🔴 Mobilisations lycéennes et étudiantes : Manuel Bompard, invité de C à vous !
Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, était l'invité de « C à vous » sur France 5 le soir du mardi 6 octobre 2026, après avoir défilé avec les lycéens et les étudiants. Patrick Cohen et ses collègues l'interrogent d'abord sur l'accusation du Premier ministre, Sébastien Lecornu, selon qui LFI voudrait « bordéliser » le pays, puis sur le budget de l'Éducation nationale, les blocus et le maintien de l'ordre. L'entretien se termine sur la polémique qui vise l'eurodéputée Rima Hassan au Parlement européen. Seules les réponses de Manuel Bompard sont analysées.
Il retrace la naissance du mouvement : un lycée de Créteil, Saint-Exupéry, où manquaient professeurs, personnels et psychologue scolaire, d'abord mobilisé par ses enseignants puis par ses élèves. La députée de la circonscription, Clémence Guetté, est allée les écouter. Bompard retourne le reproche : la vraie question est de savoir pourquoi le gouvernement, lui, ne s'y est pas rendu.
« la manière avec laquelle le gouvernement traite ce mouvement depuis qu'il a commencé, c'est-à-dire en quelque sorte par le mépris en essayant d'expliquer que ce serait la France insoumise qui serait derrière est une manière de les infantiliser que je trouve absolument déplorable. »
Le projet de budget 2027 supprime bien 1 588 postes d'enseignants titulaires, dont 1 250 dans le public. Le ministre Édouard Geffray met en avant une hausse des crédits : la mission « Enseignement scolaire » passe de 64,4 à 65,5 milliards d'euros, soit environ +1,7 % en valeur. Bompard la lit en volume : selon lui, une fois l'inflation déduite, l'école et l'enseignement supérieur perdent environ 800 millions. Le signe dépend de l'inflation retenue, et la répartition de 800 postes dans le second degré qu'il avance ne figure pas dans les comptes rendus publiés. Il réclame en urgence l'annulation des suppressions de postes et du gel des APL, inscrit lui aussi au projet.
« Est-ce que vous allez me contredire quand je vous dis qu'il est prévu dans le budget 1600 postes d'enseignants titulaires qui vont être supprimés ? »
Le ministre de l'Éducation nationale venait d'annoncer une réponse sous huit jours, académie par académie, aux absences non remplacées. Bompard renvoie l'annonce à ce dilemme. Il rappelle qu'une heure de cours sur dix n'est pas assurée faute de remplaçant, et demande comment, dans ces conditions, justifier de supprimer encore des postes.
« soit on dispose des enseignants nécessaires pour pouvoir remplacer des enseignants qui sont absents et donc pourquoi on les a pas déjà mis devant les salles de classe ? Pourquoi il a fallu une mobilisation lycéenne pour que le ministre nous dise je vais les remplacer […] soit et c'est la vérité, on n'a pas les enseignants nécessaires pour le faire et le ministre nous enfume et vous enfume. »
Le gouvernement justifie les suppressions de postes par la baisse du nombre d'élèves. Bompard propose d'en faire l'inverse : régler les remplacements et ramener les classes sous les 30 élèves. Selon lui, la moyenne du secondaire est passée en quinze ans de 27 élèves à plus de 30. La DEPP compte 30,2 élèves par classe en lycée général et technologique à la rentrée 2025 : l'ordre de grandeur tient pour le lycée. Olivier Besancenot défendait le même argument sur BFMTV une semaine plus tôt.
« Le gouvernement nous dit "Oui, mais une baisse de la démographie lycéenne." Mais d'accord, mais très bien. Mais donc, profitons-en pour régler les problèmes. »
À la question de savoir si le blocage est une voie normale de protestation, il répond qu'il fait partie des outils d'une mobilisation. Puis il compare : en janvier 2024, des agriculteurs bloquaient des autoroutes, ce qui n'est pas un moyen d'action légal, et Gabriel Attal, alors Premier ministre, était allé à leur rencontre en Haute-Garonne. Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin disait alors qu'on ne répond pas à la colère par la force. Bompard réclame le même traitement pour des lycéens.
