non souverains qu'il dit combattre.
« Vous dites qu'il faut un moratoire sur les data center étrangers. Pourquoi pas ? Mais en réalité avec toutes vos association dont vous êtes amis et bien en réalité vous faites moratoire sur l'ensemble des projets industriels. Dès qu'on voudra installer une usine de semi-conducteur, vous vous mobiliserez, […] vous ferez des recours pour bloquer l'implantation d'usine sur le sol français. […] Comment vous les faites tourner en matière énergétique sans le nucléaire puisque vous voulez arrêter le nucléaire ? Comment vous les faites tourner ? Répondez à cette question avec les éoliennes qui ne fonctionne que 20 % du temps. »
L'exemple est exact, la règle qu'il en tire trop large. Bleu, détenu à 100 % par Orange et Capgemini, exploite sous licence les technologies de Microsoft et vise la qualification SecNumCloud de l'ANSSI, qui exige l'immunité aux lois extraterritoriales ; il n'en a validé que le premier jalon (17/11/2025). Mais cette protection tient à la détention française de l'opérateur, pas à l'implantation en France : un centre de données exploité par une entreprise américaine reste soumis au Cloud Act, et le directeur juridique de Microsoft France a déclaré sous serment au Sénat, le 10/06/2025, ne pas pouvoir garantir que des données ne seraient jamais transmises à la justice américaine. La France peut poser ses conditions là où elle achète : c'est ce que fait la qualification SecNumCloud, exigée pour les données sensibles de l'État.
« C'est-à-dire qu'on est capable aujourd'hui de dire aux entreprises qu'elles soient américaines, qu'elles soient japonaise, qu'elle soit canadienne et française, si vous venez, c'est à nos conditions. Une entreprise comme Orange est une entreprise française qui a créé une filiale française qui s'appelle Bleu qui dit notamment que ceux qui viendront exploiter les data center le feront aux conditions de la loi française et que n'importe quelle cour fédérale américaine qui demandera à avoir communication des données ne pourra pas le faire parce qu'il y a étanchéité »
Le chiffre est exact : selon le Baromètre du numérique publié en février 2026, 76 % des cadres utilisent l'IA générative, contre 38 % des ouvriers. L'image des tracteurs sert à écarter la taxe sur les machines que suppose le « dividende IA » de Faure : Bertrand déplace le sujet vers l'inégal accès à l'outil, que la formation doit corriger, plutôt que vers le partage de ses gains.
« Mais là où je suis pas du tout d'accord avec Olivier Faure, c'est que dans l'agriculture quand on a mis en place les premiers tracteurs, on n'a pas taxé les premiers tracteurs et on les taxe toujours pas aujourd'hui. Le vrai sujet qu'on aura à un moment donné, c'est qu'il y a des inégalités des fractures que nous ne devons pas voir s'accentuer. Il y a deux fois plus de cadres que d'ouvriers qui utilisent l'intelligence artificielle »
Sur le fond, c'est documenté. La proposition de loi de la sénatrice Laure Darcos, qui présume l'utilisation des œuvres par les fournisseurs d'IA sauf preuve contraire, a été votée à l'unanimité au Sénat le 08/04/2026. À l'Assemblée, la plupart des 110 amendements venaient du groupe macroniste EPR, le gouvernement l'a jugée « impossible à appliquer », et la conférence des présidents a refusé en mai de l'inscrire à l'ordre du jour. Deux réserves : Sylvie Robert n'en est pas cosignataire, et des IA paient déjà, par accords de licence (AFP avec Mistral) ou en justice (1,5 milliard de dollars versés par Anthropic à des auteurs en 2025).
« Je prends un exemple que tout le monde peut comprendre sur la question de la culture. Vous avez aujourd'hui un pillage qui est réalisé par l'intelligence artificielle dans les œuvres de tous les créateurs, aussi bien dans le domaine musical que dans le domaine de l'écriture, dans tous les domaines. Et l'IA ne verse jamais de droits d'auteur à qui que ce soit. C'est un sujet. Qu'est-ce qu'on fait ? […] il y a une proposition de loi Sylvie Robert, Laure Darcos qui a été voté au Sénat, qui a été bloqué par les macronistes à l'Assemblée et qui permet de présumer de ce pillage et donc de faire en sorte que il y ait une rétribution pour les auteurs »
L'essentiel est exact. Le Campus IA de Fouju, autorisé par la préfecture le 29/07/2026, annonce 50 milliards d'euros, onze bâtiments de centres de données sur près de 90 hectares agricoles et 1,4 GW, l'ordre de grandeur de l'EPR de Flamanville (1,6 GW). Son capital est détenu à 70 % par le fonds émirati MGX et Nvidia, Mistral AI et Bpifrance complétant le tour de table. L'Autorité environnementale chiffre jusqu'à 15 tonnes de PFAS émises chaque année dans l'air par fuites de fluides frigorigènes. Le chiffre d'eau n'est pas retrouvé tel quel : une contribution à l'enquête publique cite 200 000 m³ par an puisés dans la nappe de Champigny pendant les dix ans du chantier.
