Budget 2027 : la réaction d’Éric Coquerel | Conférence de presse
Conférence de presse du député insoumis Éric Coquerel à l'Assemblée nationale, le 1er octobre 2026, le jour même de la présentation du projet de loi de finances pour 2027. Il commente le budget mission par mission, en recalculant les montants avec 2 % d'inflation : ses chiffres sont donc en volume et ne coïncident pas avec ceux du gouvernement, qui les donne en valeur. Les questions des journalistes portent ensuite sur la défense, la sécurité civile, les négociations avec le Rassemblement national et le gel des pensions.
Coquerel dit l'avoir proposée au Premier ministre et au ministre de l'Économie Roland Lescure : reconduire les crédits de 2026, voter quelques mesures fiscales comme l'indexation du barème de l'impôt sur le revenu, et laisser l'élection présidentielle trancher la politique budgétaire. Le gouvernement a refusé au motif qu'une loi spéciale creuserait le déficit. Coquerel répond que les budgets votés le creusent aussi : il prévoit un déficit de 5,4 à 5,5 % pour 2026.
« parcours balisé, ça aurait pu être le fait de s'entendre sur une loi spéciale, mais cette fois-ci dans sa version optimum, c'est-à-dire, je vous rappelle que la loi spéciale, c'est tous les crédits de l'année précédente qui sont reportés. »
Il s'appuie sur l'avis du Haut Conseil des finances publiques, qui vient selon lui d'alerter sur cet effet. Le mécanisme qu'il décrit : moins de revenus pour une large part de la population, moins de consommation, moins d'activité, donc moins de recettes. Un budget présenté comme une réponse aux déficits finirait ainsi par les entretenir.
« Chacun sait que quand vous avez une économie en risque de récession, si vous baissez les dépenses publiques, si vous baissez les prestations sociales, les revenus de secteur important de la population, vous avez un effet négatif sur la consommation intérieure »
La charge de la dette augmente de 12 milliards cette année, et Coquerel en attribue 60 à 80 % aux OATi. Ces obligations indexées sur l'inflation ont été lancées en 1998 sous Dominique Strauss-Kahn : leur remboursement suit les prix, en échange d'une prime de risque plus faible. Le pari tient tant que l'inflation reste basse, et coûte cher depuis 2022. L'Allemagne a cessé d'émettre ce type de titres à partir de 2024 ; la France aurait pu en faire autant, dit-il, et c'est un choix politique. Les taux, eux, ne s'appliquent chaque année qu'à la part de la dette réempruntée, de l'ordre de 10 %. La répartition qu'il avance pour 2027 n'a pas pu être vérifiée.
« ce n'est pas la hausse des taux d'intérêt aujourd'hui à 10 ans qui explique l'augmentation de la charge de la dette cette année. »
Environ 5 milliards ne sont pas des impôts, explique-t-il : des cotisations des collectivités, un prélèvement sur des avoirs en déshérence, et un milliard espéré de la lutte contre la fraude, qu'il juge douteux. Le reste frappe surtout la majorité de la population : abattement réduit sur les pensions, gel des retraites, fiscalité des indemnités journalières, hausse des frais d'inscription en BTS. Les plus riches, eux, sont moins mis à contribution que les années précédentes, comme les grandes entreprises, alors que seul le revenu du 1 % le plus aisé aurait progressé plus vite que l'inflation depuis 2017.
« Si je dis les recettes augmentent de 17 milliards, la traduction qui sera tout de suite faite, c'est les impôts augmentent de 17 milliards. »
En euros constants, le programme collèges et lycées publics perd 558 millions : c'est selon lui la coupe la plus lourde du budget, avec 643 millions pour l'ensemble de l'enseignement scolaire. Il y ajoute plusieurs centaines de millions sur l'université et la vie étudiante, le gel des APL (environ 400 millions, l'essentiel de la baisse du budget du logement) et la hausse des frais d'inscription en BTS. En valeur, les crédits de l'enseignement scolaire augmentent d'environ 1,7 %, sous les 2 % d'inflation qu'il retient : d'où la baisse. Au lieu de quoi, dit-il, il faudrait un plan d'urgence pour les lycées et les universités.
« La jeunesse est le premier poste d'économie budgétaire ciblée par le gouvernement. »
Le Premier ministre affiche 1,5 milliard pour la lutte contre les violences faites aux enfants et les violences sexistes et sexuelles. Coquerel y voit l'addition de crédits déjà dispersés entre l'État et la Sécurité sociale, pas une hausse, quand les associations demandent 3 milliards. Il relève dans la même veine la baisse du programme « Protection des droits et libertés », qui finance les autorités indépendantes, et celle de 28 millions de la justice.
« Vous savez que le premier ministre a mis des chiffres qui sont à peu près dans tous les budgets »
Hors forêts et service public de l'énergie, le budget de l'écologie ne progresse que de 60 millions, après deux ans de baisse. Coquerel l'oppose au besoin de 37 milliards d'euros supplémentaires par an qu'estime l'institut I4CE. Le Fonds vert reste, selon lui, 1,5 milliard sous son niveau de 2024 et Météo-France perd 40 millions. Quant aux 105 millions de plus pour la sécurité civile, ils ne font que régulariser les 220 millions dépensés en plus en 2026 pour mobiliser les secours : aucun moyen matériel nouveau, alors que les pompiers réclament 20 000 professionnels de plus.
« Il y a une fausse hausse puisque le budget affiche plus de 105 millions d'euros. »
Il range dans ces mesures un délai de carence pour les étrangers, qu'il qualifie de préférence nationale, et la baisse des moyens des agences et opérateurs de l'écologie, que le RN réclame. Le rapporteur général Philippe Juvin appelait à négocier avec tous les groupes, LFI compris : Coquerel refuse, au motif que les modifications votées au Parlement sont de toute façon écartées par le 49.3.
« le gouvernement, on le voit bien, tente principalement de chercher la noncensure du côté du RN avec des mesures discriminatoires envers les personnes étrangères. »
Coquerel refuse de discuter du niveau de l'effort militaire et ne regarde que son effet sur le reste du budget. Selon lui, canicules et incendies exposent désormais les Français à un danger comparable à une menace extérieure. D'un côté, une loi de programmation militaire qui renforce l'armée ; de l'autre, aucun investissement sérieux dans l'écologie, dont le coût grandit chaque année faute d'avoir été prévu.
« il y a une chose qui ne peut pas être acceptable, c'est que le budget de la défense, son augmentation se fasse sur le dos de tous les autres ministères. »
Il répond à Sébastien Lecornu, qui accuse les oppositions d'obstruction. Si le gouvernement n'obtient pas son budget par le 49.3, prédit Coquerel, il laissera filer le délai constitutionnel de 70 jours pour l'adopter par ordonnances, quitte à être censuré ensuite. Quant au budget « réversible » vanté par la porte-parole Maud Bregeon, il rappelle que tout budget l'est, par une loi de finances rectificative.
« le total des amendements des groupes d'opposition est inférieur au total des amendements des groupes qui soutiennent le gouvernement, ce qui est totalement inédit. »
Il cite une étude de l'Institut des politiques publiques qui juge le gel des pensions récessif et anti-redistributif. Le pouvoir d'achat des retraités a un peu mieux progressé que celui des salariés, concède-t-il, mais leur consommation fait vivre bien des départements ruraux. Il conclut que c'est le gouvernement qui augmente les impôts de la plupart des Français, tout en protégeant les plus riches.
« moi je considère pas que un retraité qui soit 2034 € par mois est un privilégié. »