LFI, PS : QUI A LE MEILLEUR PROGRAMME ?
Épisode de « Dissolution », l'émission satirique de Blast, publié le 26 juin 2026, au lendemain du vote par lequel les militants socialistes ont adopté le projet de leur parti pour 2027. Trois rubriques : une comparaison de ce projet avec le programme de La France insoumise (un quart d'heure) ; la contestation de Keir Starmer au sein du Parti travailliste britannique ; l'audition du PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, par la commission des finances de l'Assemblée nationale le 17 juin 2026. La forme est comique (sketchs, voix jouées, bruitages), la thèse se lit au premier degré. Chaque comparaison est confrontée aux deux programmes tels que le comparateur du site les reproduit. Le transcript mêle sans les distinguer la voix des animateurs et les extraits de l'audition : seuls sont cités les propos dont l'auteur est identifié.
Blast oppose un programme insoumis présenté comme « venu de la société » à une consultation socialiste de pure forme. Le PS fait état de plus de 3 500 amendements déposés en six semaines par des militants d'une soixantaine de fédérations, avant l'adoption du texte à 83 % le 25 juin 2026 ; il ne publie pas combien ont été retenus. Le constat de l'émission ne peut donc être ni confirmé ni infirmé.
« En panne de légitimité citoyenne, le PS a compris que les programmes venus d'en haut ne passent plus à gauche. Il a donc ouvert une consultation citoyenne avec droit d'amendement. En vérité, ce droit d'amendement a été relativement minimal. L'essentiel a été rejeté et les amendements adoptés étaient soutenus par la direction ou inoffensif. »
Les textes confirment l'écart de degré. L'Avenir en commun veut établir par référendum la liste des biens communs et les collectiviser ; le projet socialiste procède secteur par secteur, en reprenant les autoroutes à l'échéance des concessions et en regroupant les réseaux d'électricité et de gaz sous une entreprise publique.
« Les deux textes voient la même cause aux injustices, une minorité financière qui marchandise les biens vitaux. Conclusion proche, mais le degré change tout. LFI défend une collectivisation soft, une quasi rupture avec la propriété privée quand elle menace l'avenir de l'humanité. Le PS propose encadrement, régulation et prise de contrôle public progressive. Bref, une adaptation tempérée à la prédation capitaliste. »
C'est la thèse de l'émission, posée sur la planification écologique. Les textes la confirment sur ce point : LFI inscrit la règle verte dans la Constitution et crée un Conseil à la planification écologique ; le PS veut « passer d'une action fragmentée à une stratégie assumée de planification », avec des lettres de plafond écologique opposables à chaque ministère.
« Mais la différence reste nette. Chez LFI, la planification est constitutionnelle, conflictuelle et structurante. Chez le PS, elle est plus administrative. Le vocabulaire de rupture est là, mais l'instrument refroidit et c'est probablement à l'aune des mesures concrètes que cette différence s'appréciera le mieux. Toutes les propositions du PS sont grosso modo des versions dégradées de celle de LFI »
Vérifié dans les deux textes. LFI convoque une Constituante pour une 6e République, abolit le 49.3 et prévoit un RIC qui permet de révoquer des élus, d'abroger une loi ou de modifier la Constitution. Le PS retient une proportionnelle à l'allemande, un RIP abaissé à un million de signatures, un 49.3 limité aux lois de finances et de financement de la Sécurité sociale, et un RIC dont un conseil tiré en partie au sort « sélectionnera les propositions recevables » — sans révocation écrite.
« Le PS reprend ces positions insoumises, la 5e à bout de souffle, bouffé par l'hyperprésidentialisme et un parlement affaibli. […] proportionnel, plus de référendum, RIC, suppression du 49.3 hors loi de finance. C'est une dilution de la portée transformatrice. On garde la 5e et on l'aménage pour qu'elle soit moins odieuse avec plus de pouvoir aux oppositions pour contrôler les gouvernements. »
Tout est dans les textes. L'Avenir en commun : SMIC à 1 600 € net et salaires indexés sur l'inflation, retraite à 60 ans pour 40 annuités, 35 heures effectives et 32 heures dans les métiers pénibles ou de nuit. Le projet socialiste : SMIC à 1 690 € net — le chiffre le plus haut des deux — et une conférence sociale pour les autres salaires, 43 annuités avec un âge légal ramené à 62 ans. Il ne mentionne pas les 35 heures et propose d'expérimenter la semaine de quatre jours.
