Cass Andre — « L'HISTOIRE SECRÈTE du PARTI SOCIALISTE »
Stream de réaction à deux voix (Cassandre et son invité Raz) au documentaire « Les enfants terribles de la gauche » (https://www.youtube.com/watch?v=ZKtWLackJ3U), qui retrace l'histoire interne du Parti socialiste de la mort de François Mitterrand en janvier 1996 au renoncement de François Hollande en décembre 2016. Le fil conducteur : le fonctionnement réel de l'appareil socialiste — congrès arrangés, résultats contestés, promesses de répartition des voix non tenues, mise à l'écart des vainqueurs non adoubés — et la droitisation continue du parti jusqu'à la déchéance de nationalité et la loi travail. Le stream croise systématiquement cette histoire avec les reproches adressés aujourd'hui à La France insoumise sur sa démocratie interne. Ton très oral, vulgarités et sarcasme fréquents, digressions et interactions avec le chat : seuls les éléments de fond sont retenus ici. Les propos attribués à des responsables politiques proviennent des extraits du documentaire diffusés dans le stream.
Pour la première élection du premier secrétaire du PS au suffrage universel direct des adhérents, Jean-Luc Mélenchon, sénateur minoritaire animant la Gauche socialiste, se présente contre François Hollande sans espoir de l'emporter. Le documentaire révèle le marchandage passé en coulisse : un score convenu à l'avance, censé garantir à l'aile gauche une existence reconnue dans le parti. Les deux commentateurs y voient l'illustration la plus nette de ce que recouvre la « démocratie interne » socialiste — une répartition négociée entre dirigeants, avant le vote.
« Je te donne, on va dire 15 % des voix. Moi, je garde 85 %. On s'arrange comme ça. Tu sauves la face, tu existais dans le parti. »
Le résultat annoncé une semaine plus tard donne 91,9 % à François Hollande, très au-delà des 85 % convenus. Le documentaire qualifie la séquence d'« épisode peu glorieux » et relève que, personne n'étant habitué à ce type de scrutin, la régularité des opérations était plus que discutable. Jean-Luc Mélenchon, ramené à un score de l'ordre de 8 à 9 %, y voit une volonté délibérée de l'humilier ; le documentaire en fait le point de départ du ressentiment durable entre les deux hommes.
« Une victoire à 91,9 % des voix. François Hollande n'a donc pas donné les 15 % promis à son adversaire. »
C'est l'argument central du stream sur la démocratie interne : loin d'être un dispositif autocratique, l'absence de courants formalisés à La France insoumise procéderait du point de vue d'un ancien minoritaire. Dès lors qu'un vote désigne officiellement une majorité, il désigne aussi une minorité — et fournit à la direction un chiffre qui autorise à ignorer durablement ses positions. Sans mise en minorité formelle, soutiennent les commentateurs, une position peut continuer à peser par le débat. Ils étendent le raisonnement au sort réservé à Sandrine Rousseau chez les Écologistes.
Le stream structure le parcours en trois électrochocs : la trahison de l'accord de Brest en 1997, la campagne du « non » au traité constitutionnel européen en 2005 — qui le remet en contact avec les communistes et la gauche de rupture pendant que sa direction défend le « oui » —, puis le congrès de Reims en 2008. Les commentateurs jugent qu'il aurait dû partir dès 1997 et expliquent son maintien par une culture de parti encore partagée avec ses adversaires.
En accord avec François Hollande, Lionel Jospin nomme Jean-Luc Mélenchon au gouvernement en mars 2000 — le documentaire présente cette nomination comme une manière de désamorcer la rivalité née du congrès de Brest. Les commentateurs saluent ce passage au ministère, notamment le développement de la validation des acquis de l'expérience, et y rattachent sa méfiance ultérieure envers l'apprentissage, qu'il considère comme une main-d'œuvre bon marché pour les employeurs par opposition à la formation dispensée en lycée professionnel.
