Manuel Bompard, invité de France Info : loi d'urgence agricole, sécheresse, présidentielle
Interview matinale de Manuel Bompard (coordinateur national de La France insoumise, député des Bouches-du-Rhône) sur France Info, le jour du vote solennel de la loi d'urgence agricole à l'Assemblée. Il détaille l'opposition de LFI au texte (réintroduction d'un pesticide interdit, élevage intensif, méga-bassines), critique la gestion des incendies et de la sécheresse par le gouvernement, prend position sur l'affaire Barbara Butch, et pose les priorités de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon.
Bompard juge la loi « extrêmement dangereuse et absolument inacceptable » : elle réintroduit l'acétamipride, un néonicotinoïde interdit en France et jugé dangereux pour l'humain et la biodiversité (opposition du conseil de l'ordre des médecins). Il souligne le paradoxe d'une majorité qui, en début de quinquennat, s'était prononcée sur l'interdiction du glyphosate et termine le mandat en réintroduisant un pesticide dangereux.
« Terminer ce mandat en réintroduisant un pesticide dangereux, je trouve ça absolument incroyable. »
Bompard rappelle que LFI avait fait voter en première lecture un amendement interdisant l'importation de produits fabriqués ailleurs dans l'UE avec des pesticides interdits en France, disposition retirée du texte final. Il en fait la vraie protection des agriculteurs contre une concurrence déloyale, plutôt que la réautorisation du pesticide.
« On n'importe pas en France des produits qui sont produits ailleurs dans l'Union européenne en utilisant des pesticides interdits en France. »
Au-delà du pesticide, Bompard dénonce des mesures qui favorisent l'élevage intensif en levant des seuils de taille d'exploitation, ouvrant la voie à de très grandes structures (« gigafermes ») au moment où les enjeux climatiques et de biodiversité s'aggravent.
« Développer et favoriser ce qu'on appelle l'élevage intensif en supprimant des limites de taille aujourd'hui pour favoriser des gigas exploitations agricoles. »
Bompard reproche au texte de placer les agences de l'eau sous tutelle du ministère de l'Agriculture et de rendre l'agriculteur prioritaire sur les autres usages, tout en facilitant les méga-bassines — alors que la ressource en eau sera l'un des grands défis des prochaines décennies.
« Cette loi, si elle devait être votée, elle va créer une guerre de l'eau sur les usages en eau alors qu'on est confronté à des situations de sécheresse. »
Face aux cultures ravagées par la sécheresse, Bompard propose de décréter l'état de catastrophe naturelle ouvrant droit à indemnisation pour les agricultrices et agriculteurs concernés.
« Décréter un état de catastrophe naturelle qui donne droit pour les agricultrices et les agriculteurs à des indemnisations. »
Bompard accuse Gabriel Attal, Premier ministre, d'avoir rayé deux des quatre Canadair prévus par des coupes budgétaires. Attal se défend en disant que le constructeur ne pouvait en livrer que deux ; Bompard rétorque que quatre appareils avaient été budgétés, ce qui rend cette défense mensongère et de mauvaise foi — un moyen de se défausser de sa responsabilité dans le renouvellement trop lent de la flotte de la sécurité civile.
« Si monsieur Attal considère que la société ne pouvait pas en livrer quatre, expliquez-moi pourquoi, dans le budget, on en a budgété quatre. »
Bompard fait de la gestion de la forêt une question politique : selon lui, les gouvernements successifs d'Emmanuel Macron ont divisé par cinq le budget de l'Office national des forêts, rendant les forêts moins résistantes aux incendies. Il y ajoute l'insuffisance des moyens de la protection civile, sans remettre en cause l'engagement des pompiers.
« Les gouvernements successifs d'Emmanuel Macron ont divisé par cinq le budget, par exemple, de l'ONF. »
Interrogé sur le concert interrompu de Barbara Butch à Grenoble, Bompard refuse le mot « censure » et défend le droit à une protestation pacifique contre une prise de position politique (la DJ avait signé une tribune de soutien à une proposition de loi sur les « formes renouvelées de l'antisémitisme »). Il condamne fermement les insultes et le cyberharcèlement grossophobes et homophobes qu'elle a subis, et rappelle que le concert a été interrompu par les autorités, non par les manifestants.
« La censure ne fait pas partie personnellement de mon vocabulaire, mais là en l'occurrence, on ne parle pas de censure, on parle d'une protestation pacifique. »
Reprenant le « je m'en fous » de Jean-Luc Mélenchon (que l'adversaire soit Marine Le Pen ou Jordan Bardella, LFI entend les battre tous les deux), Bompard présente le programme du RN comme une escroquerie sociale alignée sur le MEDEF et le grand patronat. Il illustre par le refus du RN de voter une loi contre les cancers pédiatriques à cause d'une taxe de 0,1 % sur l'industrie pharmaceutique.
« Le Rassemblement national a refusé de voter une loi pour lutter contre les cancers pédiatriques parce qu'il y avait une taxe de 0,1 % sur l'industrie pharmaceutique. »
Parmi les priorités de la campagne, Bompard cite un nombre de pauvres au plus haut depuis les années 1970, justifiant une politique de partage et de redistribution des richesses, aux côtés de la planification écologique.
« Le nombre de pauvres a atteint un record qu'on n'avait pas atteint en France depuis les années 70. »
Bompard inscrit le passage à la 6e République parmi les priorités présidentielles de LFI, dénonçant « l'impasse » de la 5e République.
« Je pourrais parler de l'impasse de la 5e République et de la nécessité de passer à la 6e République. »