« Retour aux 35 heures effective, 32 heures pour les métiers pénibles ou de nuit. Et pour la retraite, retour à 60 ans après quarante annuités. Côté salaire, c'est pas de la gomme. Le SMIC à 1600 € et l'indexation automatique des salaires sur l'inflation. Le PS s'en inspire. SMIC à 1690 €, 90 € de plus, pas mal, non ? Mais pas d'indexation automatique, une convention sociale et surtout c'est la retraite à 62 ans pour 43 annuités. »
Exact. L'Avenir en commun prévoit 14 tranches d'impôt sur le revenu, une CSG progressive, un ISF rétabli avec volet climatique, l'exit tax, une taxe permanente sur les superprofits et un héritage maximal de 12 millions d'euros. Le projet socialiste renvoie à des « États généraux de la justice fiscale » : fusion de l'impôt sur le revenu et de la CSG avec davantage de tranches, fin de la flat tax, taxe Zucman de 2 % dès 100 millions d'euros de patrimoine — LFI la réserve aux milliardaires — et impôt sur les grandes successions. Ni superprofits, ni plafond d'héritage, ni ISF.
« À côté de ça, le PS est plus modéré. Quelle surprise ! Progressivité et justice fiscale sont là mais édulcoré. Taxe Zucman, fin de la flat taxe, hausse des successions et meilleurs ciblages de l'évitement. En revanche, pas de taxe permanente sur les super profits et pas d'héritage maximal à 12 millions. »
Vérifié dans les deux textes. LFI rembourse à 100 % les soins prescrits en intégrant les mutuelles à la Sécurité sociale, et construit 200 000 logements publics par an pendant cinq ans. Le PS crée une mutuelle publique gérée par la Sécurité sociale, la « Grande Sécu », qui rembourse intégralement « un panier de soins et de médicaments essentiels », et relance la construction « dont un tiers de logements sociaux », sans en fixer le volume. Les deux encadrent les loyers.
« Le PS estime aussi que logement, alimentation et santé ne doivent pas être entièrement soumis au marché. Mais c'est bien moins ambitieux. Pas de 100 % santé généralisé, seulement un panier de soins important, mieux remboursé. Côté logement, on construit mais sans objectif clair, la démarchandisation devient plutôt donc un encadrement du marché qu'une sortie de sa logique. »
Exact. LFI planifie 200 milliards d'euros d'investissements ; le PS n'avance aucun montant comparable, interdit comme elle les vols intérieurs quand le train fait moins de quatre heures, et vise la disparition des passoires thermiques en 2050, là où LFI rend leur rénovation obligatoire avant toute location. Les aides aux entreprises atteignent 211 milliards en 2023 selon le Sénat, dont 163 d'exonérations sociales et fiscales. La divergence la plus nette n'est pas citée : LFI sort du nucléaire, le PS le garde « autant que nécessaire ».
« 200 milliards pour situer, c'est à peu près ce qu'on donne chaque année aux entreprises en exemption d'impôts et de cotisation sociale. Évidemment, le PS n'a pas repris cette annonce. Il garde l'interdiction des vols intérieurs à moins de 4 heures de train, la nationalisation verte des autoroutes, les transports publics et la sortie des passoires thermiques, mais beaucoup moins vite. Le PS vise 2050 quand LFI veut interdire leur location à court terme, probablement avant 2030. »
Blast explique ainsi la ressemblance des deux textes : le PS n'aurait pas copié LFI mais repris les bases du programme du Nouveau Front populaire de 2024, bâti « sur l'architecture insoumise ». Réformiste s'entend par opposition au renversement par la force — la Constituante de LFI passe par un référendum. Entre les deux, conclut l'émission, il n'y a qu'« une différence d'intensité réformiste ».
