PaduTeam — « La vérité cachée sur la crise à Ceuta »
Chronique de 59 minutes tenue par deux animateurs de la PaduTeam (Padu et Chris) sur la crise migratoire de Ceuta des 31 juillet et 1er août 2026. La lecture est explicitement marxiste et anti-impérialiste : elle refuse à la fois le récit d'« invasion » de l'extrême droite et la thèse, portée par une partie de l'extrême gauche, selon laquelle rendre Ceuta et Melilla au Maroc serait une revendication décoloniale. Le format alterne commentaire libre et lecture à l'antenne de trois documents — un long fil géopolitique publié sur X, un article d'un analyste marocain attribué par la vidéo au Middle East Forum, et un fil d'une militante proche de la chaîne —, plus la diffusion d'un extrait de plateau CNews. Les insights de type « citation » précisent donc à chaque fois qui parle : les animateurs, ou l'un des textes qu'ils lisent. Le ton est souvent sarcastique, et l'ironie sert régulièrement à porter une thèse de fond : c'est le fond qui est restitué ici.
La chronique s'ouvre sur un bilan chiffré : 50 000 à 60 000 personnes passées en quelques heures, dont 48 300 renvoyées vers le Maroc, seuls les mineurs échappant à la reconduite. L'ordre de grandeur diffère de celui retenu par l'autre analyse du dossier, qui parle de 30 000 à 40 000 arrivées. Aucun des deux décomptes n'est sourcé à l'antenne, et l'écart tient sans doute aux estimations concurrentes qui ont circulé dans les jours suivant l'événement. Le taux de renvoi — 96 à 98 % — est en revanche cohérent d'une source à l'autre, et c'est lui qui porte l'argument des deux vidéos : le mouvement s'est résorbé presque intégralement en vingt-quatre heures.
« De ce que j'ai lu, l'immense majorité, je crois 48 300 sur 50 000, ont été reconduits à la frontière marocaine. »
Padu pose d'emblée la structure de toute la chronique : la crise de Ceuta enferme la gauche dans une alternative où les deux issues sont fausses. Réclamer la rétrocession des enclaves revient à endosser une revendication portée au même moment par Donald Trump et le gouvernement israélien ; défendre l'Espagne revient à couvrir le renvoi en masse de dizaines de milliers de personnes vers des gardes-frontières marocains. Le reste de la vidéo consiste à tenir les deux critiques en même temps.
« Se faire une opinion un peu fine et pas tomber dans un truc débile assez simple qui serait soit de condamner totalement l'Espagne en disant que Trump a raison et qu'il faut que l'Espagne cède intégralement son territoire actuel en Afrique au Maroc, ou au contraire expliquer que l'Espagne c'est particulièrement progressiste et qu'il n'y a aucun problème au fait que l'Espagne renvoie 98 % des migrants de Ceuta au Maroc. »
Toute l'analyse repose sur une distinction que les chroniqueurs jugent mal comprise : l'Espagne est décrite comme « la périphérie du centre impérialiste » — membre du bloc occidental mais s'opposant régulièrement aux États-Unis —, et le Maroc comme « un centre impérialiste dans la périphérie », pays dominé mais relais actif de la domination. Les exemples avancés visent à casser le réflexe Nord/Sud : la Pologne, au nord, est décrite comme dominée par l'Allemagne, quand l'Inde, au sud, est présentée comme une puissance de plus en plus impérialiste.
« Centre et périphérie, c'est pas une dynamique géographique, c'est pas le nord, le sud, c'est pas une position géographique. »
La formule est le pivot de la démonstration. L'ordre international tient, selon Chris, parce que le centre dispose de relais dans les pays dominés — de la même manière que l'exploitation capitaliste tient parce que tous les prolétaires ne sont pas des syndicalistes en lutte. En être dominé ne rend donc anti-impérialiste ni un peuple ni, surtout, un État.
« S'il suffisait d'être dans la périphérie pour être anti-impérialiste, le monde ne tiendrait pas. »
Les chroniqueurs reprochent au média trotskiste Révolution permanente, nommément désigné, une incohérence : sa position ne serait même pas « campiste » — soutenir par principe tout pays de la périphérie —, puisqu'elle soutiendrait précisément ceux qui sont aux mains des États-Unis. Ils citent en exemple l'article de RP sur Ceuta, dont ils affirment qu'il ne comporte aucune critique du roi du Maroc, là où le média avait critiqué Nicolás Maduro le jour même de son arrestation par une intervention militaire américaine. L'explication avancée est double : une forme d'occidentalo-centrisme, et une réticence à critiquer un régime arabe de peur de paraître raciste.