« On a à quelques kilomètres de chez moi […] un data center qui va être l'un des plus grands d'Europe. 11 unités, 50 milliards d'investissements. […] 90 hectares […] c'est 125 stades de foot. […] On va avoir en fait en consommation électrique l'équivalent de Flamanville. […] on va consommer, tenez-vous bien, 250 000 m³ d'eau pendant 12 ans pour la construction de ce data center avec un conflit énorme d'usage avec le monde agricole qui lui subit la sécheresse »
Son chiffrage des économies est jugé plausible : 800 000 postes représenteraient 30 à 40 milliards d'euros par an selon l'économiste François Ecalle, interrogé par franceinfo (08/09/2026). Mais le « simplement » ne tient pas. Son plan vise 800 000 postes en cinq ans en épargnant enseignants, soignants, policiers, gendarmes, militaires, pompiers et magistrats, alors que toute la fonction publique a compté 136 700 départs en retraite en 2024 : même sans en remplacer aucun, cinq ans n'y suffiraient pas. Ecalle juge l'objectif « peu réaliste sans réorganisation beaucoup plus profonde ». Elle n'appuie sur aucune étude la « règle jamais démentie » qu'elle énonce.
« Il y a par ailleurs une règle qui ne s'est jamais démentie. Plus vous mettez de fonctionnaires quelque part, plus il y a de complexité, que ce soit dans la commune ou dans le pays, plus vous avez de procédures parce qu'ils doivent bien justifier le fait de travailler. Donc ils vont créer des formulaires, des procédures, des CERFA et cetera. moins vous avez de fonctionnaires, moins vous avez de complexité. Je propose la suppression de 800000 postes de fonctionnaires sans lettre de licenciement, je le précise, simplement en ne remplaçant pas ce qui arrive à la retraite. »
L'arithmétique est juste. La CSG prélève 9,2 % sur 98,25 % du salaire brut : la supprimer relèverait le salaire net d'environ 11 % avant impôt sur le revenu, sans rien coûter aux employeurs. La réserve porte sur le financement : la CSG sur les revenus d'activité a rapporté 110 milliards d'euros en 2025 selon la Commission des comptes de la Sécurité sociale, plus que les 87 milliards de son chiffrage. Et elle ne finance pas l'État mais la Sécurité sociale (maladie, famille, autonomie, chômage), où devraient se trouver les économies.
« Tout à l'heure, la gauche disait qu'il fallait taxer la machine parce que la machine n'était pas taxée par rapport au salarié qui lui est. Moi, ce que je dis, c'est que j'ai une solution. Il vaut mieux baisser les taxes qui pèsent et les charges qui pèsent sur le salaire plutôt que s'imaginer qu'on va taxer la machine. Donc supprimer la CSG d'activité pour permettre de rendre et de donner du pouvoir d'achat aux Français, ça fait plus 10 % de hausse de salaire pour tous les salariés, pour les fonctionnaires, pour les indépendants, pour les artisans. C'est tout simplement la plus grosse hausse de salaires collective de toute la 5e République. »
Le précédent allemand est réel : en mars 2025, l'Allemagne a révisé sa Constitution pour créer, hors frein à l'endettement, un fonds spécial de 500 milliards d'euros sur douze ans consacré aux infrastructures et à la neutralité climatique. Bompard y ajoute un pôle public bancaire, inscrit au programme de LFI, et une mesure qui n'y figure pas : réserver l'avantage fiscal de l'assurance-vie aux investissements nationaux.
