Interview exceptionnelle de Jean-Luc Mélenchon sur l'international
Entretien de 85 minutes diffusé sur LCI le 8 mai 2026, quelques jours après l'annonce sur TF1 de sa quatrième candidature à l'élection présidentielle, et republié le soir même sur la chaîne YouTube de Jean-Luc Mélenchon. Face à une journaliste qui le contredit souvent, il y parle d'international — guerre contre l'Iran et détroit d'Ormuz, Israël et le Liban, dissuasion et OTAN, Chine et Taïwan, Russie et Ukraine, Algérie et Afrique —, avant de finir sur la flambée des carburants et la présidentielle. La transcription automatique écrit « D3 d'Ormus » : on y lit « détroit d'Ormuz », lecture dont dépend la vérification de 05:03.
Première réponse de l'entretien, sur l'attaque de l'Iran par les États-Unis et Israël « sans aucun mandat international ». Mélenchon dit penser « beaucoup de mal » du régime iranien, mais raisonne en puissance moyenne : dans un monde où la force fait le droit, la France perd. C'est l'argument qui sous-tend toutes ses réponses suivantes.
« Je vais être très, comment dire, realpolitik, parce que ou c'est le droit international ou c'est la loi du plus fort. Or il y a un grand inconvénient à la loi du plus fort. Nous ne sommes pas les plus forts, nous Français. »
Ce qui est exact : depuis le 13 avril 2026, la marine américaine arrête les navires à destination ou en provenance des ports iraniens, et c'est en réponse à ce blocus que l'Iran, qui venait d'annoncer la réouverture du détroit, l'a refermé le 18 avril. Mais le détroit lui-même, c'est l'Iran qui le ferme, depuis le 2 mars ; le commandement américain précise que son blocus vise les côtes iraniennes, pas la navigation vers les autres ports du Golfe. La journaliste avait raison de corriger, ce que Mélenchon concède avant de plaider que « ça revient au même ».
« Ce n'est pas l'Iran qui bloque le détroit d'Ormuz, ce sont les Américains. »
Il maintient le mot « gesticulation » pour l'envoi du porte-avions, en précisant qu'il vise Macron et non les marins. Il approuvait en revanche son déploiement au large de Chypre, pays de l'Union couvert par la clause de défense mutuelle. Descendre la mer Rouge vers la zone de combat, c'est à ses yeux engager la France derrière Washington.
« C'est précisément parce que je ne suis pas aligné que je ne vois pas la raison pour laquelle nous irions dans cette zone après avoir fait des déclarations, le ministre Barrot et le président Macron, en rendant l'Iran responsable du blocage, ce qui fait de nous Français à cette étape des gens qui ont pris parti pour les raisons qu'annoncent les États-Unis et Israël. »
À la journaliste qui lui demande avec qui il ferait ce front, il répond l'Espagne de Pedro Sánchez d'abord, puis des pays d'Amérique latine et d'Asie hostiles à cette guerre. Son pari : le poids militaire de la France rendrait la coalition attractive, là où elle resterait marginale sans elle.
« Et donc si j'y suis et que l'on vient en renfort des Espagnols, vous avez un tas de pays qui disent « Ah bah quand même, il y a les Français, ils ont un porte-avions, ils ont l'arme nucléaire, ils ont une armada, il y a les Espagnols qui sont aussi de bons guerriers et par conséquent ça vaut la peine d'aller avec eux ». »
Les deux faits sur lesquels il s'appuie sont exacts. Depuis le 5 mars 2026, l'état-major autorise à Istres des ravitailleurs américains, à condition qu'ils ne participent pas aux opérations contre l'Iran. Et selon NBC News, Riyad a refusé ses bases et son espace aérien aux avions de l'opération d'escorte lancée par Washington dans Ormuz le 4 mai, que Trump a suspendue dès le lendemain. Mais la restriction ne visait que cette opération, une source saoudienne l'a démentie, et le Wall Street Journal l'a dite levée le 7 mai.
