Le RN veut INTERDIRE le VOILE (mais c'est pas raciste tkt)
Stream de réaction de la chaîne Zawa Prod, animé par Raz et Cass André, consacré à la polémique de rentrée lancée par le Rassemblement national : l'interdiction du port du voile dans l'espace public, assortie d'une amende. Le registre est massivement sarcastique et très oral (vulgarités, parodies jouées à voix haute) : dans ce transcript, aucune phrase favorable à l'interdiction n'est la position des animateurs — c'est soit un extrait qu'ils diffusent pour le commenter, soit de l'ironie. Leur ligne est constante et frontale contre la mesure. Les extraits insérés que l'on peut identifier : la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, en conférence de presse après le Conseil des ministres (vers 01:20) ; deux publications lues à voix haute, un premier message de Jean-Luc Mélenchon adossé à l'article 10 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne (vers 02:53), puis un second, beaucoup plus frontal (vers 08:03) ; une phrase de Jean-Philippe Tanguy, « ça a été tranché » (vers 17:04) ; un long plateau de LCI, diffusé par fragments de 17:35 à 30:39, où un représentant du RN que les animateurs identifient comme Sébastien Chenu est interrogé, notamment par l'éditorialiste Christophe Barbier, sur la portée et l'application de la mesure — la transcription ne distinguant pas les locuteurs, les cartes n'attribuent nommément aucune de ces phrases ; enfin une prise de parole d'Andréa Kotarac (RN) vers 48:36. Les animateurs répondent aussi en direct aux messages de leur chat, ce qui explique les passages où ils s'adressent à un contradicteur absent.
L'interdiction des signes religieux dans l'espace public figurait déjà dans le programme du Rassemblement national. Ce que la rentrée y ajoute, et qui ouvre le stream, c'est la sanction : Jean-Philippe Tanguy a annoncé le 30 août sur BFMTV une amende, comparée à celle du défaut de ceinture. Les animateurs y voient une polémique de rentrée calibrée, et ramènent d'emblée la mesure à ce qu'elle produit pour une femme voilée qui sort de chez elle.
« si tu dis que le port du voile, donc c'est dans la rue, ça veut dire que dès qu'une meuf est voilée, elle va devoir payer des amendes »
Interrogée après le Conseil des ministres, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon oppose au RN des « réserves évidentes » sur la constitutionnalité et l'applicabilité de la mesure, et ajoute qu'elle devrait alors valoir pour tous les signes religieux visibles. Les animateurs relèvent qu'aucune de ces objections ne porte sur le principe : la norme y figure comme un obstacle, pas comme une valeur.
« la réponse du gouvernement, c'est presque « Ah fait chier, la Constitution nous empêche de le faire, c'est quand même dommage ». […] la Constitution et les normes sont présentées comme un obstacle à quelque chose qu'on pourrait discuter autrement. »
Le chat reproche au premier message de Mélenchon d'être légaliste plutôt que frontal. Raz refuse l'attente elle-même : un parti qui vise la conquête d'une élection nationale ne tiendra pas le discours d'une organisation révolutionnaire, et il renvoie ceux qui le veulent vers Révolution permanente. L'argument ne défend pas la position de LFI, il décrit ce qu'un parti de masse peut dire.
« vous vous trompez d'outils politiques. C'est-à-dire que l'outil politique que vous décrivez est légitime, mais ça ne sera jamais la France insoumise. […] c'est un parti de masse social-démocrate dans le but de gagner une élection. »
Quelques heures après le message adossé à la Charte des droits fondamentaux, un second texte de La France insoumise qualifie la mesure d'« obsessions sexistes et islamophobes » et veut une police occupée à arrêter des criminels, pas à faire « la police des vêtements ». D'où leur règle de lecture : juger un parti sur la publication du jour, c'est raisonner en commentateur de réseau social.