« Ils vont des fois aller défendre des pays du Sud les plus réactionnaires et les plus soumis à l'impérialisme américain. Et des fois des pays du Sud comme le Venezuela, ils vont pas les soutenir. »
Padu ne conteste pas qu'on puisse discuter du statut des enclaves — il dit explicitement qu'un plan de rétrocession négocié, encadré par la communauté internationale, se discuterait. Ce qu'il vise, c'est le calendrier : porter cette revendication le lendemain d'une opération de déstabilisation qu'il attribue à Washington et Tel-Aviv revient, selon lui, à en devenir l'instrument. Il rappelle le précédent des Malouines, revendiquées par Révolution permanente pour l'Argentine, comme elles le sont par Javier Milei et Donald Trump.
« Je trouve que c'est détourner des combats anticoloniaux ou anti-impérialistes pour faire le jeu des impérialistes, qui est presque pire. »
L'argument historique central de la chronique : Ceuta et Melilla sont des reliquats de guerres médiévales et de partages entre Portugal et Espagne antérieurs à la découverte de l'Amérique, donc à l'accumulation primitive et au colonialisme moderne. Les chroniqueurs y voient des verrous maritimes, non des territoires exploités pour leur population. Ils poussent l'argument jusqu'à l'absurde volontaire — avant 709, Ceuta appartenait aux Romains, faudrait-il la rendre à l'Italie ? — pour disqualifier l'assimilation à la Kanaky ou à la Guyane. C'est une thèse contestable, et elle est portée comme telle : la conclusion n'est pas que la question ne se pose pas, mais qu'elle ne se pose pas dans les mêmes termes.
« La présence espagnole à Ceuta, qui est une présence qui dure depuis 7 siècles, c'est-à-dire qui était présente avant même que l'État marocain existe, qui est pas la même chose que d'avoir des indigènes à un endroit dont tu vas prendre leur terre puis venir les remplacer, comme on peut avoir par exemple en Kanaky. »
Padu retourne l'argument décolonial contre lui-même. Traiter le Maroc comme le destinataire naturel des enclaves parce que ses habitants sont maghrébins revient, dit-il, à une forme de condescendance raciale qui efface les rivalités régionales — au premier rang desquelles le conflit algéro-marocain autour du Sahara occidental. La rétrocession ne rendrait pas un territoire à « l'Afrique » : elle donnerait à un État précis, allié de Washington et de Tel-Aviv, le contrôle de l'accès sud à la Méditerranée.
« Aller demander à l'Algérie ce qu'elle penserait du fait de rendre Ceuta et Melilla au Maroc […] je suis pas sûr qu'ils seraient très très contents, les Algériens, d'un coup que le détroit de Gibraltar soit contrôlé par Netanyahou et Trump. »
La chronique documente le double jeu qu'elle reproche à Rabat : le Maroc dénonce la responsabilité européenne dans la violence aux frontières tout en menant lui-même une politique d'abandon d'exilés dans le désert, et en sous-traitant depuis des décennies le contrôle de la frontière sud de l'Europe. S'y ajoutent la répression du mouvement de la jeunesse marocaine, avec plusieurs morts, et l'alliance de renseignement avec Israël autour du logiciel Pegasus. Les animateurs prennent soin de faire porter la critique par les progressistes marocains eux-mêmes.
« Il sert de relais violent de Frontex et de la frontière ultra violente de l'Europe pour empêcher l'immigration. Donc vraiment le Maroc est un pays réactionnaire de A à Z. Et je le dis pas de ma position, c'est littéralement tous les progressistes marocains qui le disent. »
Les chroniqueurs affirment que le mouvement a été amorcé par des messages ciblés annonçant une ouverture de la frontière, et renvoient, en anticipant l'accusation de complotisme, à la coopération étroite entre les services marocains et l'éditeur israélien de Pegasus. La première partie de l'affirmation recoupe ce que documente l'autre analyse du dossier — deux intox massivement relayées sur Facebook et Instagram, amplifiées par des réseaux de passeurs. Le lien avec Pegasus, en revanche, reste une inférence : aucune preuve d'une action coordonnée n'est produite à l'antenne.
