PaduTeam — « Le plan Hollande pour terminer Glucksmann » (décryptage de la primaire du PS)
Décryptage tactique de la primaire du Parti socialiste et de ses alliés par deux animateurs de la chaîne communiste PaduTeam (Zoé et Chris, proches du projet « La Brèche »). Ton très ironique et volontiers vulgaire, titre sensationnaliste : les vannes, les surnoms (« primaire des noisettes », « Solferinologue ») et les insinuations comiques sur un dépouillement truqué ne sont pas reprises ici. Seule la thèse de fond est retenue : la primaire fermée du PS serait moins un outil de désignation qu'un verrou destiné à délégitimer Raphaël Glucksmann, au bénéfice d'un recours François Hollande annoncé après la primaire, en décembre. Les animateurs sont ouvertement partisans (ils souhaitent une victoire de Jean-Luc Mélenchon en 2027 et raisonnent en termes d'addition des voix de gauche au premier tour). Plusieurs passages sont des lectures à l'antenne d'articles de presse (L'Opinion, Marianne) : les citations correspondantes sont des propos rapportés, à revérifier face aux articles d'origine.
Thèse centrale du décryptage : la primaire fermée du PS et de ses alliés ne viserait pas à choisir un candidat mais à enfermer Raphaël Glucksmann dans un cadre partisan étroit. Qu'il la perde ou qu'il la gagne face à des candidats jugés sans poids (Philippe Brun, Ségolène Royal), il en ressortirait sans dynamique ni légitimité populaire, ramené au rang de « petit gars du PS » alors qu'il prétendait incarner un large espace social-démocrate.
« Elle ne sert pas à savoir qui sera le candidat PS, elle sert à savoir qui ne le sera pas. Et donc qui ne le sera pas, c'est Glucksmann. »
Les animateurs lisent la stratégie prêtée à François Hollande — annoncer ou non sa candidature en décembre, soit après la primaire — comme une entrée tardive de joueur de poker (« late reg ») : laisser les autres s'épuiser, puis se présenter comme celui qui départage un espace social-démocrate fragmenté. Ils y voient une manœuvre plus habile que celle de Nicolas Sarkozy, qui s'était lui « embourbé » dans la primaire de la droite en 2016.
« C'est ce qu'on appelle en poker les late reg. »
Bernard Cazeneuve, qui a annoncé sa candidature sans passer par la primaire, jouerait selon les animateurs le rôle de « porte-flingue » : en ajoutant une candidature au centre gauche, il fragmenterait davantage l'espace social-démocrate et rendrait crédible l'idée qu'un arbitre extérieur est nécessaire — rôle taillé pour François Hollande en décembre. Bernard Cazeneuve n'est pas présent dans le référentiel RQLV : l'insight est rattaché aux acteurs identifiés (Hollande, PS, Glucksmann).
« Cazeneuve travaille pour pouvoir diviser l'espace social-démocrate malgré cette primaire et préparer un recours, le recours de décembre et de François Hollande. »
Citation lue à l'antenne depuis un article de L'Opinion : Bernard Cazeneuve place sa candidature dans un espace commun avec Édouard Philippe, François Hollande et Raphaël Glucksmann, contre « la confrontation des deux blocs dégagistes ». Interrogé sur la façon de départager ces ambitions, il renvoie à une « primaire qui irait de Mélenchon à Le Pen », c'est-à-dire au premier tour de la présidentielle — manière, pour les animateurs, de délégitimer par avance le vainqueur de la primaire socialiste. Propos rapportés : à revérifier face à l'article d'origine.
« Il y a beaucoup de candidats possibles dans ce périmètre. Édouard Philippe, François Hollande, Raphaël Glucksmann, votre serviteur. »
Autre passage lu à l'antenne : l'ancien Premier ministre attaque la gestion des finances publiques sous Emmanuel Macron tout en créditant implicitement son successeur immédiat, Édouard Philippe. Les animateurs y voient une manœuvre de conquête de l'espace du centre, cohérente avec la stratégie prêtée à François Hollande. Les chiffres cités sont des propos rapportés, non vérifiés ici.