« la position d'un parti politique n'est pas réductible à un tweet »
Raz décrit un mécanisme d'entraînement : une offensive frontale de l'extrême droite oblige La France insoumise à prendre la position inverse, ce qui met des arguments en circulation et normalise une posture jusque-là tenue avec des précautions. Il donne la Palestine comme précédent. Sa contradictrice pose aussitôt la limite : ce constat ne doit pas servir d'excuse pour cesser d'exiger mieux.
« quand j'ai vu la polémique du RN, le premier truc auquel j'ai pensé, c'est ça va aider à solidifier la position anti-islamophobie à l'intérieur de la France insoumise. […] quand il se passe des trucs comme ça, on sait toujours que la France insoumise prend exactement la voie inverse »
Le passage vise leur propre camp. Être plus radical que LFI tout en la soutenant produit une position instable : les gains obtenus sur l'antiracisme le sont par un rapport de force qu'ils revendiquent, mais ce même rapport de force interdit de pousser plus loin sans fragiliser l'acquis. Ils décrivent une situation commune aux mouvements sociaux, et citent les Soulèvements de la Terre.
« c'est grâce à nous que ça va aussi loin, mais c'est aussi parce que ça va aussi loin qu'on est un peu paralysé sur la capacité à pousser encore plus loin les choses »
Interrogé sur l'amende, Jean-Philippe Tanguy répond « ça a été tranché ». Les animateurs s'arrêtent sur la formule — on ne tranche que ce qui était discuté — et la rapprochent des rivalités entre l'entourage de Marine Le Pen et celui de Jordan Bardella. franceinfo rapporte de fait des débats internes sur la mesure quand Bardella était envisagé comme candidat de substitution. Ils ne disent pas quel camp l'a emporté.
« C'est déjà Jean-Philippe Tanguy qui dit « ça a été tranché ». Sous-entendu, il y a eu un rapport de force et il a été gagné d'un des deux côtés du parti. »
Sur le plateau, la seule difficulté opposée au RN est celle de la jeune fille qui sort de la piscine les cheveux couverts — c'est-à-dire le risque qu'une femme non musulmane soit verbalisée par erreur. Les animateurs en concluent que la discussion se tient entièrement sur son terrain, et lisent le calendrier comme un test : mesurer, à la rentrée, jusqu'où les médias suivent.
« c'est une balle de test. C'est-à-dire que, évidemment, c'est un truc que eux ont mis à l'agenda, c'est en mode « à quel point on est en territoire ami si on veut vraiment sortir du bois sur notre islamophobie » »
Le cœur de leur démonstration. Ce que l'annonce ajoute à l'interdiction déjà programmée, c'est « le niveau de violence que subiront les femmes musulmanes » : une amende forfaitaire installe un motif de contrôle permanent. Ils prêtent à la police une fonction de tri entre désirables et indésirables dans l'espace public, et prolongent le raisonnement aux hommes — barbe, longueur du qamis.
« le principe des amendes forfaitaires, c'est de créer un dispositif policier qui valide et rend […] légal et sanctionné par l'État le harcèlement dans l'espace public de toutes les femmes musulmanes »
Déposé par le député Paul Mirguet, l'amendement est adopté le 18 juillet 1960 : il range l'homosexualité parmi les « fléaux sociaux », avec l'alcoolisme, la tuberculose et le proxénétisme, dans la loi du 30 juillet 1960 autorisant le gouvernement à légiférer par ordonnances. Sa seule traduction pénale, l'ordonnance du 25 novembre 1960, double les peines d'outrage public à la pudeur. Deux écarts : c'est 1960 et non 1961, et le fichage policier des homosexuels lui est antérieur — la Brigade mondaine tenait des listes bien avant, une circulaire Defferre y mettant fin en 1981.
