Zawa Prod — « Comment Ségolène Royal a CHOQUÉ le Parti Socialiste »
Stream de réaction de la chaîne Zawa Prod, animé par un seul intervenant (Raz), deuxième épisode d'une série consacrée à la décomposition du Parti socialiste (le premier portait sur la défaite de Lionel Jospin le 21 avril 2002). Raz commente en direct le documentaire « Ségolène Royal, l'investiture » (https://www.youtube.com/watch?v=Jr0AFf2FePY), qui couvre la période 2002-2006 : la reprise en main du PS par François Hollande, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn, le référendum sur le traité constitutionnel européen de 2005, puis la primaire socialiste remportée par Ségolène Royal le 16 novembre 2006. La thèse de fond : le PS de cette période est un parti d'appareil noyé dans le jeu des apparences et des ego, sans discussion programmatique, et profondément droitisé — Jean-Luc Mélenchon et l'aile gauche faisant figure d'exception avant leur départ. Format live : ton très oral, vulgarités, sarcasme assumé et échanges avec le chat (dont un bavardage de rôle avec un faux militant socialiste, à ne pas lire au premier degré). Les citations attribuées à des responsables politiques proviennent des extraits du documentaire diffusés dans le stream.
Au soir du 29 mai 2005, après la victoire du « non » au référendum sur le traité constitutionnel européen, François Hollande, alors premier secrétaire du PS, lie explicitement son propre destin présidentiel au résultat : si les Français avaient voté comme les adhérents socialistes, il aurait été candidat. Le stream fait de cet aveu la pièce centrale de sa démonstration — l'appareil du parti votait à l'inverse de son propre électorat, et son dirigeant en tirait un problème de carrière plutôt qu'un problème de démocratie.
« Si le vote des Français avait été conforme au vote des adhérents du Parti socialiste, nul doute qu'à ce moment-là j'aurais été premier secrétaire et candidat. Mais dès lors qu'il y a eu cette distorsion, cet écart, cette division aussi entre socialistes, j'étais amené — et je revendique ce rôle — de nouveau à rassembler les socialistes. »
Le documentaire rappelle que 98 % des électeurs communistes et 56 % des électeurs socialistes ont voté contre le traité constitutionnel le 29 mai 2005. Raz oppose ce chiffre à « 65 % censés avoir voté oui dans le vote interne » et en conclut que les adhérents sont « totalement déconnectés » ou que le scrutin était truqué. La consultation interne du PS du 1er décembre 2004 a en réalité donné 58,6 % pour le « oui » (contre 41,4 % pour le « non ») : les 60 à 65 % cités plus tôt dans le documentaire étaient une prévision de sondage, pas le résultat. L'écart entre l'appareil et l'électorat socialiste reste massif — environ 15 points — mais il est plus faible qu'annoncé, et rien dans la source n'étaye l'hypothèse d'un truquage.
« 98 % des électeurs communistes et 56 % des électeurs socialistes ont voté contre le traité. »
Le documentaire présente cette une comme un tournant de la campagne référendaire : le premier secrétaire du PS et le patron de l'UMP y posent souriants, habillés à l'identique, pour défendre ensemble le « oui ». Le stream y voit l'image fondatrice de l'accusation d'« UMPS » et l'un des moments où une partie de l'électorat de gauche a cessé de distinguer les deux camps.
« Au cours de la campagne référendaire, une couverture de Paris Match montre deux hommes tout sourire dans un même costume, presque jumeaux. L'effet est ravageur auprès des militants socialistes. »
Laurent Fabius, longtemps identifié à la ligne libérale du parti, prend en 2004-2005 la tête du camp du « non » socialiste. Le stream soutient qu'il n'y croyait pas et cherchait seulement à se distinguer de François Hollande pour capter l'aile gauche avant la primaire. L'effet, selon Raz, dépasse le calcul : en donnant à croire qu'un poids lourd de l'appareil partageait leurs positions, ce ralliement a maintenu dans le PS des militants de gauche qui, sans lui, auraient constaté que seule l'aile Mélenchon défendait le « non ».
« Je crois que la position qui permet d'avoir une Europe plus forte, une Europe de paix, une Europe sociale, une Europe vraiment puissante, je pense que c'est un non d'espoir, un non constructif qui va le permettre. »
Raz rappelle que le rejet du traité constitutionnel par référendum en mai 2005 a été suivi de la ratification du traité de Lisbonne, à texte largement équivalent, par la voie parlementaire en février 2008. Il en fait l'un des actes de naissance du souverainisme de gauche et de la rupture d'une partie de l'électorat avec les partis de gouvernement. La séquence est décrite comme une « constitutionnalisation du libéralisme » donnant au droit européen une valeur supralégale au détriment des États.