« Les Allemands ils viennent de décider d'un plan d'investissement de plus de 500 milliards d'euros. Donc si vous voulez pas qu'on fasse des plans d'investissement et qu'on prenne du retard, laissez-moi terminer. À la fin de 10 ans, on se débattra peut-être ici au Stade Vélodrome et vous dire "Oh là là, on est en retard." Donc moi, je vous propose des choses pour qu'on soit pas en retard. Ensuite 3e élément, on a besoin de capitaux privés aussi et donc il faut flécher l'épargne qui existe aujourd'hui en France pour favoriser les investissements qui sont les investissements nationaux. Une mesure très concrète pour le faire. Aujourd'hui sur l'assurance vie, vous avez un avantage fiscal et ben on fait en sorte que cet avantage fiscal, il soit réservé pour les investissements qui sont les investissements nationaux. »
C'est une orientation plus qu'un chiffrage : ne pas s'épuiser dans la course aux très grands modèles, et miser sur la prochaine rupture technologique, le quantique. L'exemple de Mistral est à nuancer : l'entreprise est aussi associée au campus de Fouju, 1,4 GW, que Faure dénonce dans le même débat comme un centre de données « même pas souverain ».
« Moi, est-ce que notre objectif c'est d'être absolument concurrentiel sur les très grands modèles ? C'est une discussion qu'on peut avoir. Mistral est en train de se concentrer plutôt sur des modèles applicatifs plus sobres et qui ont des usages qui sont des usages immédiats. Et ensuite je termine à mon avis ce qu'on devrait faire nous c'est plutôt investir dans les sauts technologiques. […] Et notamment à mon avis sur la question du quantique. Je pense que la question du quantique, c'est le sujet sur lequel la France doit mettre le paquet parce que si on est les premiers à pouvoir industrialiser et développer ces technologies, bah là, on aura une avance sur la scène internationale. »
Le principe de précaution a valeur constitutionnelle depuis 2005 : l'article 5 de la Charte de l'environnement impose aux autorités publiques d'évaluer les risques et de prendre des mesures « provisoires et proportionnées » face à un dommage grave et irréversible pour l'environnement, même incertain. Y mettre fin suppose donc de réviser la Constitution. Le programme du RN en base prévoit des états généraux de la simplification, sans viser ce principe.
« nos entreprises attendent donc des politiques publiques vertueuses. Ça passe par de nombreux éléments que j'ai pu dire tout à l'heure. augmenter la formation, le nombre d'ingénieurs formés. L'Allemagne en forme deux fois plus que nous, libérer l'innovation notamment par la fin du principe de précaution dans notre pays et la déréglementation. »
L'ordre de grandeur est juste. Le stock d'investissement direct français aux États-Unis atteignait 368,7 milliards de dollars fin 2024, soit environ 340 milliards d'euros, ce qui fait de la France le sixième investisseur étranger du pays (SelectUSA, département du Commerce). Les « 80 milliards dans la tech américaine » n'ont pas été retrouvés. Il s'agit surtout des filiales des groupes français, plutôt que de l'épargne des ménages que le fonds souverain du RN, inscrit à son programme, propose de flécher sur la base du volontariat.
« est-ce que vous savez combien de capitaux français, de milliards d'euros de capitaux français financent l'économie américaine et notamment leur tech ? et bien 80 milliards dans la tech américaine au total près de 400 milliards d'euros de capitaux français aux États-Unis. C'est dramatique. […] Par conséquent, nous voulons créer un fond souverain français qui permettra aux Français qui le veulent sur la base du volontariat, je le précise, de flécher leur épargne vers l'économie réelle et l'innovation parce qu'en réalité, il n'y a plus d'argent public. »
Le cas emblématique est le Health Data Hub, qui héberge depuis 2019 des données de santé chez Microsoft : il doit basculer d'ici fin 2026 chez le français Scaleway, la loi SREN de 2024 imposant un cloud qualifié SecNumCloud pour les données sensibles de l'État. Dans le même débat, Loubet plaide lui aussi pour une commande publique qui achète des solutions françaises, et Knafo pour qu'elle remplace les subventions.
« Et puis il y a la question de la commande publique. Regardez ce qu'on a fait pendant des années, des années sur le cloud. On a fait n'importe quoi. On a été chez les Américains sans avoir la moindre garantie. […] Reprenez chez moi, j'ai OVH et dans la région des Hauts-de-France. La région a aussitôt été cliente d'OVH pour l'hébergement. Pour l'État, il a fallu quoi ? »