« et bien d'abord en n'aidant d'aucune manière les Nord-Américains à aller venir en passant par la base d'Istres. Je suis contre. Donc ils ne nous survolent pas, ils ne passent pas chez nous. Vous pourriez tenir votre raisonnement à l'Arabie saoudite. Elle aussi vient de décider que les Nord-Américains ne peuvent plus survoler son territoire. »
La suite de son plan pour l'Iran : faire voter en Europe le blocage de l'accord commercial entre l'Union et Israël, que « cinq pays » demandent déjà selon lui, et que la pétition européenne lancée par les insoumis doit porter devant le Parlement européen. Il résume sa ligne en deux temps : un front du refus, puis le blocage des protagonistes.
« Il ne suffirait pas seulement de bloquer les États-Unis d'Amérique. Qu'est-ce qui les retient actuellement ? C'est qu'ils n'ont pas d'alliés pour faire ce travail-là, pour amener des forces d'armées. Il n'y en a pas. Il faut donc lui retirer l'unique allié qu'il a dans cette affaire et qui trouve son compte, qui est le gouvernement de monsieur Netanyahou. »
Sa réponse à la question « comment fait-on sans les Américains si la Russie attaque le nord de l'Europe ? ». À la garantie américaine, qu'il juge illusoire, il oppose la solidarité des États de l'Union liés par leurs traités — « nous nous défendrons tous ensemble » — et réclame dans la foulée le retrait des missiles américains d'Europe, qui font selon lui de leurs hôtes des cibles.
« Il n'y a personne qui croit au monde que dans le cas où nous serions attaqués, les États-Unis d'Amérique feraient vitrifier Détroit pour sauver Toulouse. Ça, ça n'existe pas. Donc ne racontons pas d'histoire. »
Son raisonnement : la clause de défense mutuelle de l'Union — l'article 42.7, qu'il cite en hésitant sur le numéro — rendrait la France belligérante dès qu'un voisin est attaqué, et la France ne fait la guerre qu'au niveau nucléaire. Étendre la dissuasion sans dire à qui revient donc à s'engager sans savoir jusqu'où ; l'adversaire doit connaître la ligne qui déclenche le tir.
« Donc nous frapperions et par conséquent les Russes aussi nous frapperaient. Mais nous, nous sommes un pays qui au premier coup est mort. Les Russes ont 11 fuseaux horaires. Il en faut au moins 7, 8 ou 10 coups pour arriver à les mettre à terre. Donc attendez, quand monsieur Macron dit […] la défense nucléaire, nous l'étendons aux autres, à qui et comment ? C'est une question très sérieuse. Pour qui êtes-vous prêt à mourir ? »
Interrogé sur le vote des insoumis contre l'actualisation de la loi de programmation militaire — 36 milliards d'euros de plus pour les armées, adoptés par 440 voix contre 122 —, il récuse le choix allemand de bâtir la première armée conventionnelle d'Europe et reprend une intuition prêtée à Macron : la prochaine guerre commencera dans l'espace. Il ajoute un grief de méthode : engager la dépense avant d'avoir arrêté la doctrine.
« Quels sont ces moyens de télécommunication ? Satellites par dizaines. C'est des câbles qui arrivent de tous les endroits du monde et nous les Français nous sommes le point d'entrée des câbles qui arrivent du reste du monde sur le vieux continent. La guerre aura lieu de cette manière-là, c'est-à-dire que nous allons priver un certain nombre de gens de leur communication. […] Nous ne votons pas parce que nous ne sommes pas d'accord avec la conception de la guerre qui est développée par ce projet. »
L'essentiel est exact : de Gaulle a quitté le commandement intégré en 1966 et fait partir les bases alliées du sol français, dont celle de Châteauroux, et c'est Nicolas Sarkozy qui l'a réintégré, au sommet de Strasbourg-Kehl d'avril 2009, après quarante-trois ans. Mais d'autres y avaient pensé : Jacques Chirac a ramené la France au comité militaire de l'OTAN en décembre 1995 et négocié un retour complet, abandonné en 1997 avec la cohabitation. Mélenchon veut en ressortir « très vite », mais « par étapes », comme le prévoit le programme insoumis.
