Comment mon entourage est passé du RN à la France insoumise
Vidéo de 20 minutes d'un créateur de contenu qui a grandi dans une famille de militaires et voté pour le Rassemblement national à sa première élection, en 2017, comme ses proches. Il raconte comment il a amené sa famille vers La France insoumise — sa mère la soutient aujourd'hui, ses sœurs ont figuré sur sa liste aux municipales — et en tire une méthode, argument par argument, pour convaincre un proche qui vote RN : sécurité, immigration légale et illégale, RSA, chômage. Il la propose comme un support à réutiliser, à un an de la présidentielle.
C'est le point de départ de sa méthode : un vote d'émotion plus que d'adhésion, qu'il rapproche de la propagande des années 1930 — « avant c'était les juifs, maintenant c'est les musulmans ». D'où le conseil sur lequel il conclut : faire regarder à ses proches les votes du RN à l'Assemblée nationale plutôt que ses discours, pour créer une « dissonance ».
« On avait voté donc pour le Rassemblement national où même ma mère me disait « On va voter pour Tata Marine. » Incapable de vous sortir une ligne du programme à l'époque parce que c'était pas quelque chose qui nous intéressait. Nous ce qui nous intéressait c'était les discours »
Selon lui, ce qui gêne d'abord les électeurs peu politisés n'est ni l'ethnie ni la religion, mais l'« assistanat » : un immigré médecin « ne va pas poser problème ». Le RN convertirait ce grief en rejet d'une nationalité entière en généralisant à partir d'un fait divers ; il lui oppose les médecins venus d'Algérie qui exercent dans les hôpitaux et les déserts médicaux français.
« le Rassemblement national l'a bien compris et dans sa façon de communiquer, il va surtout faire de ce qu'on appelle de l'essentialisation. C'est-à-dire que ah bah tiens, une personne issue, je sais pas, admettons, c'est un Algérien. Et bah tous les Algériens sont problématiques en France, ils n'aiment pas la France. »
Il le montre sur le RSA, conquête sociale « de nos grands-parents » que ses proches voulaient voir supprimée : se battre pour retirer un droit aux autres, c'est le perdre pour soi, sans rien y gagner. Le programme du RN pour les législatives de 2024 ne supprimait pas le RSA, mais conditionnait celui des étrangers à cinq années de travail, au nom de la priorité nationale.
« Et ça c'est un des outils principals du Rassemblement national, c'est de faire en sorte, ils sont rentrés dans la tête des individus pour faire en sorte qu'ils ne se battent plus pour avoir plus mais pour que les autres aient moins. Mais eux vont rien gagner. »
Le chiffre tient à peu près : d'après l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime, le taux d'homicides en France est passé de 2,4 pour 100 000 habitants en 1990 à 1,3 en 2024, près de deux fois moins. L'explication médicale est documentée — une étude américaine de 2002 estimait que, sans les progrès de la traumatologie, le taux d'homicides y serait trois à cinq fois plus élevé —, mais la baisse a plusieurs causes, et les tentatives d'homicide, elles, progressent depuis 2016 selon le ministère de l'Intérieur.
« Si c'est le volet sécuritaire, vous pouvez parler du fait que le fait de mettre plus de restrictions ou plus de peine ne fait pas en sorte de baisser la criminalité. Un exemple tout con, dans les années 90, on avait deux fois plus d'homicide qu'aujourd'hui. Pourquoi maintenant on en a deux fois moins ? On a amélioré le système médical, on a amélioré la prévention »
Exact. Sur les 384 230 premiers titres de séjour délivrés en 2025, près de 118 000 l'ont été pour motif d'études, soit un peu plus de 30 % : c'est le premier motif pour la troisième année consécutive, devant les motifs humanitaires, familiaux et économiques (ministère de l'Intérieur, janvier 2026).
