DOMINIQUE DE VILLEPIN : UN NOUVEAU MACRON ? POURQUOI FAUT-IL S'EN MÉFIER (LE RECAP)
Épisode 59 du « Recap », le rendez-vous quotidien d'actualité du Média, dont les quinze premières minutes portent sur Dominique de Villepin au lendemain de son entretien du 24 juin 2025 sur France Inter, où il présentait son mouvement, La France humaniste. La narration du Média alterne avec des extraits — Villepin sur France Inter, Gérard Larcher, Emmanuel Macron en 2017 — que rien ne distingue dans le transcript : chaque insight dit qui parle. La fin de l'épisode, faite de brèves sur Mayotte, le climat et la guerre entre l'Iran et Israël, ne concerne pas Villepin et n'est pas analysée. Une restitution change la lecture d'une citation : là où le transcript automatique écrit que la droite a choisi de « limiter » le RN, la narration dit « l'imiter » — la suite, « sans en adopter complètement l'ADN », et la reprise plus loin de « ceux qui l'imitent » ne laissent pas de doute.
Le Média lit La France humaniste comme une reprise de la stratégie d'En marche : un rassembleur au-dessus des clivages, qui recouvrirait une politique de droite. Interrogé sur France Inter le 24 juin 2025, Villepin récuse la comparaison : il « respecte les partis » et ne cherche pas, dit-il, à « bousculer les deux tours du World Trade Center » comme Emmanuel Macron.
« Sa stratégie est désormais clairement affichée : se poser en rassembleur au-dessus des partis, au-dessus des clivages. Ça ne vous rappelle rien ? Le coup du ni de droite ni de gauche ? On nous l'a déjà fait. Une ficelle usée par Macron dont on sait désormais que trop bien ce qu'elle cache : une politique de droite. »
C'est le mécanisme qui porte l'épisode. Villepin tient les positions qui étaient déjà les siennes contre la guerre d'Irak en 2003, mais la fenêtre du dicible a glissé vers l'extrême droite. Gérard Larcher en fournit l'illustration dans un extrait : le président LR du Sénat peine à distinguer Villepin de « l'extrême gauche », tout en jugeant Bruno Retailleau radicalement différent de Jordan Bardella.
« Face à la montée du Rassemblement national, une partie de la droite a choisi non pas de s'y opposer frontalement, mais de l'imiter, croyant pouvoir séduire ses électeurs sans en adopter complètement l'ADN. Résultat : des discours sur l'identité nationale, l'immigration systématiquement perçue comme une menace, l'autorité érigée en valeur suprême »
Chaque élément tient. Le gouvernement Villepin (2005-2007) a créé le contrat nouvelles embauches par ordonnance en août 2005, puis le contrat première embauche, retiré en avril 2006 après deux mois de mobilisation ; la loi de finances pour 2006 a instauré le bouclier fiscal ; les sociétés d'autoroutes ont été cédées en 2006 pour 14,8 milliards d'euros ; Gaz de France a ouvert son capital en 2005, avant la fusion avec Suez annoncée en février 2006 ; l'état d'urgence a été déclaré le 8 novembre 2005, après la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré à Clichy-sous-Bois.
« Côté bilan politique, il a multiplié les attaques contre le droit du travail, mis en place un bouclier fiscal pour les plus riches. C'est aussi l'homme qui a privatisé les autoroutes et amorcé la privatisation de Gaz de France, celui qui a instauré l'état d'urgence en 2005 face aux émeutes de banlieue […], l'homme qui a tenté d'imposer le contrat première embauche qui visait notamment à faciliter les licenciements sans motif »
Sur France Inter le 24 juin 2025, après l'échec du « conclave » des partenaires sociaux sur les retraites, Villepin confirme qu'il abrogerait la réforme de 2023 et propose de raisonner en annuités plutôt qu'en âge légal, dans un système par points qu'il juge « plus lisible et plus juste » — celui que défend la CFDT et qu'Emmanuel Macron avait porté en 2019 avant de le suspendre.
