Clémence Guetté — Contre l'extrême droite et l'impérialisme, construire la solidarité internationale
Vidéo-récit de la députée LFI Clémence Guetté (format documentaire sur sa chaîne) revenant sur la dissolution de 2024, la tournée européenne de présentation du livre de l'Institut La Boétie « Extrême droite, la résistible ascension » (Espagne, Italie, Allemagne, Belgique, Portugal), le congrès anti-impérialiste de Bogota après la capture de Nicolás Maduro par les États-Unis, la création du parti européen ELA, et l'entrée en campagne présidentielle 2027 de La France insoumise. Se termine par un extrait de discours en meeting à Marseille.
Clémence Guetté raconte le soir des européennes de juin 2024 (RN en tête, dissolution annoncée par Emmanuel Macron) et la campagne éclair de trois à quatre semaines qui a suivi. Elle affirme que les 27 sondages publiés durant cette période donnaient l'extrême droite gagnante, avant que le Nouveau Front populaire n'arrive finalement en tête.
« on mène cette campagne du Nouveau Front populaire qui provoque une dynamique qui n'est pas analysée pendant toute la campagne par les médias, les sondages qui donnent l'extrême droite gagnante à tous les coups »
La députée justifie l'urgence ressentie au moment de la dissolution par le danger que représenterait selon elle une majorité d'extrême droite pour les personnes LGBT, les femmes et les personnes racisées.
« il y a des personnes pour qui l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir, c'est une question de vie ou de mort. Je pense aux personnes LGBT, je pense aux femmes de manière générale dont les droits à chaque fois sont reniés, je pense aux personnes racisées »
Guetté tire de la troisième place de l'extrême droite aux législatives de 2024 une leçon sur la capacité d'« une certaine oligarchie » à prescrire une opinion et à instiller le désespoir à l'avance. Elle oppose à cette résignation le travail militant de conviction.
« La leçon c'est de ne pas se résigner et puis c'est une leçon de militant politique mais c'est que tant qu'on fait campagne, on peut aller convaincre les gens un par un. »
Présentant l'ouvrage de l'Institut La Boétie « Extrême droite, la résistible ascension » (issu d'un colloque coordonné par Hugo Palheta), la députée défend une lecture de l'extrême-droitisation comme phénomène idéologique traversant la société, et non comme la seule progression électorale d'un bloc. Elle conteste au passage deux analyses qu'elle juge simplistes : celle des territoires ruraux « perdus » à l'extrême droite et celle, « ouvriériste », qui ferait des ouvriers le seul public à reconquérir — les travaux du livre situant plutôt les leaders d'opinion décisifs du côté des professions intermédiaires.
Guetté soutient que la progression de l'extrême droite ne peut être analysée à la seule échelle française, ses formations partageant un agenda commun — au premier chef sur l'immigration — à l'échelle européenne et internationale. Elle reproche symétriquement à la gauche de consacrer ses rencontres internationales à ce qui la différencie d'un pays à l'autre.
« l'extrême droite elle-même s'organise à l'échelle européenne et internationale. C'est la formation de ce qu'on a appelé une internationale réactionnaire. »
De passage en Italie, la députée visite l'usine automobile GKN, présentée comme le plus long mouvement d'occupation ouvrière du pays. Menacés de délocalisation, les salariés ont élaboré un plan de reprise et de conversion de l'outil de production vers des panneaux photovoltaïques sans terres rares.
Guetté oppose la perception d'une extrême droite protectrice des ouvriers — perception qui aurait prospéré sur le terreau des délocalisations et de la désindustrialisation — à son comportement de vote au Parlement, qu'elle décrit comme systématiquement hostile aux hausses de salaires et aux protections collectives, et favorable aux grands groupes et aux fonds d'investissement.
« à l'Assemblée nationale l'extrême droite vote systématiquement contre les droits des travailleurs, contre les relèvements de salaires, contre tout ce qui permet la protection collective des ouvriers et des employés »
Selon Guetté, la cheffe du gouvernement italien partage avec l'extrême droite française l'acceptation de la compétition, de la loi du plus fort et donc des délocalisations. Elle impute par ailleurs l'effondrement de la gauche radicale italienne aux alliances de la social-démocratie avec la droite et aux politiques menées sur le code du travail et les services publics.
Guetté présente la scission de Sahra Wagenknecht — qu'elle décrit comme ayant rejoint « plus ou moins » l'agenda de l'extrême droite sur l'immigration tout en refusant de traiter l'écologie — comme le moment où Die Linke a pu redevenir un parti de gauche radicale assumant féminisme, écologie et immigration, ce qui se serait traduit par des dizaines de milliers d'adhésions et de meilleurs scores électoraux. Elle reconnaît elle-même « caricaturer un peu le propos ».
La députée érige en enseignement des expériences européennes le refus de toute surenchère sur le terrain idéologique de l'extrême droite, et suggère que « certains » en France pourraient s'appliquer cette leçon — pique laissée sans nom explicite.