« Quand il y a 2 ans, il y a eu une mobilisation des agriculteurs qui ont bloqué une autoroute. Oui hein. Et que monsieur Atal alors premier ministre allait faire une émission de télévision en direct de l'autoroute bloquée. À l'époque, je crois pas que ça vous ait beaucoup choqué hein. »
Selon lui, le ministre de l'Éducation a d'abord mis le mouvement sur le compte de LFI. Il a ensuite signé avec l'Intérieur une circulaire prévoyant de lever les blocages par la force, et n'a reçu les organisations lycéennes et étudiantes qu'au bout de dix jours. Bompard cite une étude d'Acrimed : au journal de France 2, 90 % du temps consacré au mouvement aurait porté sur les violences et la mise en cause de LFI, contre 8 % pour les revendications. Nous n'avons pas retrouvé cette étude. Sa conclusion : les cortèges massifs et calmes du jour sont la meilleure réponse des lycéens.
« le gouvernement a joué une stratégie qui est ce qu'on appelle la stratégie du pourrissement. Il a essayé de salir cette mobilisation. Il a essayé que elle dégénère, qu'elle produise des images qui d'ailleurs ont été abondamment relayées ensuite y compris sur vos chaînes. »
Patrick Cohen lui oppose une « généralisation » de Jean-Luc Mélenchon. Bompard répond par la distinction entre un problème d'institution et l'accusation de chaque agent, et s'appuie sur deux sources. Le Défenseur des droits mesurait en 2017 qu'un jeune homme perçu comme noir ou arabe avait vingt fois plus de risques d'être contrôlé. Son enquête de 2024 situe ce sur-risque à quatre fois. En juin 2023, après la mort de Nahel, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a appelé la France à s'attaquer aux « profonds problèmes de racisme et de discrimination raciale » dans les forces de l'ordre. Ce que Bompard met en cause, conclut-il, c'est la doctrine du maintien de l'ordre.
« dire qu'il y a du racisme dans la police qu'un problème global de racisme dans la police, une forme d'impunité face aux propos et aux actes racistes dans la police, ce n'est pas dire que l'ensemble des policiers sont racistes. »
Bompard lit cette phrase, qu'il attribue au ministre de l'Intérieur sur TF1 la semaine précédente. Nous n'en avons pas retrouvé la trace écrite. Le plateau lui oppose un extrait de Laurent Nuñez sur France Inter, qui parle de « violences urbaines » et d'interventions « proportionnées ». Bompard rappelle que l'armement intermédiaire comprend des grenades classées en matériel de guerre, et qu'il s'agit d'adolescents de 14 à 16 ans. Il soutient la proposition de loi annoncée par le socialiste Boris Vallaud contre les armes mutilantes dans les manifestations de mineurs, et veut aller plus loin : bannir ces armes de tout maintien de l'ordre, comme le font des pays à doctrine de désescalade. Le 5 octobre à Lens, un lycéen de 15 ans a eu une main arrachée, et Nuñez a ensuite suspendu les grenades assourdissantes pour les mobilisations lycéennes.
« Il n'y a aucune consigne de retenue et par ailleurs aucune consigne de ne pas utiliser tout l'armement intermédiaire à disposition des forces de sécurité intérieure. »
L'eurodéputée a retiré un drapeau israélien lors d'une exposition consacrée aux victimes du 7 octobre au Parlement européen. On lui demande si c'était décent devant les portraits des victimes. Bompard ne répond pas sur l'hommage, qu'il dit évidemment nécessaire. Il répond sur l'événement : coorganisé selon lui avec les autorités israéliennes, on y vendait des objets au profit de l'armée israélienne, figurant une carte d'Israël qui inclut la Cisjordanie. Il demande si l'on aurait accepté le même événement organisé avec l'État russe.
« j'assume absolument ce qu'a fait Rima Hassan et je considère que il est absolument inapproprié et pire que ça, absolument dangereux d'organiser dans l'enceinte du Parlement européen un événement qui met en valeur par exemple la colonisation de territoire en violation absolue du droit international »