Le stream impute la défaite du 21 avril 2002 à une campagne de premier tour orientée vers le centre plutôt qu'au nombre de candidats de gauche, et cite deux formules à l'appui : le refus d'assumer un projet socialiste et l'idée que l'État ne peut pas tout. Les deux propos existent bien, mais ne relèvent pas du même moment : « Mon programme n'est pas un programme socialiste » date d'un entretien de campagne en mars 2002, tandis que « l'État ne peut pas tout, il ne faut pas tout attendre de l'État » remonte à septembre 1999, en réaction aux licenciements annoncés par Michelin. La démonstration sur le recentrage reste étayée, la chronologie l'est moins.
Le documentaire montre plusieurs responsables s'éclipser avant 20 heures, Laurent Fabius suivi de peu par François Hollande, qui découvre en arrivant sur le plateau qu'il a été devancé. Pour les commentateurs, la course à la première déclaration n'a rien d'anecdotique : il s'agissait d'enterrer publiquement Lionel Jospin avant les autres afin de se placer dans la succession, le soir même de la première élimination de la gauche d'un second tour de présidentielle.
Alors que l'entourage du candidat cherche à le réconforter, Danielle Mitterrand entre dans la salle en colère et se félicite ouvertement du score de l'extrême gauche. Le documentaire précise qu'elle juge la candidature insuffisamment sociale. Les commentateurs en font le symbole d'un avertissement formulé de longue date à l'intérieur même de la famille socialiste, et resté sans effet.
Le documentaire rapporte la consigne donnée par François Hollande à son entourage : pousser sa compagne en avant faute de pouvoir y aller lui-même. Les commentateurs en tirent la lecture qui structure tout le stream — il savait que l'appareil ne la soutiendrait pas, comptait sur sa défaite pour préserver l'alternance suivante, et a laissé les cadres du parti torpiller la campagne sans intervenir alors qu'il en était le premier secrétaire.
« Il faut faire monter Ségolène parce que moi je suis grillé pour le moment. »
Investie avec environ 60 % des voix des militants, la candidate se retrouve, selon le documentaire, seule au congrès face à ceux du premier rang qui ne voulaient pas d'elle. Les commentateurs rapprochent explicitement cette séquence de celle qu'a connue Benoît Hamon dix ans plus tard : dans les deux cas, le vainqueur d'une primaire socialiste est lâché par l'appareil qui ne l'avait pas choisi.
« J'ai été abandonnée par le parti. »
Les commentateurs soutiennent que l'hostilité des « éléphants » à Ségolène Royal tient autant à son sexe qu'à son extériorité aux circuits de l'appareil. Ils rapportent, à l'appui, une scène racontée par une ancienne militante dans une conférence gesticulée : cherchant une candidate pour compléter une liste paritaire, des cadres du parti auraient hélé depuis leur voiture une femme se prostituant sur le trottoir en lui proposant d'être députée, sans envisager un instant la militante assise à l'arrière. La scène est présentée comme un récit rapporté, non comme un fait documenté.
Le second tour opposant Ségolène Royal à Martine Aubry, le documentaire établit qu'un SMS est envoyé aux secrétaires de section pour leur demander de ne pas transmettre les résultats à leur fédération mais à un bureau de liaison dépendant de la mairie de Lille. Les premières estimations donnaient Royal en tête ; la tendance s'inverse ensuite. Pour les commentateurs, c'est la démonstration la plus directe que les scrutins internes du PS pouvaient être fabriqués — et le point de bascule qui décide Jean-Luc Mélenchon à partir.
« Un SMS est envoyé à tous les secrétaires de section leur demandant de ne pas communiquer les résultats à la fédération, mais à un bureau de liaison au service de la maire de Lille. »
L'écart final entre les deux candidates est de 42 voix. Manuel Valls, alors porte-parole de Ségolène Royal, menace publiquement de porter plainte contre le Parti socialiste. La candidate y renonce au nom de l'intérêt du parti — un arbitrage que les commentateurs jugent à la fois respectable et autodestructeur, puisqu'elle sera malgré tout marginalisée ensuite.
« Si jamais je traîne les dirigeants qui ont triché au tribunal, c'est le parti qui va être douloureusement frappé. Et qui va bénéficier de cela ? Ça ne sera que la droite. »
Le documentaire souligne que le départ passe quasiment inaperçu, noyé dans la guerre de succession du congrès de Reims. Le stream retrace la suite comme une série d'essais : le Parti de gauche puis le Front de gauche, décrits comme un « brouillon » fondé sur l'alliance de partis, avant que La France insoumise n'acte l'échec de la formule des cartels au profit d'une forme mouvement. Les commentateurs rapportent que plusieurs militants socialistes de l'époque leur disent aujourd'hui regretter de ne pas être partis en même temps.
