PRIMAIRES : LA MACHINE À PERDRE ET À TRAHIR EST EN MARCHE
Épisode de « Dissolution », l'émission satirique de Blast, publié le 13 février 2026. Treize minutes portent sur la « primaire unitaire » alors envisagée à gauche ; suivent trois rubriques plus courtes : la nomination d'Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes, le débat parlementaire sur la pétition contre la loi Duplomb, et le sport comme objet politique. La forme est comique (sketchs, apartés, bruitages), mais la thèse se lit au premier degré. Le transcript mêle sans les distinguer la narration, les répliques des deux animateurs et des extraits d'interventions politiques : chaque insight dit qui parle, et les extraits que la bande-son n'identifie pas ne sont pas cités. L'état de la primaire décrit ici est celui de février 2026 ; sa suite est signalée et datée.
La primaire socialiste de 2011 a bien porté François Hollande à l'Élysée. Depuis, aucun candidat désigné par ce moyen n'a franchi le premier tour : en 2017, François Fillon, vainqueur de la primaire de la droite, finit troisième avec 20 % des voix et Benoît Hamon cinquième avec 6,4 % ; en 2022, Yannick Jadot recueille 4,6 %, Valérie Pécresse, désignée par un congrès des Républicains, 4,8 %, et Christiane Taubira, choisie par la Primaire populaire, se retire avant le scrutin.
« Depuis 2011, aucun candidat issu d'une primaire n'a atteint le second tour de la présidentielle. D'où leur réputation de machine à perdre, surtout à gauche où elles ont été semées d'obstacle. »
Blast oppose à l'union-slogan une définition pratique : des partis qui combattent les mêmes régressions, soutiennent les mêmes réformes et s'accordent sur qui soutenir ou combattre. L'émission reprend la formule de Jean-Luc Mélenchon — « Si on gagne, on gouverne ensemble. Si on perd, on s'oppose ensemble » — et en tire sa question : une primaire fabrique-t-elle cette loyauté, ou la défait-elle ?
« L'Union de la gauche n'est ni un nom, ni un parti, ni une élection. C'est un mode de fonctionnement concret entre ses composantes. Son objectif n'est pas seulement de présenter un candidat, mais d'articuler une double fidélité. Fidélité morale des partis à l'Union et fidélité programmatique des candidats. Et c'est là toute la difficulté, la fidélité. »
À la date de l'émission, Fabien Roussel parlait de « pri-merdes », Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l'Assemblée, s'était prononcé contre la primaire en appelant à une coalition « de Ruffin à Glucksmann », et Jérôme Guedj déclarait sa candidature sans passer par elle. La suite a changé la donne : en juillet 2026, le PS a validé avec Place publique et la Gauche républicaine et socialiste une primaire, « Choisir 2027 », dont Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj sont candidats.
« Les insoumis refusent une primaire pouvant soutenir le programme de Glucksmann. Glucksmann lui-même refuse d'y participer. Les communistes se préparent à esquiver la primerde, comme le dit si élégamment Fabien Roussel. Le PS, d'abord divisé, s'en éloigne aussi. »
Le raisonnement part d'un dilemme : si tous les candidats défendent le même programme, on ne choisit plus qu'une personne, et le charisme médiatique décide ; s'ils se distinguent, la primaire expose les divisions. La primaire écologiste de 2021 en est l'exemple : Yannick Jadot l'emporte avec 51 %, Sandrine Rousseau obtient 49 % sur une ligne plus à gauche. Blast y oppose le Nouveau Front populaire de 2024, qui avait négocié ses compromis avant le vote.
« Ce consensus flou peut même favoriser la division. Si un candidat soutenu par les médias occupe déjà le centre, les autres ont intérêt à s'en distinguer. Trop à droite, trop à gauche, trop mou, trop clivant. Autrement dit, plus le programme est unitaire, plus il devient la cible de critique qui fragmente ce que la primaire devait rassembler. »
L'argument renverse la priorité : le report des voix de gauche au second tour de la présidentielle est acquis, c'est la cohésion des élus qui manque, sur le budget comme aux municipales. Blast n'épargne pas LFI, dont la « stratégie offensive » dans certaines villes, à Paris face à la liste d'Emmanuel Grégoire, « envoie un signal de défiance » aux partis avec lesquels elle veut coopérer.
