PaduTeam — les journées d'été des Écologistes, Tondelier prise entre Jadot et Rousseau
Chronique de cinquante-quatre minutes tenue par deux animateurs, Padu et Chris, au lendemain des journées d'été des Écologistes tenues à Grenoble du 20 au 22 août 2026 — le même week-end que les Amfis de La France insoumise, à quatre-vingt-dix kilomètres de là. Le format alterne commentaire, lecture de dépêches et diffusion d'extraits : les interventions de Yannick Jadot, Sandrine Rousseau et Marine Tondelier reproduites ici proviennent de matinales de France Inter et de la tribune des journées d'été, insérées pour être commentées. Les insights de type « citation » précisent donc à chaque fois qui parle. Le ton est ouvertement partisan et sarcastique, et le fond se lit sous l'ironie : le stream soutient la candidature de Jean-Luc Mélenchon et ne s'en cache pas, y compris quand il adresse ses critiques à La France insoumise elle-même. La transcription automatique déforme systématiquement les noms propres — « Tonelier », « Jado », « Gluxman », « Conbendit », « Zelenski », « la fille » pour LFI, « amphies » pour Amfis : les corrections évidentes ont été faites, et les passages trop dégradés sont restitués dans l'analyse plutôt que cités.
La thèse d'ouverture du stream. Les deux chroniqueurs décrivent une secrétaire nationale coincée entre Yannick Jadot, qui regarde vers Raphaël Glucksmann, et Sandrine Rousseau, qui regarde vers Jean-Luc Mélenchon : rallier l'un revient à donner les clés du parti à l'autre camp, ce qui expliquerait qu'elle défende une candidature autonome plutôt qu'une préférence.
« Si elle choisit l'un ou l'autre, ça veut dire autant donner les clés à Jadot, autant donner les clés à Rousseau qui sont vraiment les deux pôles. »
Le chiffre correspond à ce qu'a communiqué La France insoumise pour ses Amfis de Châteauneuf-sur-Isère : plus de 6 000 inscrits, auxquels s'ajoutaient 700 inscrits aux Amfis jeunes. Aucun décompte indépendant n'a été publié, et la communication du mouvement a fait monter le nombre à 7 000 puis 8 000 pendant l'événement, jusqu'à 10 000 revendiqués pour le meeting de clôture. La comparaison qu'en tirent les chroniqueurs porte : les deux rendez-vous se tenaient le même week-end, à quatre-vingt-dix kilomètres l'un de l'autre, et Grenoble en attendait environ 2 000.
« on va voir aussi le niveau d'organisation de ce parti qui est moribond pendant que la France insoumise fait le tour de force d'avoir plus de 6000 personnes aux Amfis »
Le chiffre de 2 % est une prédiction que les chroniqueurs assument depuis plusieurs vidéos, adossée à une description de l'électorat écologiste — plutôt âgé, plutôt enseignant — qu'ils estiment à 500 000 ou 600 000 voix. Les enquêtes de l'été 2026 placent Marine Tondelier au-dessus : entre 2 % et 5 % selon les instituts, environ 3,6 % en moyenne agrégée. Yannick Jadot avait réuni 4,63 % en 2022.
Lu à l'antenne depuis une dépêche des journées d'été. Marine Tondelier y maintient la proposition de dialogue adressée par courrier à toute la gauche, et répond sans les nommer à Yannick Jadot et Sandrine Rousseau, qui en avaient mis en doute la sincérité. Les chroniqueurs y lisent une secrétaire nationale qui se met à dos ses deux ailes faute d'en choisir une.
« J'ai lu la condescendance et le mépris avec lequel ce courrier a été commenté par certaines voix écologistes, disons à forte capacité médiatique. »
Le fait est établi. La France insoumise a proposé à Marine Tondelier de conduire une liste commune pour les élections européennes de 2024 ; elle a décliné, en s'appuyant sur un congrès des Écologistes qui avait tranché à plus de 90 % contre une liste unique, et en citant les désaccords sur la Chine, l'Ukraine et la défense européenne. Elle avait par ailleurs jugé irrespectueux que la proposition lui soit répétée. La formule « arrêtez de faire les forceurs », que le stream lui prête, n'a pas pu être retrouvée dans ces termes.