Le documentaire rappelle que le directeur général du FMI était le favori déclaré de la primaire socialiste de 2011 avant son arrestation à New York. Les commentateurs insistent sur le climat de l'époque, antérieur à #MeToo : les comportements qui lui étaient prêtés circulaient dans son milieu sans provoquer de conséquence politique, et le débat public s'est d'abord porté sur le puritanisme supposé de la justice américaine et sur l'hypothèse d'un complot. Les faits eux-mêmes n'ont pas donné lieu à condamnation pénale en France ou aux États-Unis.
Le stream considère que le discours du 22 janvier 2012 a fait toute la campagne de François Hollande et qu'il n'a été suivi d'aucune traduction. Les commentateurs opposent à la formule de l'adversaire sans nom ni visage la réplique de Jean-Luc Mélenchon — la finance a un nom et une adresse — et relèvent qu'un banquier d'affaires, Emmanuel Macron, a été nommé secrétaire général adjoint de l'Élysée puis ministre de l'Économie.
« Mon véritable adversaire, il n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti. Il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c'est le monde de la finance. »
Le documentaire retrace la séquence : révélation par Mediapart, démenti du ministre devant l'Assemblée nationale, assurance donnée « les yeux dans les yeux » au président de la République, puis aveu en avril 2013 après la production d'un enregistrement. Les commentateurs y voient le contrepoint immédiat du discours du Bourget sur l'ennemi financier.
Après la défaite des municipales de mars 2014, Manuel Valls devient Premier ministre et va chercher l'accord d'Arnaud Montebourg et de Benoît Hamon, les deux ministres qui le jugent libéral, sur l'orientation économique. Le stream conteste frontalement le cadrage du documentaire sur une « alliance contre nature entre deux gauches que tout oppose » : pour les commentateurs, il n'y avait plus d'aile gauche réelle, seulement des positions de carrière — cinq mois plus tard, Arnaud Montebourg est remplacé à Bercy par Emmanuel Macron.
Après les attentats de novembre 2015, François Hollande annonce devant le Congrès le rétablissement des contrôles aux frontières, l'état d'urgence et une révision constitutionnelle permettant la déchéance de nationalité pour les binationaux nés français condamnés pour terrorisme. Les commentateurs soutiennent que, plutôt que de résister à l'instrumentalisation de l'extrême droite, l'exécutif a repris son cadrage ; ils rappellent que l'état d'urgence a ensuite servi à assigner à résidence des militants écologistes en amont de la COP 21. Le projet de déchéance sera finalement abandonné en mars 2016.
« Nous devons pouvoir déchoir de sa nationalité française un individu condamné pour une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ou un acte terroriste, même s'il est né français. Je dis bien même s'il est né français. »
Le documentaire présente la réforme du code du travail, qui accorde plus de flexibilité aux entreprises, comme le second grand motif de colère à gauche après la déchéance de nationalité. Le stream en fait le moment où la mort politique du Parti socialiste devient irréversible et où se constitue l'espace occupé ensuite par La France insoumise.
En digression, les commentateurs racontent avoir vu, le soir des élections européennes de juin 2024, un message de Clémentine Autain appelant à une nouvelle page à construire, publié à 20 h 03 alors que les appels au rassemblement — dont celui de François Ruffin en faveur d'un front populaire — circulaient déjà. Ils y lisent un message rédigé et programmé avant les résultats, destiné à se positionner quelle que soit l'issue. Il s'agit d'une accusation d'intention formulée par les auteurs de la vidéo, non d'un fait établi.
Conclusion du stream : la direction socialiste d'aujourd'hui, celle qui négocie avec le gouvernement de François Bayrou, s'est formée dans les cabinets ministériels des dirigeants dont le documentaire vient de dérouler les pratiques. Pour les commentateurs, c'est ce qui justifie leur refus d'une alliance durable avec ce parti : les méthodes décrites relèvent d'une culture d'appareil et non d'accidents individuels.