PRIMAIRE PS : S'OPPOSER MOLLEMENT, SE PLANTER 100%
Émission « Propaganda » de Blast (33 min) consacrée au débat télévisé de « Choisir 2027 », la primaire du PS, de Place publique et de la Gauche républicaine et socialiste, diffusé par LCI le mercredi 23 septembre 2026 et animé par David Pujadas : Ségolène Royal, Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel y étaient face à face. Une dernière rubrique vise la communication d'Emmanuel Macron sur la menace russe. Deux animateurs commentent, sur un ton très ironique, des extraits du débat que rien ne distingue de leur propre parole dans le transcript : chaque insight dit qui parle, et les échanges où plusieurs voix se chevauchent ne sont pas cités.
Le commentaire suit la réplique de Ségolène Royal : « je vous ai écouté là, les quatre messieurs, donc maintenant je suis une femme mais vous me laissez parler ». Les animateurs reprochent à LCI d'avoir confié à David Pujadas seul un débat qui a « beaucoup dégénéré devant ses yeux ».
« Évidemment ce moment est central et symboliquement signifiant. Royal n'a que très peu coupé la parole alors que les hommes sur le plateau ont copieusement coupé la parole à tout le monde. La piqûre de rappel de Royal était indispensable même si une médiation aurait dû être pensée par la chaîne. Peut-être une coprésentatrice femme. »
Les animateurs notent qu'il « n'a donc absolument pas changé sa position ». Un concurrent lui rappelle qu'ils ont « l'un et l'autre dénoncé le génocide des Ouïghours » : « la Cour pénale internationale n'en a jamais rien dit mais nous l'avons fait ». Blast y voit deux poids, deux mesures. La CPI a bien émis le 21 novembre 2024 des mandats d'arrêt contre Benyamin Netanyahou et Yoav Gallant, pour crime de guerre et crimes contre l'humanité.
« Moi ce que je vous dis, une chose très simple, la CPI parle de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre. Donc c'est des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre. Et surtout c'est pas la qualification qu'on emploie, c'est l'action qu'on mène qui compte. »
Jérôme Guedj dit s'en tenir aux « termes que la justice consacre », les crimes de guerre et « peut-être » les crimes contre l'humanité, et ne pas vouloir « rentrer dans cette polémique ». Les animateurs y voient une « technique » : qualifier de polémique une question juridique la renvoie à l'opinion. Olivier Faure le reprend aussitôt : « C'est pas une polémique, Jérôme ».
« Ce qu'il y a de pratique avec une polémique, c'est que ça devient une affaire subjective. S'il y a polémique, c'est qu'il y a de vrais bons arguments des deux côtés. »
L'article Ier de la convention du 9 décembre 1948, ratifiée par la France en 1950, engage les États à « prévenir » le génocide, et la Cour internationale de justice a jugé le 26 février 2007 (Bosnie-Herzégovine c. Serbie-et-Monténégro, § 431) que cette obligation naît dès qu'un État a connaissance d'un « risque sérieux ». L'exode, en revanche, ne figure pas parmi les cinq actes de l'article II : la Cour juge (§ 190) qu'un déplacement forcé n'équivaut pas nécessairement à la destruction du groupe, même s'il peut en révéler l'intention.
« C'est pas une polémique Jérôme, c'est pas une polémique. La convention de 48 que la France a signé sur la prévention des génocides ne fait pas du génocide un constat ex post. C'est au contraire une volonté de se prémunir des génocides. Et dans les critères qui sont fixés par cette convention, il y a le fait que on veuille exterminer tout ou partie d'un peuple, aussi de faire en sorte que toute une partie de cette population subisse un exode durable. Tout ça est dans la convention 48. »
Les animateurs donnent raison à Olivier Faure sur le fond, puis relèvent que les cinq candidats soutiennent les mêmes mesures : suspension de l'accord d'association UE-Israël, sanctions, embargo sur les armes, boycott des colonies de Cisjordanie. Ils leur reprochent surtout de défendre tous la solution à deux États, qu'ils jugent dépassée.
« Nommer oblige à agir de sorte que les seuls d'entre eux qui prennent le mot au sérieux s'en servent aussi pour exister dans la compétition. Il ne reste qu'un endroit où se distinguer et c'est le mot. Voilà ce qu'une primaire fait d'un génocide. Elle le convertit en ressources de différenciation. »
Jérôme Guedj plaide pour une coalition israélienne du centre gauche au centre droit, « avec Eisenkot, avec Bennett même », contre Benyamin Netanyahou. Selon le quotidien Yedioth Ahronoth, relayé par le Times of Israel le 31 juillet 2013, Bennett, alors ministre, a répondu en conseil des ministres à qui jugeait illégal d'exécuter des terroristes capturés : « J'ai déjà tué beaucoup d'Arabes dans ma vie, et il n'y a absolument aucun problème avec ça ». Son cabinet a invoqué une interprétation erronée ; en 2015, il a dit avoir parlé de « terroristes ».
« Naftali Bennett qui déclarait en 2013, juste 10 ans avant le 7 octobre, qu'il avait tué beaucoup d'arabes dans sa vie et qu'il n'y a aucun problème avec ça. »
Les animateurs créditent Ségolène Royal (« plus vous faites d'obsession sur LFI, plus vous les remettez au centre du jeu ») et Emmanuel Maurel (« je crois pas qu'on soit ici pour incarner la gauche non mélenchoniste, antimélenchoniste ») d'avoir refusé l'exercice, et en concluent que la bonne réponse est de ne pas répondre aux questions sur Mélenchon.