« aller sur un terrain qui est celui de l'extrême droite avec les mots de l'extrême droite dans une volonté de surenchère ne peut jamais être notre rôle historique. On en sera systématiquement perdant au-delà du fait qu'on y perd nos principes au passage. Ce n'est même pas rentable électoralement. »
Guetté qualifie l'enlèvement du président vénézuélien en exercice et de son épouse, ramenés sur le sol américain pour y être jugés, de violation manifeste du droit international, au même titre que le bombardement d'une population et l'invasion d'un pays souverain. Elle décrit le prétexte du narcotrafic comme un registre classique de l'ingérence états-unienne en Amérique latine, également mobilisé contre le président colombien Gustavo Petro.
« Non, on n'a pas le droit d'enlever un président en exercice, de bombarder un peuple, de tuer des soldats, d'envahir un pays souverain. »
La députée reproche à une partie de la gauche d'avoir fait précéder toute condamnation de l'action américaine d'une réserve sur le régime de Nicolás Maduro, alors que le sujet était selon elle exclusivement la violation du droit international par les États-Unis. Aucune formation n'est nommée dans la vidéo.
« Je pense à toute cette gauche quoi qu'on pense qui s'est exprimée à ce moment-là commençant avant toute critique de l'impérialisme par dire quoi qu'on pense du régime de Nicolas Maduro alors que ça n'est pas le sujet. »
Guetté rapporte que le congrès de Bogota a placé à son ordre du jour la résistance à ce qui y a été baptisé la « doctrine Donro » — contraction de Donald Trump et de la doctrine Monroe, par laquelle les États-Unis se proclament protecteurs de tout le continent américain pour justifier leurs ingérences. Elle cite à l'appui la publication, en décembre 2025, d'une nouvelle doctrine de défense nationale américaine portant sur l'hémisphère occidental, et déplore le silence du gouvernement français. Affirmation à vérifier face au document original.
Invitée par Progressive International au ministère colombien des Affaires étrangères, Clémence Guetté représente La France insoumise aux côtés de Podemos et du parti travailliste britannique parmi les trois délégations européennes. Le congrès aboutit à une déclaration actant l'agressivité de l'impérialisme états-unien, la nécessité de mobilisations populaires coordonnées et la recherche d'organes de gouvernance multilatérale alternatifs face à un ONU jugé en difficulté. La sénatrice colombienne Maria José Pizarro, coprésidente du Pacto Histórico, y dénonce l'inscription du président Petro sur la « liste Clinton » des narcotrafiquants.
Reprenant une thèse défendue notamment par le président colombien Gustavo Petro, Guetté fait de la sortie des énergies fossiles une condition de l'émancipation vis-à-vis de la tutelle américaine : l'impérialisme se déploierait là où se trouvent pétrole, minerais et terres rares.
« L'impérialisme se déploie là où il y a des intérêts financiers à aller chercher des terres rares, du pétrole, des minerais. »
La députée présente la formation de l'European Left Alliance comme le débouché de plusieurs années de dialogue, réunissant La France insoumise, Podemos, le Bloco portugais et des formations danoise et finlandaise. Elle attribue à l'eurodéputée Manon Aubry le rôle moteur dans la création de ce parti.
Guetté affirme que la pétition, destinée à imposer ce débat à l'ordre du jour du Parlement européen face au génocide qu'elle dénonce à Gaza, a recueilli plus d'un million de signatures en quelques mois et obtenu son inscription à l'ordre du jour.
Guetté indique coprésider, avec l'eurodéputée et ancienne ministre finlandaise Li Andersson, une fondation européenne lancée à Bruxelles et rassemblant les partis d'ELA, dont l'Institut La Boétie est membre. Elle la justifie par l'existence de deux fondations européennes d'extrême droite adossées au Rassemblement national et à Reconquête, et cite les Journées économiques internationales organisées en juin avec des économistes hétérodoxes comme Isabella Weber, théoricienne de l'« économie antifasciste ».
En meeting à Marseille, Clémence Guetté appelle à coller les affiches et distribuer la lettre aux Français, et présente la candidature de Jean-Luc Mélenchon comme celle dont la gauche avait besoin pour l'emporter en 2027.
« contrairement à tout ce que disent les médisants qui sont nombreux mais toujours moins nombreux que nous, ce n'est pas une candidature de plus. C'était la candidature dont le peuple français avait besoin à gauche pour l'emporter en 2027. »
Annonçant que LFI va « augmenter le niveau de radicalité » après dix ans de macronisme, la députée liste les urgences économiques de la campagne : hausse des salaires, indexation sur l'inflation et blocage des prix.
« Oui, il faut augmenter les salaires de toute urgence. Oui, il faut les indexer sur l'inflation. Oui, il faut bloquer les prix de l'alimentation, du carburant, de l'énergie. »
Guetté rejette les appels à l'union derrière une candidature jugée moins clivante, qu'elle décrit comme une diversion écœurante détournant la campagne présidentielle de son objet. Aucune personnalité ni formation n'est nommée.
« Ne perdez pas de temps avec celles et ceux qui vous disent il faudrait un candidat moins clivant, l'union et cetera. C'est une diversion »