« quand cette meuf a quand même osé dire à la FI qui lui proposait la tête de liste aux européennes pour une alliance avec la France insoumise : non c'est non, arrêtez de faire les forceurs »
Les chroniqueurs lisent la formule de Marine Tondelier — ne pas croire que « tourner le dos à la possibilité de l'unité en cédant à l'injonction de devoir choisir un camp au sein d'une gauche que l'on acterait comme définitivement irréconciliable constitue une clarification » — puis en contestent la prémisse : les lignes existent, et l'électorat les a déjà départagées.
« les électeurs en fait, ils sont au final plus politisés qu'elle. Ils se rendent bien compte, les électeurs, qu'il y en a qui ont envie de voter Glucksmann et pas Mélenchon, d'autres qui ont envie de voter Mélenchon et pas Glucksmann. C'est juste l'examen du réel. »
L'explication du refus de choisir. Si la guerre des deux gauches disperse les voix sans créer de dynamique, il resterait une place pour qui n'aura vexé personne. Les chroniqueurs accordent que le raisonnement tient du point de vue de la survie du parti — se ranger derrière le PS ou derrière LFI l'enterrerait — mais jugent le ralliement hors de portée.
« Marine Tondelier essaie de se dire : la guerre entre les deux gauches va peut-être éparpiller les voix, pas créer de dynamique et cetera, et donc il restera un moyen de les réunifier et moi je pourrais être le recours à ce moment-là. »
Le diagnostic stratégique du stream. Les Écologistes auraient tenu une ligne libérale pendant que Macron occupait cet espace et le leur fermait, puis se seraient recentrés vers une gauche déjà tenue par La France insoumise, au moment précis où le retrait de Macron libérait le terrain qu'ils venaient d'abandonner — et que le Parti socialiste s'apprête, selon eux, à occuper.
« ils ont fait du libéralisme vert quand Macron était au pouvoir et captait cet électorat […] Et alors qu'ils auraient dû continuer pour gratter les cendres de Macron, ils ont fait l'analyse qu'il fallait essayer de se recentrer entre une force à gauche qui est déjà installée, qui est la France insoumise »
Le pendant sociologique de la thèse précédente, et sa conclusion : le parti serait pris entre un électorat qu'il ne peut servir sans assumer une ligne qu'il refuse de nommer, et une identité de gauche qui l'obligerait à se refonder entièrement. C'est de ce diagnostic que découle leur pronostic à 2 %.
« c'est des gens de droite qui ont un électorat de droite et qui se croit de gauche. Vraiment, c'est pour ça qu'ils arrivent pas. S'ils étaient vraiment adéquates, comme tu l'as dit, à leur électorat, ils feraient des voix. Si ils devaient vraiment être de gauche, faudrait qu'ils refondent tout leur parti. Donc vraiment, c'est insoluble. »
Extrait diffusé puis commenté. Le sénateur écologiste, candidat de son parti en 2022, déclare l'union impossible depuis deux ans et ajoute qu'il ne la juge pas souhaitable. Il avait annoncé quelques jours plus tôt, dans Libération, une initiative pour refonder la gauche autour de la social-écologie, sans LFI, et qualifié de « lunaire » un rapprochement avec Mélenchon.
« L'union de toute la gauche, chacune et chacun le sait depuis 2 ans, c'est impossible. Moi, je ne considère pas qu'elle soit souhaitable à partir du moment où ça voudrait dire une confusion des valeurs. L'écologie, elle s'est fondée sur des valeurs. »
Les chroniqueurs devinent en direct, à partir de la seule mention de son nom par Jadot, le camp de Daniel Cohn-Bendit — et ils tombent juste. Dans un entretien au Point du 10 août 2026, l'ancien eurodéputé apporte son soutien à Raphaël Glucksmann, seul selon lui à ouvrir une perspective pour une gauche social-écologique, qualifie Hollande, Royal et Cazeneuve de figures dépassées et estime que Mélenchon « n'est plus de gauche ». Le rappel du stream est également exact : Cohn-Bendit avait appelé à voter Emmanuel Macron en 2017.