« 2005 traité européen, la France vote non, c'est-à-dire refuse le traité libéral, et ils arrivent à le faire repasser par un autre moyen. »
Le stream s'appuie sur le récit que Jean-Luc Mélenchon fait lui-même dans son livre « Le Choix de l'insoumission » : militant pour le « non » aux côtés de communistes et de militants situés à sa gauche, alors que la direction de son parti défendait le « oui », il aurait vu naître là l'idée d'une rupture. Mélenchon quittera le PS en 2008 pour fonder le Parti de gauche.
Raz soutient que la présence de courants situés à gauche — Mélenchon, Henri Emmanuelli, Gérard Filoche, Arnaud Montebourg — a moins servi à infléchir la ligne du parti qu'à y retenir des militants et des électeurs de gauche : chacun pouvait rester en se disant représenté par un courant minoritaire, tout en votant pour des dirigeants libéraux. C'est cette fonction d'aimant, plus que la trahison des dirigeants, qu'il désigne comme le mécanisme central de la période.
Dans le documentaire, Laurent Fabius justifie sa candidature par l'expérience et la capacité à « comprendre le monde nouveau », sans énoncer une seule orientation programmatique. Raz y lit le marqueur de langage d'une génération socialiste qui a substitué la posture et le capital politique personnel au contenu : quand un dirigeant du PS invoque l'adaptation au monde nouveau, il annonce selon lui une politique favorable aux intérêts patronaux.
« Des responsables qui ont l'expérience au plus haut niveau, mais qui sont capables de mettre en cause cette expérience pour comprendre ce qu'est le monde nouveau et pousser la France à se redresser, il n'y en a pas tellement. »
Le stream insiste sur le contraste avec aujourd'hui : en 2003, les congrès socialistes remplissent des salles de plusieurs milliers de personnes, et les régionales de 2004 donnent à la gauche son meilleur résultat historique. Cette masse militante est présentée comme ce que la direction du parti a dilapidé en quinze ans.
« C'est le Parti socialiste qui, avec la gauche, obtient le meilleur résultat de son histoire : 20 régions sur 22. »
Pour élargir le corps électoral de sa primaire, le PS ouvre l'adhésion en ligne à une cotisation symbolique de 20 euros et gagne plus de 80 000 adhérents. Le documentaire montre les équipes de Dominique Strauss-Kahn constater que ces nouveaux adhérents voteront Royal ; le stream y voit la démonstration que le résultat d'une primaire socialiste dépend de la composition du corps électoral qu'on lui fabrique, pas d'un arbitrage entre projets.
« Ouvrons nos portes avec une cotisation symbolique, c'est vrai, 20 euros, et une procédure simplifiée par internet. Nous aurions 70 000, aujourd'hui plus de 80 000 adhérents supplémentaires. »
Un cadre du parti énumère dans le documentaire les responsables qui basculent vers la candidate — porte-parole, numéro 2 à la coordination, trésorier, responsable des élections — et conclut que l'appareil s'est mis à son service sans autre justification que les enquêtes d'opinion. Raz relève que c'est très exactement le reproche que les mêmes adressent aujourd'hui aux forces qui les concurrencent à gauche.
« Quand vous avez le porte-parole du Parti socialiste qui soutient Ségolène Royal, quand vous avez le numéro 2 qui est à la coordination qui soutient Ségolène Royal, quand vous avez le trésorier qui soutient Ségolène Royal, le responsable des élections qui soutient Ségolène Royal, et ainsi de suite, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que l'appareil s'est mis au service de Ségolène Royal à partir d'une seule argumentation : les sondages et les nouveaux adhérents. »
Le stream décrit un « boys club » socialiste qui traite la candidature de Ségolène Royal comme une anomalie à réduire — Laurent Fabius lui demandant publiquement qui garderait les enfants, la campagne interne se déportant sur son style plutôt que sur ses positions. Raz souligne le paradoxe : ces attaques ont nourri une sympathie pour elle alors que ses orientations étaient, selon lui, aussi droitières que celles de ses concurrents. Il note aussi que la formule de Jean-Luc Mélenchon sur « la présidence de la République qui n'est pas un concours de beauté », qu'il commence par ranger dans cette série, lui est ensuite signalée en direct comme sortie de son contexte.
Raz relève que Ségolène Royal fait campagne devant les militants socialistes — donc devant l'électorat le plus à gauche qu'un candidat PS puisse rencontrer — sur la sécurité, la responsabilité individuelle et la valeur travail. Il y voit la répétition de l'erreur de 2002 : disputer à la droite ses propres thèmes, ce qui installe durablement l'idée qu'il n'y a pas d'alternative à celle-ci.