« Tous les programmes de gauche sont désormais comparés à celui de la FI ou construits pour s'en distinguer. Ensuite, cette force vient d'une double stratégie, la rupture notamment en 2017 et 2022 pour affirmer leur singularité. Mais l'Union, NUPES et NFP, a surtout diffusé leurs idées dans les appareils et les bases militantes des autres partis. Enfin, la différence n'est ni l'idéologie ni le fond. Elle tient au rythme, à l'ambition et à la puissance politique. Le programme insoumis reste réformiste. »
Le programme, poursuit l'émission, est « une ressource dont les élus peuvent se servir pour négocier » : il fonde le pacte électoral et crée des attentes. Face à une entreprise qui traîne à appliquer une décision, un gouvernement peut invoquer ses électeurs — « si je cède trop, j'ai une révolution sur les bras ». Plus le point de départ est haut, plus la marge de concession est large.
« On pourrait se dire que le programme du PS appliqué serait déjà une base solide. C'est vrai, mais la politique ne fonctionne jamais comme ça. Pour gagner d'un côté, il faut parfois lâcher de l'autre. Pour financer un virage écologique radical, il faudra peut-être renoncer à nationaliser tout le secteur bancaire. La politique est toujours une négociation et les insoumis ont compris. Leur radicalité les distingue mais sert aussi à obtenir de meilleurs compromis. »
L'émission applique au PS l'idée qu'un programme est le point de départ d'une négociation : déjà « édulcoré », le sien ne laisserait aucune marge. Dès l'ouverture, elle présentait le texte validé par les militants comme « la base sur laquelle le PS négociera ses concessions programmatiques ces prochaines années ».
« Or, avec ce programme, le PS se place déjà en loser, celui qui devra tout céder pour ne rien obtenir. Le texte est si édulcoré que chaque concession le poussera vers le macronisme. Il se prive des marges nécessaires à la moindre bifurcation. C'est un programme de loser déjà prêt à se dissoudre dans le macronisme. »
Les chiffres du PDG de TotalEnergies sont exacts : 5,4 milliards de dollars de résultat net ajusté au premier trimestre 2026, pour un Brent à 81 dollars, contre un peu moins de 4 milliards par trimestre en 2025. Sa conclusion ne l'est pas. Le communiqué du groupe du 29 avril 2026 attribue ce trimestre aux prix, aux « marges exceptionnelles » du raffinage en mars et à « une très forte performance » du négoce de brut et de produits pétroliers. Sur un an, le résultat gagne 29 % quand le Brent ne gagne que 7 %.
« Au cours de ce premier trimestre 2026, donc, on a affiché un résultat de 5,4 milliards pour un cours moyen de 81 dollars du baril. À le comparer à 4 milliards en moyenne, je vous disais, pour 69 dollars du baril, il y a rien dans cette affaire d'extraordinaire. Rien n'est tombé du ciel, c'est une continuité de résultat. »
Relancé par Éric Coquerel, président de la commission des finances, le PDG convient, dans un échange que la bande-son rend confus, qu'« il y a 1 milliard de cotisations » dans le montant d'impôts qu'il avançait. La comptabilité nationale donne une base à la lecture de Blast : elle range les cotisations employeur dans la rémunération des salariés, même si elle les compte aussi parmi les prélèvements obligatoires.
« Le président de Total présente comme des impôts les sommes dues aux salariés. Les cotisations, c'est du salaire. À vous, pas à l'entreprise. Ne pas les verser, c'est du travail au noir comme le pétrole. C'est comme dire pas besoin de payer mes impôts, je paye déjà mes salariés. »
Pouyanné présente le plafonnement de ses prix à la pompe comme une « contribution volontaire » d'« à peu près 200 millions d'euros », maintenue tant que durera la guerre ; 800 000 abonnés à son électricité se voient en outre garantir un carburant à moins de 1,99 €. Un député lui oppose qu'avec 20 % des stations, TotalEnergies comptait 80 % des ruptures de gazole.
« Magnifique coup de marketing. Avec un prix artificiellement bas, la filiale française perd de l'argent, donc paye moins d'impôts. Autrement dit, plutôt que de payer des impôts, pourquoi ne pas perdre un peu d'argent ? Et le coup est fort. Total gagne des parts de marché, fidélise ses clients et prend les députés en otage. Taxez-moi, j'arrête les prix bloqués, vous aurez une révolution. C'est le carbocapitalisme ultime. »