« Les jeunes personnes qui sont allées à la frontière de Ceuta en fait ont reçu des SMS et sur WhatsApp […] comme quoi la frontière était ouverte et qu'on pouvait y aller. »
Les animateurs rappellent que le Maroc avait déjà relâché la pression aux frontières de Ceuta en 2021 pour contraindre l'Espagne à reconnaître sa primauté sur le Sahara occidental — le point de friction majeur avec l'Algérie. L'événement de 2026 s'inscrit dans ce répertoire d'action éprouvé, ce que confirme l'autre analyse du dossier, qui documente le même précédent et le relie à la visite de Pedro Sánchez en Algérie onze jours avant la crise.
C'est la critique de gauche adressée à l'Espagne, et elle est frontale : Pedro Sánchez a répondu à une manœuvre réactionnaire par une politique réactionnaire. En choisissant la reconduite massive, il apparaît selon Padu comme « un gars qui a matraqué des migrants » sans même en tirer un bénéfice politique, puisqu'il passe malgré tout pour incapable de tenir ses frontières. Les chroniqueurs attribuent ce choix à la pression de Vox, en montée en Espagne.
« S'il y avait eu 50 000 personnes et que là il avait mis un plan pour intégrer ces 50 000 personnes dans l'Espagne, c'est pas du tout impossible. C'est très facile d'intégrer 50 000 personnes dans un pays de cette taille-là avec cette richesse-là. Là, il aurait gagné sur tous les plans […] parce que en fait l'opération de déstabilisation se serait retrouvée dans une opération de montrer comment on fait de la politique autrement. »
L'argument est présenté comme la carte que Sánchez n'a pas jouée : opposer aux gouvernements européens leur propre doctrine de 2022, quand la répartition des réfugiés ukrainiens était érigée en devoir de solidarité. Les chroniqueurs estiment qu'un tel geste aurait forcé chaque capitale à se positionner et aurait ouvert un clivage à l'intérieur de l'Union, au lieu de laisser l'Espagne isolée sur le terrain choisi par ses adversaires.
« Il aurait pu aussi dire : bah je comprends pas, quand c'était des Ukrainiens, vous nous expliquez qu'il fallait que tout le monde en prenne, que c'était très bien, mais là c'est des Marocains, vous voulez pas. »
Extrait d'un long fil publié sur X et lu intégralement à l'antenne — ce sont donc les mots de son auteur, pas ceux des animateurs, qui le reprennent à leur compte. La thèse y est posée en clair : la crise de Ceuta serait une phase de fragilisation destinée à contraindre à terme Madrid à céder l'enclave, et l'axe Washington-Tel-Aviv se méfierait des velléités d'autonomie européenne, celles de l'Espagne au premier chef.
« Le plan des États-Unis, du Maroc et d'Israël sur Ceuta vise le détroit de Gibraltar […] Ceuta permet à l'Espagne, et par elle aux pays européens alliés, de contrôler les portes de la Méditerranée. Les États-Unis et Israël veulent imposer un deuxième corridor marocain sur ce détroit afin de ne pas dépendre de l'Espagne ni, à travers elle, d'une alliance de pays européens. »
Pour les chroniqueurs, la cible de l'opération n'est pas seulement Madrid mais l'opinion européenne : produire des images d'« invasion » sert à faire monter les forces qui en vivent. Marine Le Pen est nommément citée comme bénéficiaire attendue de cet effet de réaction, dans un raisonnement que la vidéo relie ensuite à l'échéance française de 2027.
« On est sur une opération qui justement vise à non pas simplement attaquer l'Espagne mais à radicaliser les extrêmes droites d'Europe. […] Radicaliser les extrêmes droites européennes sur la fermeture des frontières. Donc les faire grimper, faire grimper des Marine Le Pen justement en réaction. »
C'est le constat le plus dérangeant de la chronique : sur le fond de la revendication, une partie de l'extrême gauche décoloniale et l'extrême droite identitaire arrivent au même point, pour des motifs opposés — restitution à des « Africains » d'un côté, désengagement d'un continent de l'autre. Les animateurs y voient la preuve que la revendication, sortie de son contexte stratégique, ne dit rien par elle-même de la position de celui qui la porte.
« On va voir de l'extrême droite qui va appeler justement à rendre Ceuta et Melilla de la même manière, en disant : c'est des Africains, laissons les Africains entre eux, et surtout n'ayons pas des portes d'entrée en Afrique pour nous, pour préserver notre civilisation européenne. »
Le fait est le même que celui relevé dans l'autre analyse du dossier à propos du tweet de Marine Le Pen appelant à restreindre la libre circulation Schengen : Ceuta est délibérément tenue hors de l'espace Schengen, précisément pour servir de sas de tri. Franchir la clôture ne donne donc aucun droit d'entrée dans l'Union. Padu précise qu'il juge cette exclusion problématique en soi — mais qu'elle rend factuellement faux le récit de l'appel d'air.