« En 2017, le déficit public était à 3 %, puis à 2,75 % après la loi d'Édouard Philippe. Tout s'est dégradé ensuite. »
Les animateurs relèvent l'annonce d'un débat télévisé entre François Hollande et Édouard Philippe fin août sur LCI, et y voient un décalque de la stratégie du débat Mélenchon–Zemmour : se poser en chef d'un camp face à un adversaire désigné, ce qui invisibilise mécaniquement les autres prétendants du centre gauche, à commencer par Raphaël Glucksmann.
« Hollande se met comme l'opposition au centre droit. C'est hyper intelligent, et puis ça va invisibiliser toutes les tentatives des autres candidats de centre gauche. »
Critique de fond adressée à Raphaël Glucksmann : sa candidature reposerait sur une notoriété médiatique et des réseaux, sans base organisée. Les animateurs rappellent son meeting de juin, dont ils estiment qu'il n'a produit aucune dynamique, et concluent qu'il ne dispose d'aucun moyen de pression sur l'appareil socialiste dont il a besoin pour se faire investir.
« Le gars n'a pas de parti, n'a pas de militant, n'a pas de dynamique. Donc il n'a rien pour peser face au PS, il n'a rien. »
Thèse plus générale des animateurs : si la vie politique française était plus avancée dans ce qu'ils appellent la « fascisation », une candidature adossée à des réseaux médiatiques et intellectuels s'imposerait sans passer par un parti. Le fait que Raphaël Glucksmann doive se soumettre à une primaire d'adhérents prouverait au contraire que les partis, les militants et les votes internes pèsent encore.
« Il y a encore des appareils, il y a encore des militants, il y a encore des votes internes, il y a encore des structures. »
Modalités rapportées : primaire réservée aux adhérents du PS et de ses alliés (dont Place publique), premier tour les samedi 10 et dimanche 11 octobre, modalités devant être validées par un conseil national le 25 août, et 15 € à acquitter pour voter. Les animateurs y voient un filtre social — un droit d'entrée qui écarte les électeurs précaires — et raillent l'organisation du scrutin sur deux jours. À noter que le projet du PS lui-même défend un vote étalé sur trois jours et un financement plus égalitaire de la vie politique.
« 15 balles, c'est rien, mais 15 balles, c'est cher quand même pour payer pour voter. C'est vraiment censitaire, leur truc. »
Formule de Carole Delga rapportée à l'antenne, à l'occasion de ses rencontres de la gauche de Bram du 19 septembre, pour justifier son soutien à Raphaël Glucksmann face à l'hypothèse Hollande. Les animateurs y lisent au contraire un affaiblissement de Glucksmann, réduit à une base d'élus locaux. Carole Delga n'est pas présente dans le référentiel RQLV.
« Avec François Hollande, c'est de la sympathie. Avec Raphaël, c'est de la confiance. Voilà toute la différence. »
Propos du député socialiste Philippe Brun, candidat déclaré à la primaire, rapportés à l'antenne. Les animateurs s'en saisissent pour soutenir que l'électorat social-démocrate et centriste serait contraint au report de voix en cas de duel LFI–RN, et qu'il faut lui « mettre la pression » sur ce terrain.
« S'il y avait un deuxième tour LFI-RN, je voterais pour Jean-Luc Mélenchon. »
Position stratégique assumée des animateurs, qui souhaitent la victoire de Jean-Luc Mélenchon : une candidature insoumise même très haute au premier tour ne suffirait pas si le reste de la gauche s'effondre. Ils estiment nécessaire une addition des gauches autour de 40 % au premier tour — contre environ 32-34 % selon eux la fois précédente — ce qui suppose un pôle social-démocrate à deux chiffres capable de « gauchiser » le centre.
« Ce qu'il nous faut, c'est une dynamique de gauchisation du centre avec le PS. »
En conclusion, les animateurs anticipent qu'une victoire présidentielle de Jean-Luc Mélenchon ne s'accompagnerait pas d'une majorité aux législatives, et que le levier de gouvernement passerait par une assemblée constituante et le référendum — ce qui recoupe l'engagement de La France insoumise sur la 6e République.
« Mélenchon, il doit passer par une constituante s'il veut gouverner. »