« Moi, j'ai fondé Europe écologie avec d'autres […] avec Daniel Cohn-Bendit. »
Pour justifier sa ligne, Yannick Jadot fait valoir qu'Europe Écologie porte le mot Europe dans son nom et que c'est là sa construction politique. Les chroniqueurs prennent l'argument au mot et le renversent : si l'ordre des mots fait sens, alors le second est subordonné au premier, et c'est précisément ce qu'ils reprochent à cette ligne.
« Europe est quand même avant écologie et je pense qu'à un moment donné ils vont enlever écologie, ça sera plus que Europe. »
Le chiffre vient de Kyiv. Le 14 janvier 2026, le ministre de la Défense Mykhaïlo Fedorov a déclaré que 2 millions d'Ukrainiens étaient recherchés pour s'être soustraits à la mobilisation, et 200 000 soldats absents de leur unité. La police a reçu plus de 1,5 million de demandes de recherche des centres de recrutement pour la seule année 2026. La contrainte décrite est documentée : arrestations de rue, véhicule de recrutement renversé par une foule à Lviv en juillet. Réserve de vocabulaire : ces 2 millions échappent à l'appel, ils ne désertent pas une unité.
« il y a 2 millions d'hommes qui essayent de déserter en Ukraine, qu'on attache au siège pour pouvoir qu'ils aillent sur le front »
Le cas existe, avec d'autres coordonnées. Le 18 septembre 2023, le New York Times a publié une enquête sur la frappe du 6 septembre contre le marché de Kostiantynivka, dans le Donbass — au moins quinze morts, imputée aux « terroristes russes » par Zelensky le jour même. Fragments, images et vidéos y désignent un missile Bouk de la défense antiaérienne ukrainienne parti de travers. Trois écarts : ce n'est pas Kiev, ce n'est pas le Washington Post, et l'enquête a trois ans quand elle est donnée pour récente. Le SBU maintient la thèse d'un S-300 russe.
« En 2023, il y avait eu un moment à Kiev soi-disant un attentat russe et cetera qui avait fait plein de morts. On sait aujourd'hui que c'était un missile ukrainien qui est tombé sur Kiev. C'est littéralement les journaux Washington Post et cetera américains qui commencent à le dire. »
L'engagement est proclamé et suivi d'effets. Volodymyr Zelensky a soutenu publiquement les frappes américaines et israéliennes et souhaité la chute du « régime terroriste » à Téhéran, puis envoyé dans le Golfe, à partir du 8 mars 2026, quelque 200 spécialistes qui y ont coordonné la défense antiaérienne et protégé des bases américaines en Jordanie, contre des armements et des financements. Dans une guerre que l'Iran n'a pas ouverte, c'est une prise de parti militaire. Seul le mot « attaquer » est impropre : la contribution est d'interception.
« c'est une guerre interimpérialiste qui se passe par proxy avec un fou furieux qui aujourd'hui aide Israël à attaquer l'Iran qui s'appelle Zelensky »
Le grief est d'une autre nature que ceux adressés à Jadot et Rousseau, à qui le stream reproche une ligne, pas son absence. Ils lui opposent qu'elle ne s'exprime pas sur les sujets tranchants et se replie sur l'anecdote personnelle. L'un des deux nuance : il dit deviner sa position sur l'Ukraine à 99 %, le reproche portant sur le silence, pas sur l'avis.
« Marine Tondelier, c'est vraiment le vide politique. […] On ne connaît pas son avis sur l'Ukraine. On ne connaît pas son avis sur la Palestine. »
Une critique interne au camp que le stream soutient. La désobéissance aux règles européennes n'aurait de sens que si les institutions visées ne disposaient d'aucun pouvoir contraignant ; l'euro et la Banque centrale en disposent. Reprendre le levier monétaire supposerait donc de modifier les traités, non de s'en écarter.