« La primaire prolonge le logiciel qui fait perdre la gauche depuis 2012. Présidentielle d'abord, législatives ensuite. Or, le barrage républicain à la présidentielle est solidement ancré à gauche. Le vrai problème, c'est l'absence de cohésion parlementaire. Stratégie incompatible, objectif contradictoire. L'enjeu n'est pas Mélenchon au second tour mais le vote du budget ou les municipales. »
La charge vise la séquence budgétaire, où les socialistes ont négocié avec le gouvernement sans leurs anciens partenaires du Nouveau Front populaire : une « double trahison », soutenir des politiques macronistes et affaiblir LFI. Même lecture de leur rapport à la primaire : le PS la soutenait tant qu'un socialiste pouvait en sortir, et s'en éloigne quand l'issue devient incertaine, « pour ne pas avoir à trahir encore comme en 2017 avec Benoît Hamon ».
« Depuis des années, le PS oscille entre unité proclamée et division stratégique pour reprendre l'ascendant, revenant dans le jeu dès que le risque est trop grand. NUPES en 2022, NFP en 2024. Vanter l'unité pour garder ses sièges puis diviser pour essayer de reprendre le leadership. »
La conclusion déplace la question morale — l'union serait « la chose vertueuse » face à l'extrême droite — vers une question pratique : comment faire pour que députés, dirigeants et candidats aient intérêt à coopérer. Blast l'appuie sur un passage de Pierre Bourdieu consacré aux économies du don, et prévient que l'union ne doit pas servir à « la résurrection d'un social-libéralisme ».
« En sacralisant l'Union, on cesse de la regarder sous un angle pragmatique. Comment faire concrètement pour que députés, chef de parti et candidat aient intérêt à s'unir et à coopérer ? Autrement dit, il faut cesser de voir l'Union comme un objet et la penser comme un processus de rapprochement humain, personnel, idéologique et stratégique visant à produire des pratiques partisanes plus cohérentes. »
Emmanuel Macron a nommé Amélie de Montchalin première présidente de la Cour des comptes par décret du 11 février 2026, alors qu'elle était ministre de l'Action et des Comptes publics ; elle a pris ses fonctions le 23 février, en succédant à Pierre Moscovici. Blast rappelle ce que la Cour avait reproché aux gouvernements récents : le recours aux cabinets de conseil, la lutte contre la corruption, le contrôle de la fraude fiscale.
« Cette nomination est une nouvelle attaque contre les contre-pouvoirs démocratiques et un précédent de plus pour les affaiblir. Cette institution qui avait étrillé l'utilisation des cabinets de conseil par Macron, qui a vivement critiqué le manque d'engagement des gouvernements macronistes dans la lutte contre la corruption »
Lors du premier débat en séance jamais consacré à une pétition, le 11 février 2026, Annie Genevard associe le succès de la pétition — plus de 2,1 millions de signatures, un record — à « tous les robots qui ont tourné allègrement ». Le dépôt se fait pourtant sur la plateforme de l'Assemblée, avec identification par FranceConnect ; Yaël Braun-Pivet rappelle que l'Assemblée a vérifié l'intégralité des signatures, et la ministre se replie sur les « algorithmes » des réseaux sociaux.
« Ce propos, madame la ministre, il est extrêmement grave parce que jusqu'ici aucun parlementaire dans les débats que nous avons eus en commission […] n'a osé mettre en doute la véracité des plus de 2 millions de signatures de la pétition pour l'abrogation de la loi Duplomb. Et que ce soit un membre du gouvernement qui le fasse, c'est un niveau de fake news qui est grave. »
Le passage répond à Marina Ferrari, ministre des Sports, qui écartait la proposition d'Éric Coquerel : demander à la FIFA de jouer la Coupe du monde 2026 au Mexique et au Canada, et de boycotter les États-Unis de Donald Trump. Blast y oppose l'homophobie des tribunes, un arbitre allemand agressé, rapporte l'émission, après avoir demandé son compagnon en mariage dans un stade, et les Jeux de Berlin de 1936.
« Le sport ne serait pas politique. Fraternité, paix, neutralité, bref une activité pure que la politique viendrait salir. Alors, parlons politique justement car cette prétendue neutralité sert surtout à neutraliser les demandes de justice sociale. »