« Ceuta n'est déjà pas dans Schengen. Vous passez la frontière même de manière irrégulière entre le Maroc et Ceuta, vous avez pas automatiquement le droit de revenir sur […] Mais faire croire que ce serait un jackpot pour rentrer, ça c'est un récit d'extrême droite. »
C'est le point où la chronique branche la crise de Ceuta sur la politique française. L'enjeu de l'opération, selon les animateurs, n'est pas seulement d'isoler l'Espagne mais d'empêcher que la « brèche » qu'elle a ouverte — refus des bases pour la campagne contre l'Iran, reconnaissance de l'État palestinien — ne s'étende, en particulier par un axe qui se formerait avec la France en cas de victoire de Jean-Luc Mélenchon.
« 2027 est scruté, regardé de manière absolue par Rubio, par Trump et cetera, comme un moment soit d'énormes risques s'il y a Mélenchon, soit un moment d'énormes potentiels réactionnaires s'il y a Marine Le Pen. D'ailleurs, vous avez vu que Trump, Musk et cetera ont félicité Marine Le Pen et ont dit que c'était leur candidate. »
La formule conclut l'argument stratégique de la vidéo : les chroniqueurs lisent la séquence espagnole comme un test grandeur nature de ce qui attendrait un gouvernement de gauche radicale en France. Le raisonnement est explicite ailleurs dans la chronique — l'Espagne est un pays plus petit, sans industrie d'armement exportatrice ni territoires ultramarins, et elle subit déjà cette pression ; la France en subirait davantage.
« Si l'Espagne tombe sous la pression impérialiste et ses relais d'extrême droite et ses idiots utiles soi-disant décoloniaux, là la France insoumise tombera. »
C'est la seule proposition positive de la chronique, et elle est explicitement offerte à Jean-Luc Mélenchon — « je le donne à Mélenchon, qui adore le droit international ». Plutôt que d'arbitrer entre souverainetés nationales concurrentes, il s'agirait de sortir les points de passage stratégiques du monde — Gibraltar, Ormuz — de toute appartenance nationale, sous un Conseil de sécurité de l'ONU réformé et non sous celui des puissances actuelles. Les animateurs la reformulent plus loin en « conférence des frontières » et en conseil de la Méditerranée. Elle recoupe deux engagements écrits de La France insoumise sans se confondre avec eux : aucun ne va jusqu'à la dénationalisation de territoires.
« En tant qu'anti-impérialiste, une vraie position, c'est à un moment donné de dénationaliser des territoires. […] Dénationaliser les territoires pour qu'ils appartiennent à personne et qu'ils ne soient pas contrôlés dans l'intérêt du centre capitaliste. »
Passage lu à l'antenne, extrait d'un article attribué par la vidéo à un analyste marocain publiant au Middle East Forum. Il documente la dégradation des relations entre Madrid et Washington : refus espagnol d'ouvrir les bases de Rota et Morón pendant la campagne contre l'Iran, non-atteinte des objectifs de dépense de l'OTAN, et hostilité affichée de l'administration américaine — Donald Trump qualifiant l'Espagne de « terrible » en mars et demandant à son secrétaire au Trésor de couper les relations économiques avec Madrid. C'est ce contexte qui rend, selon le texte, les enclaves négociables.
« Un courrier interne du Pentagone rapporté par Reuters en avril 2026 exposait des options, notamment la suspension de l'Espagne de l'OTAN en raison de son refus de faciliter les opérations américaines contre l'Iran. »
L'élément juridique le plus concret de la chronique, lui aussi lu depuis l'article du Middle East Forum. Ceuta et Melilla, situées sur le continent africain, ne sont pas couvertes par la clause de défense mutuelle de l'Alliance atlantique : la garantie sur laquelle Madrid s'est reposée pendant des décennies pour dissuader toute contestation de sa souveraineté ne s'applique pas aux deux enclaves. Le point est vérifiable dans le texte du traité et constitue, dans l'argumentaire lu, le fondement matériel de leur vulnérabilité.