« Déjà, faut qu'ils apprennent à différencier la différence entre l'immigration légale et l'immigration illégale. Quelle est la différence entre les deux ? l'immigration légale, il me semble que les chiffres c'est entre 30 et 40 % ce sont des étudiants. »
Il défend d'abord le regroupement familial, qui aide selon lui à s'intégrer, à rester et à travailler, puis situe l'erreur dans la manière de loger l'immigration de travail. Il y rattache sa lecture de la délinquance : les critères de risque sont d'être un homme, jeune et précaire — ce que sont la plupart des nouveaux arrivants —, et la justice frappe plus vite le petit trafic que la délinquance financière.
« une des erreurs qui avait été faites en France par les politiques justement de l'immigration dans le passé, c'était de prendre des gens en immigration qu'on avait besoin et de les parquer ensemble comme si c'était des animaux qu'on mettait dans un coin. Et c'est comme ça qu'on avait créé les quartiers et cetera. On faisait venir les familles puis on les mettait ensemble et après on se dit « Ouais, regardez la haine dans les quartiers » »
Le fond est exact : sans titre de séjour, ni RSA, ni allocations familiales, ni aide au logement, ni allocation chômage. Mais « absolument rien » oublie l'aide médicale d'État, ouverte sous condition de ressources après trois mois de résidence stable en France — et durcie depuis mars 2026 —, ainsi que l'hébergement d'urgence, que la loi veut inconditionnel. L'AME est justement le dispositif que le RN promet de remplacer par une « aide d'urgence vitale ».
« Donc une fois que vous avez tout sur l'immigration légale, il y a l'immigration illégale, on va vous dire « Ouais mais quand la personne vient, elle a le droit à toutes les aides. » C'est totalement faux. Une personne qui vient d'immigration illégale n'a droit absolument à rien parce que il n'est même pas censé être sur le territoire. »
Le mécanisme est documenté : au Sénégal, où plus de la moitié des stocks de poissons sont menacés d'effondrement, des flottes industrielles étrangères concurrencent la pêche artisanale, et d'anciens pêcheurs vendent leur pirogue ou la prennent vers les Canaries (La Libre, mai 2025). Deux réserves : l'Europe n'est pas seule en cause — les navires sous contrôle étranger sont surtout espagnols et chinois, et la flotte turque pèse aussi —, et l'accord de pêche entre l'Union et le Sénégal, qui plafonnait les prises européennes à 10 000 tonnes de thon et 1 750 tonnes de merlu par an, a expiré en novembre 2024 sans être renouvelé.
« Il y a un exemple, c'est en Afrique de l'Ouest, beaucoup de pays vivaient de la pêche notamment. L'Union européenne a affrété donc plusieurs navires pour faire de ce qu'on appelle de la pêche en gros. […] c'est des bateaux français, des Pays-Bas et d'Italie qui viennent au niveau de l'Afrique et qui prennent tous les poissons qu'il y a là-bas pour les revendre en Europe. Sauf que tous les pays côtiers qui vivaient de la pêche, bah ils ne peuvent plus vivre de la pêche »
Il part d'une baisse réelle : depuis le 1er février 2023, la durée maximale d'indemnisation est réduite d'un quart quand le marché du travail est jugé favorable, soit 18 mois au lieu de 24 avant 53 ans (Unédic). Or c'est cette durée, dit-il, qui permettait de lancer une entreprise sans tout risquer, ce que l'enfant d'une famille aisée peut faire sans elle. Il en fait grief à Macron comme au RN, dont le programme pour les législatives de 2024 promettait pourtant d'annuler la réforme de l'assurance chômage annoncée pour juillet 2024.
« Ça arrange qui ? Bah des gens qui peuvent pas perdre, des gens qui ont de l'argent, des gens qui ont des ressources. Eux, ils peuvent se lancer. Par contre, toi qui est issu d'un milieu prolétaire, tu ne peux plus te lancer parce que tu n'as pas ce filet de sécurité. »