« Toujours ramener à Mélenchon est un piège tendu à la gauche pour qu'elle se divise. Un piège souvent tendu par l'appareil médiatique. Vous connaissez la séquence. On demande l'avis à un tel social molo sur le dernier truc de Mélenchon. Il en dit du mal, les médias relaient, réplique. Bref, c'est une machine à division pour s'assurer que la gauche ne gagne pas. »
Raphaël Glucksmann soutient qu'avec une alliance avec LFI « vous perdez au deuxième tour contre l'extrême droite », Jérôme Guedj qu'un front républicain incluant LFI « ne marchera pas ». Les animateurs n'en exonèrent pas l'autre camp : Olivier Faure, Ségolène Royal et Emmanuel Maurel courtisent les électeurs insoumis, les deux autres ceux des macronistes, soit « sélectionner ses votants dans un sens comme dans l'autre ».
« Bah c'est sûr, c'est très efficace les principes dans un isoloir pour se battre contre l'extrême droite. Pour ça, non, mais pour masquer son alliance avec la droite et les macronistes. »
À Jérôme Guedj, qui conclut sur « un moment de grande clarification », les animateurs répondent que les candidats étaient « unis sur ce qui n'était pas très clivant, leur programme, et désunis sur ce qui est clivant, les alliances et la position à avoir sur le génocide à Gaza ». C'est la thèse que Blast défendait déjà contre les primaires.
« Une primaire comme machine à union ne marche pas. Elle accentue les divergences sur les points de rupture. Mais au fond, c'est normal, c'est la mécanique attendue d'une élection. Le PS a basé sa primaire sur le modèle électoral des candidats et un vainqueur. Mais une élection n'a jamais servi à unir. Bien au contraire, une élection sert à diviser. Diviser entre ceux qui gagnent le pouvoir et ceux qui ne le gagnent pas. »
Chaque camp disposant d'une minorité de blocage, un congrès n'aurait pu désigner personne. Le seul texte du dispositif est une charte que les candidats invoquent en sens contraire, et rien n'y fixe alliances, investitures ni argent de campagne : le vainqueur devra tout renégocier avec le parti. Le PS y gagne aussi des fonds, 15 € par votant (10 € au tarif réduit), et un fichier de sympathisants inscrits.
« Le PS ne parvient plus à trouver de solutions en interne. Il essaie donc d'en trouver une ailleurs. La primaire a déplacé les enjeux internes du PS sur la scène médiatique et a personnifié les choix. Un congrès aurait produit un texte opposable en interne qui doit être voté. La primaire, elle va peut-être produire une personne. Avec la primaire, le PS choisit de personnifier la question, ne pas avoir à la trancher par un texte. »
Le « rassemblement », disent les animateurs, n'est pas un objectif mais « un discours qui distribue les rôles et les sanctions ». Le favori des sondages, Raphaël Glucksmann, est aussi celui que Ségolène Royal avait comparé à un « stagiaire » face à « la patronne » : c'est au nom du rassemblement qu'elle a été rappelée à l'ordre, un journaliste allant jusqu'à parler de « bordélisation » de la campagne.
« Les candidats ne peuvent pas trop se démarquer les uns des autres en qualifiant l'expérience ou le caractère de leurs collègues comme l'a fait Royal. La primaire est un gigantesque outil à neutralisation au profit du Parti socialiste et qui protège celui que tout le monde donne en tête, qui n'a besoin que du calme puisqu'il est présenté comme le seul capable de rassembler. Toute attaque contre lui devient une faute contre le rassemblement. »
Le décompte est celui de l'émission. La séquence sur les alliances tourne à l'accrochage, jusqu'au reproche « vous glissez dans la soumission à la France insoumise », lancé dans un échange de voix superposées que le transcript ne permet pas d'attribuer avec certitude.
« Si ce débat servait à présenter des alternatives concrètes entre candidats, pourquoi la question la plus importante et la plus clivante arrive-t-elle à 2h26 d'un débat de 3h17 ? 25 minutes sur le prix du carburant où ils sont d'accord et 30 minutes seulement sur les alliances où tout se joue. Bref, la seule vraie décision est débattue par des candidats fatigués après 2 heures d'escarmouche. »
L'émission vise un entretien télévisé où le président juge « crédible » le scénario de « 300 000 hommes supplémentaires » mobilisés par la Russie, et la réunion des chefs de parti tenue la semaine précédente à l'Élysée. Elle y voit « une instrumentalisation pour essayer péniblement de se remettre un peu plus au centre de la vie politique ».
« C'est probablement vrai ce qu'il dit sur les techniques russes. Ce sont les mêmes que celles du KGB. Ça se tient jusque-là. Ce qui est vachement plus suspect, c'est qu'il le fasse maintenant, et pour annoncer quelque chose que tout le monde savait déjà. »
L'argument institutionnel tient : l'article 12 de la Constitution interdit toute nouvelle dissolution « dans l'année qui suit » les élections provoquées par une dissolution, et une dissolution à l'automne 2026 aurait privé le président élu en 2027 de ce levier pendant plusieurs mois. Les animateurs retiennent surtout la condition finale, qu'ils lisent comme une menace à peine voilée.
« Je pense que ce serait mauvais aujourd'hui de faire une dissolution parce qu'aujourd'hui nous sommes à 8 mois d'une présidentielle et donc si on faisait une dissolution aujourd'hui, on ajouterait à la guerre, aux problèmes de pouvoir d'achat et un budget à passer, l'instabilité politique. On bloquerait le prochain président ou la prochaine présidente de la possibilité de faire cette dissolution et de se reconstruire une majorité. Donc ça n'est pas souhaitable. Mais tout ça implique quoi ? Que l'esprit de responsabilité soit partagé par toutes les forces politiques. »