« De manière cruciale, l'article 6 du traité de Washington exclut explicitement les territoires d'Afrique continentale des obligations de défense collective de l'OTAN […] L'alliance sur laquelle l'Espagne s'est longtemps appuyée […] ne s'étend tout simplement pas là-bas. »
Toujours lu depuis le même article. La séquence décrite est la clé de voûte de la thèse : accord de coopération sécuritaire en 2021, normalisation sous accords d'Abraham, puis plan militaire conjoint signé à Tel-Aviv début 2026, donnant à Israël un intérêt stratégique direct au succès régional de Rabat. Le texte ajoute que les États-Unis désignent le Maroc comme allié majeur hors OTAN et ont signé avec lui une feuille de route de défense sur dix ans — au moment même où ils envisagent de suspendre l'Espagne de l'Alliance.
« Les accords d'Abraham ont transformé le Maroc, passant d'un interlocuteur discret avec Israël en un partenaire militaire formel. En janvier 2026, Israël et le Maroc ont signé un plan de travail militaire conjoint pour l'année. »
Le passage le plus révélateur de l'article lu à l'antenne : il expose sans détour la manœuvre rhétorique consistant à disqualifier la critique espagnole de la colonisation israélienne en pointant Ceuta et Melilla. Les chroniqueurs relèvent le paradoxe — un État qui fonde sa revendication territoriale sur une antériorité de deux mille ans reproche à un autre une présence de quatre siècles — et notent que l'argument suppose acquise la notion de « sol africain » comme frontière naturelle, c'est-à-dire exactement la vision géographique qu'ils combattent depuis le début de la vidéo.
« Israël peut dénoncer l'hypocrisie flagrante de l'Espagne. Madrid a été l'une des voix européennes les plus fortes condamnant les politiques territoriales et les colonies israéliennes. L'Espagne a reconnu un État palestinien en 2024 tout en maintenant simultanément des enclaves européennes sur le sol africain qui précèdent l'Israël moderne de 4 siècles. »
Extrait d'un fil d'une militante proche de la chaîne, lu et approuvé par les animateurs. C'est la synthèse de leur position : la capacité de chantage marocaine n'est pas un accident, elle est le produit direct de l'externalisation du contrôle migratoire européen. Le même fil relève que l'Espagne, qui venait de régulariser massivement des personnes sans papiers, se voit reprocher cette politique par ceux-là mêmes qui applaudissent le renvoi de dizaines de milliers de personnes en parlant de « déportation ».
« Si le Maroc a pu faire cette manœuvre, c'est bien parce que l'Europe, pas uniquement l'Espagne, délègue sa nécropolitique des frontières aux pays qui sont […] des forteresses impérialistes en périphérie, qui sont justement aux frontières de l'Europe, ce qui leur donne un moyen de pression en menaçant de laisser passer des dizaines de milliers d'humains désespérés dont le désespoir est largement causé par l'Europe. »
Extrait de plateau diffusé dans la vidéo : ce sont les mots d'une intervenante de CNews, non ceux des animateurs, qui l'introduisent par un sarcasme — « CNews est devenu décolonial ». C'est la démonstration en acte de la convergence annoncée plus tôt : une chaîne classée à l'extrême droite, jamais entendue sur la colonisation israélienne ni sur celle des États-Unis, reprend l'argument décolonial dès lors qu'il vise l'Espagne. Padu et Chris opposent que la Corse, la Kanaky et la Guyane ne relèvent pas du même régime historique, et doutent que la même intervenante défende un référendum d'indépendance pour les deux dernières.
« Monsieur Pedro Sanchez, progressiste, qui est pour la décolonisation et cetera, doit aujourd'hui entamer des négociations avec le Maroc pour rendre Ceuta et Melilla au Maroc. »
La chronique se clôt sur une distinction qu'elle a tenue tout du long et qu'elle explicite ici : la violence des reproches adressés à Rabat porte sur la monarchie et ses services, pas sur la population, décrite comme réprimée, mobilisée et largement pro-palestinienne. C'est aussi ce qui permet aux animateurs de soutenir que si un mouvement populaire marocain venait à réclamer les enclaves, leur position s'inverserait — la revendication ne vaut, dans leur grille, que par la force sociale qui la porte.
« Il faut jamais assimiler les peuples à leurs dirigeants. Force aux Marocains qui se battent […] Donc force au peuple marocain, qui est lui évidemment bien plus progressiste et bien plus anti-impérialiste, qui soutient la Palestine depuis très longtemps, en tant que mouvement populaire. »