« Ah bah comme ça ne sert à rien, l'OTAN, autant les quitter, ça ne sert qu'à une chose, c'est à nous mettre sous tutelle nord-américaine, c'est tout. Et puis franchement, les Français, c'est la ligne historique. Je veux dire, avant monsieur Sarkozy, personne n'avait pensé à réintégrer le commandement unifié de l'OTAN. »
Sommé de dire si Trump est un ennemi, il répond « partenaire », mais « à distance » : d'où ce passage. Le fait invoqué est exact : la DGSI utilise depuis les attentats de 2015 le logiciel de l'américain Palantir, contrat renouvelé fin 2025 pour trois ans, et le Cloud Act de 2018 permet à Washington d'exiger d'une entreprise américaine des données, où qu'elles soient stockées. Sa conclusion reste discutée : le gouvernement assure que Palantir n'a « aucun accès aux contenus », tout en développant depuis 2021 un outil souverain pour le remplacer.
« nous mettons à distance de tous les équipements communs avec l'armée américaine. Car quand vous avez des logiciels nord-américains jusque dans les services de renseignement français, et bien vous savez tous que celui qui a la décision, c'est celui qui tient le logiciel parce que la loi aux États-Unis d'Amérique donne ce pouvoir au gouvernement même quand vous avez contractualisé avec une entreprise, voyez-vous ? »
Exact. Conclu en juillet 2015, quand Laurent Fabius dirigeait la diplomatie française, l'accord a fait l'objet de plus d'une douzaine de rapports de l'AIEA, qui ont tous constaté que l'Iran tenait ses engagements, y compris celui du 6 juin 2018, un mois après l'annonce du retrait américain par Donald Trump, le 8 mai 2018. Netanyahou l'avait combattu jusque devant le Congrès américain. Seule réserve : ce retrait est intervenu seize mois après l'investiture de Trump, pas comme sa « première » décision. Mélenchon, toujours opposé à une bombe iranienne, propose d'y revenir.
« une équipe qui avait réussi à conclure un accord et l'Agence internationale de l'énergie atomique avait reconnu que l'accord était bien suivi. C'est Israël qui ne voulait pas entendre parler de cet accord. […] Les Iraniens respectaient cet accord. Les Iraniens respectaient l'accord. Et c'est pas moi qui le dis. »
Le fond de l'argument tient : parties à la convention signée en 1993, les États-Unis devaient avoir détruit leur stock, près de 28 000 tonnes, avant le 29 avril 2012, et ils ont manqué cette échéance, comme la Russie. Mais l'information est périmée : la dernière munition américaine a été détruite le 7 juillet 2023 à Blue Grass, dans le Kentucky, ce qui a permis à l'OIAC d'annoncer l'élimination de tous les stocks déclarés dans le monde. Onze ans de retard, donc, mais plus un chantier en cours au moment où il parle.
« Mais ne me dites pas qu'aucun accord ne s'applique jamais parce qu'alors vous allez m'enlever mes dernières illusions sur les États-Unis d'Amérique. Ils ont signé en 1993 un accord qui interdit les armes chimiques. Et bien tant d'années après, où en est-on ? Et bien, ils n'ont toujours pas fini de détruire leurs armes chimiques. »
La journaliste lui oppose les opposants iraniens qui appelaient Trump à « aller jusqu'au bout ». Il répond par le ralliement d'un peuple attaqué autour de son pouvoir, et préfère à l'intervention l'aide politique et financière aux oppositions, qu'il dit avoir pratiquée contre Pinochet et Videla. La formule de Robespierre, prononcée aux Jacobins le 2 janvier 1792, est « personne n'aime les missionnaires armés ».