« Fondamentalement, la réforme des retraites a cassé l'esprit de réforme dans ce pays et créé une défiance des Français vis-à-vis des projets portés par les politiques. Et c'est pour cela que je proposerai dans la perspective de 2027 que nous fassions trois avancées. La première, c'est que nous reprenions le projet de la réforme à point puisque c'est une réforme qui peut être plus lisible et plus juste. »
Pour le démontrer, Le Média rappelle que François Fillon expliquait le 10 mars 2016, devant des chefs d'entreprise, que le système par points permet de « baisser chaque année la valeur des points ». L'exemple suédois va dans le même sens : le mécanisme d'équilibrage automatique y a réduit les pensions de 3 % en 2010, de 4,3 % en 2011 et de 2,7 % en 2014.
« Une mesure d'apparence technique et indolore mais qui cache en fait une grosse arnaque. Le point n'aura pas de valeur définie, mais celle-ci fluctuera en fonction de la démographie, de la croissance ou d'autres critères. »
Le Média exhume un extrait qu'il date de la réforme du Code du travail de 2017. Villepin s'était bien rangé derrière les ordonnances, qu'il jugeait « nécessaires » sur France 24 le 12 septembre 2017, jour de la première journée de mobilisation syndicale contre elles. Il avait appelé à voter Emmanuel Macron dès le premier tour de la présidentielle, en avril.
« nous avons besoin de plus de flexibilité, de plus de souplesse en ce qui concerne notre réglementation et nous avons besoin en même temps de donner plus de protection parce qu'il faut rassurer des Français qui sont parfois en grande souffrance et en grande difficulté dans notre pays. »
Villepin se présente comme l'issue d'un clivage entre « la révolution » et « la contre-révolution nationale », ce qui place la gauche de rupture et l'extrême droite sur le même plan. Le Média relève aussi que, questionné sur France Inter sur les ministres avec lesquels il gouvernerait, il n'a cité ni nom ni formation.
« Pour se créer un segment électoral, Dominique de Villepin ne réinvente rien. Il reprend les mêmes poncifs que les autres, renvoyant dos à dos LFI et le RN. Selon ses propres mots, il se décrit comme la solution pour ne pas être, je cite, prisonnier d'un clivage entre la radicalité de LFI et celle du RN, entre ceux qui prônent la révolution et ceux qui défendent la contre-révolution nationale. »
Villepin reproche au ministre de l'Intérieur d'engager le pays dans une « course-poursuite » avec le RN, puis l'invite à se concentrer sur la sécurité et sur le renvoi des étrangers sous OQTF « qui présentent un danger ». Le Média y voit la limite de sa différence : moins à droite que Bruno Retailleau, mais à droite.
« Bruno Retailleau devrait s'atteler à la responsabilité qui est la sienne, qui est la sécurité des Français et de renvoyer les OQTF qui présentent un danger. Encore une fois, derrière le ni de gauche, ni de droite, on retrouve les classiques de la droite […]. Un peu moins à droite que Retailleau, c'est toujours bien à droite. »
Le 16 mars 2012, jour de clôture du dépôt des parrainages au Conseil constitutionnel, Villepin annonçait qu'il était « empêché » d'être candidat, faute d'avoir réuni les 500 signatures d'élus. Le rappel éclaire la fragilité que Le Média pointe juste avant : une popularité élevée, mais ni base militante, ni appareil, ni électorat identifié.
« Pour l'heure, de Villepin assure qu'obtenir les 500 signatures nécessaires pour être candidat à la présidentielle ne serait pas un obstacle au vu de tous les soutiens et les encouragements qu'il a déjà reçu. Alors, ce n'est pas un hasard s'il le précise parce qu'en 2012, il avait dû renoncer à la candidature faute de parrainage. »
C'est la thèse de fond de l'épisode : dans un paysage fragmenté, où le vote utile se joue dès le premier tour, la popularité de Villepin et son profil jugé raisonnable face à la montée des discours racistes et islamophobes peuvent capter des électeurs de gauche, au bénéfice d'un candidat que Le Média juge « fondamentalement ancré à droite ».
« À un moment où la fragmentation politique pousse beaucoup d'électeurs à chercher un vote utile dès le premier tour, de Villepin peut séduire ceux qui par dépit ou par sympathie du personnage veulent éviter de basculer vers l'extrême droite ou vers ceux qui l'imitent. […] Le piège est là. Au nom du vote utile, certains pourraient choisir celui qui leur paraît le moins pire et se retrouver au final à renforcer un candidat fondamentalement ancré à droite. »