« la désobéissance ne suffit pas parce que désobéir ça voudrait dire considérer que celui qui a l'autorité à qui on désobéit n'a pas de puissance de contrainte. Or c'est faux. L'euro, la BCE, toutes les institutions européennes sont contraignantes. Donc le levier de la monnaie est obligatoirement à reprendre et donc c'est forcément affronter, changer les traités constitutionnels européens, pas simplement y désobéir. »
Le conseil de campagne qui découle de l'argument précédent. Poser publiquement une alternative — renégocier, sinon sortir — contraindrait les militants à la défendre en porte-à-porte et en famille, y compris ceux qui ont choisi leur vote pour d'autres raisons, du SMIC aux retraites. À défaut, disent-ils, la question reste vacante et l'idéologie dominante la remplit seule.
« sortir de cette élection présidentielle, quoi qu'il arrive, les militants insoumis auront gagné en radicalité sur la question européenne »
Extrait diffusé puis commenté. La députée adosse sa demande à la promesse démocratique du parti. Elle a par ailleurs plaidé, le 22 août, pour une alliance avec La France insoumise « sur une base programmatique », Jean-Luc Mélenchon lui répondant sur TF1 que « toute aide sera la bienvenue ».
« ce que j'ai dit aux journées d'été à toutes les personnes que j'ai croisées là-bas, c'est : il nous faut absolument un vote. […] Il y a une promesse quand on rentre chez les écologistes, c'est qu'il y ait une démocratie et que les décisions soient prises de manière collective. »
L'idée la plus développée du stream, et la plus éloignée du sujet immédiat. Ils opposent au vote une échelle de décision : le consensus d'abord, le vote à main levée ensuite, l'isoloir en dernier. L'isoloir maximise selon eux l'arbitrage individuel, là où une assemblée expose celui qui défend son intérêt propre. Un vote interne durcirait donc les lignes.
« prendre les décisions de manière collective, c'est pas obligatoirement voter, parce que genre par exemple voter pour Macron, c'est pas une décision collective. C'est un arbitrage par des petits papiers dans une boîte. »
Réponse à la proposition d'alliance programmatique de Sandrine Rousseau. Une alliance suppose selon eux un programme commun et une négociation de circonscriptions, ce qu'un parti crédité de 2 % et lui-même divisé ne serait pas en position de demander. Ils lui opposent le soutien sans contrepartie, aussitôt assorti d'une condition : que les Écologistes n'en soient pas.
« c'est pas une alliance quand tu fais 2 %, que quelqu'un fait 16 % et que en plus tu es ultra minoritaire dans ton parti. Tu demandes pas des alliances. »
La dernière partie de l'émission diffuse l'ouverture des journées d'été : musique d'entrée, prompteur en panne, texte de la secrétaire nationale finalement projeté sur l'écran géant de la scène. Les chroniqueurs y voient moins une maladresse qu'un indice sur les moyens engagés, et le mettent en regard de la scène du meeting de clôture des Amfis.
« Enfin, c'est quoi ce truc de ouf ? On croirait une fête de village organisée par des amateurs et encore ils font ça mieux quoi. Mais là vraiment on dirait une fête de conseil général quoi. »
Le premier chiffre est juste : la liste conduite par Marie Toussaint a obtenu 5 sièges au Parlement européen en 2024. Le second est sensiblement sous-évalué. Les Écologistes ont fait élire 26 députés aux législatives de 2024, et le groupe Écologiste et Social qu'ils président en compte 38 avec ses alliés, ce qui en fait le sixième groupe de l'Assemblée nationale. L'écart va dans le sens contraire de la démonstration : c'est un parti mieux doté que ne le dit le stream qui n'a pas fait fonctionner son prompteur.
« on n'est pas un parti comme ça où il y a, je sais pas, ils ont quoi, cinq ou six députés européens, ils ont […] une quinzaine de députés à l'Assemblée nationale. Enfin il y a de l'argent quand même dans ce truc-là. »