« L'expérience humaine et politique montre que quand un pays est attaqué, la population se resserre pour se défendre contre l'agression. C'est pas d'aujourd'hui, nous Français, on a envoyé un paquet de gens, y compris en Europe. Et à l'époque Robespierre disait « C'est une erreur, les gens n'aiment pas les missionnaires armés. » »
Il fonde ce classement sur trois faits — l'invasion du Liban, l'occupation du plateau du Golan, « la confiscation de la Cisjordanie » — et traite les membres du gouvernement israélien de « bande de fascistes » qui déshonorent leur pays. De l'Iran, il dit qu'il « n'envahit personne », tout en admettant qu'il arme le Hezbollah, qui reste selon lui « un phénomène libanais ».
« Aujourd'hui, Israël sans aucun doute. C'est Israël qui attaque tous ses voisins. C'est lui qui déclenche la guerre. C'est lui qui fait un génocide. […] laissez-moi préciser, le gouvernement de monsieur Netanyahou. »
Interrogé sur la mort de deux militaires français de la FINUL après l'embuscade du 18 avril 2026, attribuée au Hezbollah, qui la nie, il invoque la riposte ordonnée par Mitterrand après l'attentat du Drakkar en 1983 et la doctrine posée par Chirac après l'humiliation des casques bleus français en Bosnie en 1995 (« en Serbie », dit-il). Une force d'interposition qui a pour consigne de se replier, s'étonne-t-il, ne s'interpose pas. Il se dit « pacifique, mais pas pacifiste ».
« Alors moi je dis, moi président, puisque vous avez utilisé cette expression, je dirais, je vous préviens, là où nous mettons des militaires sous casque bleu, qui nous frappe sera frappé. »
Pour dire que les États-Unis n'ont pas « les mêmes valeurs » que la France, il avance un fait juste et un chiffre déplacé. Le pays compte bien parmi ceux qui incarcèrent le plus, et les Noirs y sont très surreprésentés. Mais 2 %, c'est la part des adultes placés sous main de justice, probation et libération conditionnelle comprises : 2 100 pour 100 000 fin 2023 selon le Bureau of Justice Statistics. Les personnes effectivement détenues étaient 1,85 million, environ 0,55 % de la population, près de quatre fois moins.
« les États-Unis d'Amérique sont un des pays qui met le plus de monde en prison, 2 % de sa population et très curieusement tous sont souvent noirs. »
Exact. L'article premier de la Constitution chinoise définit la République populaire comme « un État socialiste de dictature démocratique populaire, dirigé par la classe ouvrière et fondé sur l'alliance des ouvriers et des paysans », et depuis 2018 il y inscrit aussi la direction du Parti communiste. Mélenchon n'en tire pas un refus de traiter avec Pékin : la France pactise déjà, dit-il, avec des monarchies et des régimes brutaux, et il défend depuis son livre de 2010 une « coopération privilégiée » avec la Chine.
« Mais bien sûr que si. C'est écrit dans leur constitution. »
Le passage donne la clé de sa position sur Pékin : quand la puissance qui a organisé le marché mondial ne peut plus y gagner, la tentation devient militaire. Il y oppose la coopération avec la première puissance manufacturière du monde, dans la tradition de la reconnaissance de la Chine populaire par de Gaulle en 1964.