« En 1961, le député Mirguet, il y avait une loi pour lutter contre les fléaux sociaux et il y a un amendement qui a été rajouté pour inclure l'homosexualité dans les fléaux sociaux. […] le fait de mettre l'homosexualité dans le fléau social, ça permettait à la police d'avoir des fiches d'homosexuels. »
La transposition qu'ils tirent du précédent : un pouvoir ne décrète pas l'interdiction d'une population, il accumule les instruments juridiques et administratifs qui rendent son existence publique impraticable — amendes pour le voile, fermetures de mosquées, arrêtés visant leurs abords à l'heure de la prière. Ils imaginent qu'on parlera un jour d'une « dépénalisation de l'islam en France ».
« tu vas créer le plus possible d'outils judiciaires et politiques pour rendre la vie le plus impossible possible aux musulmans en France »
Sur le plateau, le représentant du RN définit la cible comme « un voile qui est revendiqué ou qui est perçu comme […] un voile islamique », puis s'en remet, sur la mise en œuvre, au « bon sens de notre police ». Les animateurs prennent le critère au mot : perçu comme, par qui, sinon par l'agent qui contrôle. Le seul cas d'erreur discuté reste celui d'une non-musulmane verbalisée à tort.
« le « perçu comme », en gros, ça veut dire on va le faire au faciès. Globalement, si tu as l'air arabe et que tu as les cheveux couverts, on va pas chercher »
L'objection revenait dans leur chat comme dans les commentaires politiques : verbaliser toutes les femmes voilées serait matériellement impossible, donc la mesure ne serait qu'une posture. Ils l'accordent, puis déplacent la question : ce qui s'applique n'est pas la sanction généralisée mais l'élargissement du pouvoir discrétionnaire de l'agent, un contrôle possible à tout moment.
« Évidemment, verbaliser l'intégralité des femmes qui portent le voile est matériellement inapplicable. Oui, mais par contre, ce qui est applicable, c'est de faire de la police un outil du harcèlement quotidien et de renforcer l'arbitraire du pouvoir policier. »
L'interdiction de l'abaya décidée par Gabriel Attal à la rentrée 2023 reposait déjà sur ce que le vêtement donne à voir, non sur ce qu'il est. Les animateurs redonnent l'argument qu'ils tenaient alors : le classement d'un vêtement dépend de ce que l'établissement sait de l'élève. Ils anticipent la parade — l'école n'est pas l'espace public — et la tiennent pour un décrochage de circonstance.
« c'est pas compliqué en fait : vu que le voile est interdit à l'école, souvent les meufs, elles enlèvent le voile avant de rentrer. Croyez pas que les CPE savent pas qui porte le voile à l'extérieur de l'école »
Le mécanisme décrit vaut à l'intérieur des frontières : le Conseil d'État (Sarran, 30 octobre 1998) et la Cour de cassation (Fraisse, 2 juin 2000) placent la Constitution au-dessus des traités dans l'ordre interne, et le Conseil constitutionnel se juge incompétent pour contrôler une loi adoptée par référendum (6 novembre 1962). Il s'arrête là : aucune révision ne délie la France de la Convention européenne des droits de l'homme (article 27 de la Convention de Vienne de 1969), qui resterait opposable devant Strasbourg. Autre réserve, l'article 11 ne couvre pas en l'état une question de libertés publiques.
« À partir du moment où ce sont les Français qui s'expriment par référendum, eh bien effectivement, ça entre dans la Constitution et de là les traités ou dispositions européennes ne peuvent plus nous contredire. »
La distinction est le point d'arrivée de tout le passage sur la Constitution. Dire d'une mesure qu'elle est juridiquement impossible délègue l'opposition aux textes et n'engage à rien ; dire qu'on ne l'appliquera pas est une promesse qui tient quel que soit l'état du droit. Les animateurs relisent le message de Mélenchon à cette aune et concluent qu'il relève du second registre.