« Moi, je vous le dis, il est temps de remettre dans ce pays un ordre juste et une sécurité durable. »
Le stream affirme que « l'une des grandes mesures » du programme de Ségolène Royal en 2007 était « le retour du service militaire ». La proposition portée en 2006 puis dans son pacte présidentiel visait un encadrement de type militaire pour les mineurs primo-délinquants, dispositif très discuté à gauche à l'époque, et non le rétablissement de la conscription. L'extrait du documentaire diffusé juste après par le stream correspond d'ailleurs à cette mesure ciblée.
« Ce dont je suis sûr, c'est que toute forme d'encadrement qui permet à un jeune de se remettre debout est de toute façon préférable. »
Le passage est relevé comme l'un des plus marquants du documentaire : la candidate socialiste place le port du voile sur le même plan que l'excision, les mutilations et le viol, dans une liste d'oppressions dont elle promet de libérer les femmes. Raz y lit une laïcité de combat visant les femmes musulmanes elles-mêmes, à rebours d'une défense de leur liberté de se vêtir, et un signe supplémentaire de la droitisation du parti sur les questions de société.
« Mon combat pour la laïcité, c'est pour vous : femmes voilées, femmes mutilées, femmes excisées, femmes violées, femmes infériorisées, femmes écrasées, inégalité salariale, violence faite aux femmes, mariage forcé, inégalité dans la formation professionnelle, inégalité dans l'emploi. Mon combat pour la laïcité et pour l'égalité, c'est pour vous. »
Raz avance que l'analyse de la progression du Rassemblement national néglige un facteur : pendant une quinzaine d'années, l'essentiel de la gauche électorale a repris à son compte le cadrage sécuritaire de la droite, jusqu'au quinquennat de François Hollande. Quand une offre politique se contente de dupliquer celle de son adversaire, soutient-il, les électeurs se reportent vers l'original.
« On oublie souvent le fait que la gauche a accompagné le discours sécuritaire pendant 20 ans. »
C'est la thèse centrale du stream : les primaires et les congrès socialistes ne tranchent pas entre des projets — le projet du parti n'engage pas le candidat, qui peut l'amender et ne l'appliquera pas — mais désignent une figure. Tant que l'appareil garde la main, la procédure sert de légitimation ; quand elle lui échappe, il laisse couler la campagne. Raz en tire une préférence assumée pour un fonctionnement où le programme écrit est le seul contrat, plutôt qu'un jeu de courants.
« Pour eux, le pouvoir est dû aux plus droitiers et aux éléphants qui tiennent l'appareil, et ils font semblant, pour la populace, de faire des votes et de la démocratie interne. Mais si ça leur échappe des mains, ils vont faire couler le bateau. »
Le stream met en parallèle la primaire de 2006 et celle de 2017 : dans les deux cas, l'appareil socialiste n'avait pas prévu le vainqueur et lui a refusé le soutien qu'il devait à son candidat. Benoît Hamon, investi avec près de 59 % des voix, voit une partie des cadres du parti se détourner de sa campagne, Manuel Valls annonçant publiquement son soutien à Emmanuel Macron.
Raz répond frontalement au reproche adressé aujourd'hui à La France insoumise sur l'absence de démocratie interne : il invite ses contradicteurs à examiner ce qu'a produit celle du PS, dont il vient de dérouler quinze années — courants sans portée programmatique, primaires réglées par les adhésions de dernière minute, candidats désavoués par leur propre appareil. Il mentionne l'exclusion de Gérard Filoche pour illustrer le sort réservé aux courants de gauche du parti.
« Il y a des gens encore aujourd'hui qui viennent nous dire : moi, ce qui me dérange à La France insoumise, c'est qu'il n'y a pas de démocratie interne. Mais va au PS, va voir la démocratie interne du PS. »
Pour Raz, la centralité du programme dans le fonctionnement de La France insoumise n'est pas une lubie mais une réponse directe à l'expérience socialiste des années 2000, où les lignes étaient brouillées, les engagements réversibles et l'électeur incapable de savoir ce qu'il votait. Faute d'un texte qui engage, soutient-il, un parti finit par sélectionner des personnalités plutôt que des politiques.
« La centralité de la question du programme, avec un programme écrit qui n'est jamais remis en question à La France insoumise, c'est aussi une réponse à cette époque-là et aux trahisons de cette époque-là. »
Raz soutient que les débats de la primaire de 2006 ne portaient jamais sur le contenu des politiques, et prolonge le constat jusqu'à aujourd'hui : il range les prises de parole d'Olivier Faure et de Marine Tondelier dans la même catégorie, celle d'un discours de posture — pragmatisme, sérieux, refus du « bordel » — ponctué de listes de propositions consensuelles qui n'engagent à rien.
« Encore aujourd'hui, quand vous voyez Olivier Faure, quand vous voyez Marine Tondelier, le point commun des sociaux-traîtres, c'est de ne jamais parler politique. »