« Et maintenant, c'est la première puissance manufacturière du monde. Les États-Unis d'Amérique ont amorcé un processus qui leur a volé en éclat dans les mains. La puissance des États-Unis, ils disent eux-mêmes, il n'y a pas de solution de marché à la compétition avec la Chine. Cette phrase veut dire il n'y a pas d'autre issue que la guerre. Ce n'est pas mon point de vue. »
Exemple qu'il donne d'un accord avec la Chine : sortir du tête-à-tête avec Washington dans le programme lunaire Artemis, où l'ESA a réservé en novembre 2025 le premier siège européen à un Allemand, et coopérer avec Pékin, qui relève ses équipages tous les six mois et prépare un alunissage habité, ainsi qu'avec l'Inde. Il invoque les deux astronautes américains restés neuf mois dans la station internationale : leur vol d'essai sur Starliner, en juin 2024, était prévu pour huit jours, pas neuf semaines.
« Nous sommes la première puissance spatiale européenne. Pourquoi irions-nous nous embarquer dans ce radeau de la Méduse qui est la station orbitale dite occidentale […] Tous les 6 mois la Chine fait un aller-retour entre sa station spatiale et la Terre et prépare une expédition sur la Lune. Pourquoi nous ne ferions pas partie avec les Chinois de ce travail-là ? »
À ceux qui redoutent de livrer la France à un « prédateur économique », il répond que c'est déjà fait, et par Washington : la fin de la convertibilité-or du dollar en 1971 a permis aux États-Unis de dépenser sans produire, en faisant de la Chine leur atelier, payé en dette américaine. Le récit condense cinquante ans : l'essor exportateur chinois date surtout des réformes de 1978 et de l'entrée à l'OMC en 2001.
« Les Américains arrivent en 1972. En 1971, ils décident que le dollar ne s'échange plus contre rien de matériel. Ils ont leur accord qui fait que le moindre baril de pétrole ou une matière première est payé en dollars. […] Ils dépensent sans compter. Ils vont voir les Chinois et ils leur disent : eh bien vous, vous allez faire la production à bas prix. […] Vous achèterez des bons du Trésor. Qui a organisé tout ce bazar ? Les Nord-Américains. »
Il s'en tient à la politique d'une seule Chine, votée par la France à l'ONU en 1971 et, dit-il, réaffirmée à Pékin par les Premiers ministres canadien et espagnol. Entre « empêcher » et « ralentir » une annexion, il choisit la discussion, et garde pour lui la déclaration qu'il ferait si elle survenait. Le temps où Français et Anglais pillaient le palais d'Été, ajoute-t-il, est révolu.
« Nous ne ferons pas la guerre à la Chine parce que je vais vous dire, madame, dans un langage un peu rude ce qui se passerait : pour abattre la Chine il faut au moins 20 à 30 bombes nucléaires, et la France, un coup, et il y en a plus. Par conséquent, nous n'avons pas le rapport de force qui nous permet si on voulait imaginer une guerre. »
Pour montrer que Pékin vise la stabilité plutôt que la conquête, il cite un fait réel : lancé en 2015, le système chinois CIPS règle les paiements en yuans quasi instantanément, quand un virement international classique pouvait prendre un à deux jours, et il avance en Afrique, où 61 banques y étaient raccordées en juin 2025. Mais « toute l'Afrique » ne « passe » pas par lui : il a traité 8,4 millions d'opérations sur l'ensemble de 2025, reste cantonné aux règlements en yuans et s'appuie lui-même sur la messagerie Swift pour plus de 80 % de ses transactions.
« Les Chinois, ils ont inventé la même chose et ils l'ont mis en circulation. Mais eux c'est pas 24 h ou 48 h, c'est pas idéologique leur système. Ça prend 7 secondes, pardon, 7 secondes. Ils ont donc un système qu'ils ont établi dans toute l'Afrique. Toute l'Afrique passe par ce système. Tous les pays d'Asie passent par ce système. »
Il le conditionne à une sortie « totale » d'Ukraine, et en fixe les termes : des « sécurités mutuelles » pour l'Ukraine, pour la Russie et pour la France, à commencer par le retrait réciproque des missiles américains et russes de portée intermédiaire qui visent l'Europe. D'ici là, la France doit selon lui tenir ses engagements d'aide à Kiev, sans escalade.