« Mélenchon n'a pas dit « le RN ne pourra pas le faire », il n'a pas dit ça. Il a dit « nous, on respectera le bail ». C'est très différent, c'est pas du tout le même argument. »
La Cour européenne des droits de l'homme a bien jugé, le 6 avril 2017 (A.P., Garçon et Nicot c. France), que subordonner le changement de la mention du sexe à une opération stérilisante viole l'article 8 : c'est elle qui rend la condition inopposable dans l'ensemble des États du Conseil de l'Europe. Précision de chronologie : en France, l'exigence avait été supprimée quelques mois plus tôt par la loi du 18 novembre 2016, dont les articles 61-5 et suivants du code civil retiennent l'apparence et la notoriété comme seuls critères. Les animateurs le disent eux-mêmes plus loin dans le stream.
« La CEDH, c'est ce qui a fait que les trans sont pas obligés d'être stérilisés pour changer l'état civil. »
Le précédent est exact. La loi abolissant la peine de mort est votée le 18 septembre 1981 par l'Assemblée nationale (363 voix contre 117), le 30 septembre par le Sénat (160 contre 126), et promulguée le 9 octobre. Un sondage Sofres de janvier 1981 donnait encore 63 % de Français favorables au maintien de la peine capitale : le vote est bien allé contre l'opinion majoritaire mesurée. Le prolongement qu'ils en tirent — la loi précède l'opinion et vient la façonner — n'est pas instruit ici.
« c'est de la prérogative de Mélenchon, qui serait au gouvernement, de ne pas appliquer cette loi. À un moment, c'est comme la peine de mort qui a été interdite contre l'avis de la majorité. »
L'objection ne porte pas sur la légitimité du référendum mais sur ce qu'il enregistre. Un scrutin s'accompagne toujours d'une campagne : le résultat ne restitue pas un état antérieur de l'opinion, il en produit un. Ils prennent pour preuve le référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen, dont le « non » est sorti d'un travail militant et non d'une hostilité préexistante.
« Qui dit référendum dit campagne, et donc dès lors le référendum n'est plus l'expression naturelle de l'opinion pure et non faussée de l'individu citoyen éclairé, mais devient le résultat d'une campagne politique. »
Le passage éclaire tout le reste du stream. Ouvrir un référendum, c'est vouloir un affrontement dont on sortira vainqueur, donc politiser un sujet pour l'imposer ; à l'inverse, certaines avancées ne passent que si personne n'en fait un débat national. Leur exemple : la fin de l'obligation de stérilisation pour changer d'état civil, adoptée dans un texte technique, sans campagne.
« la fonction principale du politique et du pouvoir politique, c'est de définir ce qui est politique et ce qui ne l'est pas. […] je considère qu'il faut politiser ce sujet-là pour mieux pouvoir l'accepter. Et à l'inverse, tu as d'autres trucs où on considère qu'il ne faut surtout pas les politiser pour qu'ils soient acceptés. »
Ils posent d'abord le principe : l'avis des Français sur la pratique religieuse d'autrui n'a pas à être sollicité, ce qui compte est que cette pratique soit possible sans contrôle policier. Puis ils retournent l'exigence contre eux-mêmes — un élu doit transformer une position en texte applicable, et de ce point de vue leur propre formulation ne tient pas. L'autocritique est rare dans ce format.
« quand tu es élu, tu es législateur, ça veut dire que ce que je viens de dire, tu dois le transformer en une loi claire et applicable. […] il y a une contradiction, il y a un truc où c'est un peu café du commerce que je viens de dire. […] C'est pas vraiment opérationnel à une échelle large d'une politique d'un pays. »
Andréa Kotarac assure sur le plateau que le RN « respecte la conscience religieuse, la liberté religieuse, l'intimité religieuse, que ce soit d'ailleurs contre les musulmans, pour les juifs ou pour les chrétiens ». Les animateurs y lisent la hiérarchie réelle du projet : l'interdiction annoncée de tous les signes religieux leur paraît l'habillage d'une mesure conçue pour l'islam.
« Moi j'ai l'impression qu'au RN, c'est vraiment que les Arabes qu'ils détestent et les musulmans. Parce que le reste, ils s'en battent les couilles. Ils sont obligés de dire qu'ils vont interdire pour faire genre. »