« Mais à quoi veut-on arriver ? C'est ça qui compte. Sinon, on agit comme ça le matin, une idée, l'après-midi une autre, après un coup de téléphone. Ça, c'est du Macron. Moi, je vous parle quel but on veut sérieusement atteindre. Le mien il est clair. Je veux ramener la Russie dans la famille européenne. Alors on en est loin, hein. Je vais pas vous dire que c'est simple, mais c'est ça le but. »
Sa réponse à la journaliste qui doute de la parole russe. Il y ajoute un intérêt commun très concret : la guerre menace à nouveau les centrales ukrainiennes, dont les fleuves se jettent dans la mer Noire, reliée à la Méditerranée — « 500 millions de personnes » exposées à un accident, et des Russes pas plus désireux que nous d'y voir une « poubelle radioactive ».
« je me permets de faire remarquer qu'on était plus en sécurité pendant la guerre froide que maintenant que c'est le capitalisme partout. Parce que moi, j'ai pas perdu de vue que les Russes dont on parle aujourd'hui, c'est les Russes d'une nation capitaliste qui défendent des intérêts capitalistes. Vendre son pétrole, faire des affaires, accumuler du pognon. »
Il pose la question sans y répondre, mais son raisonnement désigne Washington : les États-Unis combattaient le gazoduc, et ils ont du gaz liquéfié à vendre. Cette opposition est documentée ; une implication américaine dans l'attentat ne l'est pas. L'enquête allemande vise un commando ukrainien : l'ancien officier Serhii Kuznietsov, arrêté en Italie en août 2025 et remis à l'Allemagne en novembre, a été inculpé le 30 juin 2026, le parquet fédéral estimant que l'équipe agissait en militaires ukrainiens. Son procès s'ouvre à Hambourg le 14 octobre 2026.
« Qui a fait sauter Nord Stream ? […] Et que le jour où on a fait sauter Nord Stream et bien le lendemain, il a fallu acheter l'essentiel de notre gaz, nous approvisionner auprès des Nord-Américains. »
Passage coûteux pour lui : il revient sur son pronostic de février 2022, quand il ne croyait pas à une invasion russe. L'explication qu'il avance est fondée : le chef d'état-major des armées, le général Thierry Burkhard, a reconnu en mars 2022 que « les Américains ont dit que les Russes allaient attaquer, ils avaient raison », les services français jugeant l'opération trop coûteuse pour Moscou, et le directeur du renseignement militaire a été écarté. Les mots qu'il prête à Florence Parly n'ont en revanche pas été retrouvés dans ses déclarations publiques.
« La seule erreur politique que j'ai fait dans mes appréciations, dans ma vie, elle est venue du fait que une fois j'ai cru mon gouvernement, le gouvernement français, qui nous disait « Nous avons les moyens de voir, vous savez qu'on les a. On sait ce qui se passe. On a les satellites ». »
Il refuse pour autant de « saluer » l'exécutif, et juge que le renvoi des personnes sans titre de séjour ne vaut pas une crise diplomatique. Il appelle le président Tebboune à gracier le journaliste Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison et qui venait de renoncer, le 5 mai, à son pourvoi en cassation pour rendre ce geste possible. L'ancien ministre de l'Intérieur, conclut-il, « a beaucoup nui à la France ».
« j'approuve cette orientation et je la trouve plus intelligente, plus réaliste que celle de monsieur Retailleau qui a envie de recommencer la guerre d'Algérie, vivant dans des nostalgies idéologiques qui n'ont eu aucun intérêt. »
Il plaide pour une coopération resserrée entre riverains de la Méditerranée occidentale — Maroc, Algérie, Tunisie, Libye d'un côté, pays latins de l'Union de l'autre — sur des urgences concrètes : une sécurité civile commune contre les incendies, l'eau, une mer qui se réchauffe et s'asphyxie. Le précédent qu'il cite est exact : en 2008, Angela Merkel avait obtenu que l'Union pour la Méditerranée voulue par Nicolas Sarkozy s'ouvre à tous les États de l'Union européenne.
« Je suis un partisan d'un accord privilégié du petit bassin […] Ça, ça fonctionnait, ça a été détruit. Puis monsieur Sarkozy a proposé qu'on le réhabilite et c'était une très bonne idée. Et là-dessus, les Allemands ont dit « Ah non, qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Vous allez pas faire vos affaires ensemble. » »
Le compte est juste : les militaires français ont dû quitter le Mali en 2022, le Burkina Faso et le Niger en 2023, le Tchad et le Sénégal en 2025. Et c'est bien quelques heures après le départ de Jean-Noël Barrot de N'Djamena, le 28 novembre 2024, que le Tchad a rompu ses accords de défense avec Paris. Seule inexactitude : le ministre n'était pas au Sénégal quand Dakar a annoncé, le même jour, la fermeture des bases françaises. La phrase sur la climatisation est celle de Macron à Ouagadougou en 2017, visant le président burkinabé.
« Pardon de vous dire que quand on dit à un chef d'État à côté duquel on est assis « tiens, où il est passé, il est parti réparer la clim », on peut considérer que c'est du niveau du vocabulaire de Tintin au Congo. Ce n'est pas acceptable. […] Mais le dégât est immense. On s'est fait fiche dehors de cinq pays. »
Le passage justifie ses deux remèdes à la hausse des carburants liée à la guerre : bloquer le prix à la pompe à 1,70 € par décision de l'État, avec la réquisition en cas de pénurie, et taxer les superprofits, définis comme ce qui dépasse d'un certain pourcentage la moyenne des cinq années précédentes. Au PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, il demande de « passer à la caisse » au nom de sa « patrie », en se défendant d'en faire une affaire personnelle.
« ça peut pas être seulement les malheureux qui vont à la pompe parce que qu'est-ce que vous croyez que vous leur prenez à la pompe ? Vous leur prenez leur salaire et ce fric qu'il y a là ensuite il va dans le système et ça devient du dividende et le dividende c'est la rémunération du capital. Donc l'affaire qu'a déclenché monsieur Trump modifie la répartition capital travail en France. »
Réaction au départ de Boris Vallaud de la direction du PS, que la journaliste dit avoir appris juste avant l'émission. Les socialistes « ne viendront pas » dans son gouvernement et « ne sont pas fiables », dit-il ; les communistes et les écologistes, en revanche, vont selon lui comprendre que c'est « un suicide de vouloir faire une gauche » sans les insoumis : « personne n'est réélu sans nous ».
« De voir le courant qui s'appelle Unir aggraver les divisions de leur propre parti, sourire, mais après ça fait pleurer parce que le Parti socialiste a été une grande force politique dans notre pays et on voit bien qu'il ne l'est plus d'aucune manière. C'est une troupe confuse de gens qui se disputent à tout propos, se battent entre eux pour les mêmes places. »
Il donne raison à Marine Le Pen, qui dit préférer un second tour face au « bloc central » plutôt que face à lui. Le RN n'en reste pas moins l'« adversaire principal », qui ferait de la France « une petite nation rageuse » « dévorée de racisme ». Et il rappelle qu'en 2022, donné loin derrière elle au départ, il a fini à 1,2 point au premier tour.
« Si elle avait au deuxième tour en face d'elle quelqu'un du bloc central, je sais pas ce qu'ils ont de central mais bon admettons, elle le laminerait en 5 minutes. Pourquoi ? Parce que ils ont tous glissé vers elle. Ils tiennent des propos souvent aussi terrifiants que les siens. Elle a gagné la bataille idéologique à droite. Par conséquent, elle les absorberait et elle les battrait parce que les gens diraient « bah tiens, on préfère l'original », comme disait le vieux Le Pen, « à la copie ». »