« Inventer de faux antisémites, légitimer de vrais racistes » — chronique Blast
Chronique de Sébastien Fontenelle (Blast) : la fabrication de « faux antisémites » à gauche et la mise sous silence de l'antisémitisme réel à l'extrême droite. Revue d'épisodes de juin 2026 (concert antiraciste LFI interdit, CRIF, Le Figaro, France Culture/Guillaume Erner, panthéonisation de Marc Bloch, Bernard Arnault/LVMH, Macron et la canicule, Luc Ferry, groupe Mulliez/Auchan).
Après l'annonce d'un concert antiraciste de la France insoumise place de la République pour la fête de la musique, l'indignation du président du CRIF et du maire socialiste de Paris Centre, la préfecture de police a interdit l'événement en invoquant la programmation d'artistes qui, en réalité, n'y figuraient pas. Le tribunal administratif a suspendu l'interdiction, y constatant une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de réunion.
« une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de réunion »
Le même jour, Le Figaro accuse Jean-Luc Mélenchon de reprendre « des codes chers aux antisémites » pour avoir protesté contre l'intervention du CRIF, tout en publiant un reportage complaisant sur le voyage de Jordan Bardella en Pologne — reçu par un dirigeant d'extrême droite locale, allié d'un candidat présidentiel prônant « une Pologne sans juif » — sans jamais y voir d'antisémitisme.
« une Pologne sans juif, sans homosexuel, sans avortement, sans impôt, sans Union européenne »
Sur France Culture, lors d'une matinale avec Marine Le Pen, Guillaume Erner a diffusé un montage sonore présentant Mélenchon comme tenant les mêmes propos antisémites que Jean-Marie Le Pen. Erner a lui-même reconnu le montage comme falsifié (Mélenchon visait « la caste » et les élites, non les juifs) — un procédé doublement fautif car reprenant le cliché antisémite assimilant les juifs aux élites. France Culture a présenté des excuses aux auditeurs, mais pas à Mélenchon.
« était un faux grossier puisque Mélenchon, dans les propos incriminés, ne parlait pas du tout [des] juifs mais des élites françaises »
Le 23 juin, Guillaume Erner (France Culture) tente de faire dire à l'historien Patrick Boucheron que la critique du gouvernement israélien et la défense des droits des Palestiniens constitueraient une résurgence de l'antisémitisme des années 1940. Boucheron refuse dignement l'amalgame ; Le Point l'accuse ensuite faussement d'avoir « refusé de répondre » sur la montée de la haine contre les juifs.
« non mais ça, on vous laisse parler tout seul »
Pour l'entrée au Panthéon de l'historien résistant juif Marc Bloch, sa petite-fille Suzette Bloch a refusé la présence du Rassemblement national — « héritiers » des fondateurs anciens Waffen SS et miliciens du parti — et invité Jean-Luc Mélenchon et des élus LFI. Des éditocrates s'en sont pris à elle : Le Figaro jugeant déraisonnable d'écarter le RN, et Jean Quatremer (Libération) estimant que Marc Bloch avait été « trahi par sa descendance ».
« l'intelligence, la vertu et le courage ne sont pas héréditaires »
Après le don de 50 M€ de Bernard Arnault à l'École polytechnique, unanimement salué par les médias dominants, Blast rappelle que le milliardaire (fortune estimée à plus de 150 milliards de dollars) paie proportionnellement beaucoup moins d'impôts que les classes moyennes et populaires. Un tel don, probablement défiscalisé, ne représente qu'une infime fraction de ce qu'il devrait acquitter si les ultra-riches étaient imposés comme les autres.
« je considère que le groupe LVMH est peut-être le groupe le plus patriote qui existe en France dans le CAC 40 »
En pleine canicule, Emmanuel Macron affirme qu'un « gros travail » a été mené contre le réchauffement climatique depuis son élection. Or son mandat a multiplié les reculs environnementaux : le Fonds vert, qui soutient les collectivités dans leurs investissements de transition, est passé de plusieurs milliards d'euros en 2024 à 837,7 millions d'euros en 2026, tandis qu'il vante l'implantation de data centers très émetteurs de gaz à effet de serre.
« il y a un gros travail qui a été fait »
Sur LCI, Luc Ferry convoque la mémoire des camps nazis et « le four » de la Shoah pour tourner en dérision la souffrance liée à la canicule. Blast résume l'ignominie : « Cet ancien ministre en est arrivé au point où il instrumentalise la mémoire de la Shoah pour minimiser la gravité des effets catastrophiques du réchauffement climatique et pour nier les inégalités devant la canicule » — « des temps de très très grande obscénité ».
« mon père s'est évadé quatre fois des camps [nazis]. Il faisait très chaud aussi surtout dans le four qu'on avait préparé pour lui »
Sur LCI, l'éditocrate Luc Ferry minimise les effets de la canicule (« on est capable de supporter ça ») en instrumentalisant la mémoire de la Shoah et nie les inégalités face à la chaleur. Il déclare par ailleurs qu'il voterait sans hésiter pour Jordan Bardella en cas de duel avec la France insoumise en 2027.
« un jeune homme en bonne santé est capable de supporter ça »
Toujours sur LCI, Luc Ferry affirme que Samuel Paty était juif et qu'il a été assassiné par un « OQTF » — deux contre-vérités reprenant des ressorts d'extrême droite : Samuel Paty n'était pas juif, et son assassin, réfugié d'origine tchétchène, n'était pas sous le coup d'une obligation de quitter le territoire. Son intervieweuse le corrige en direct à deux reprises.
« Bah d'abord parce qu'il était juif »
Le député Philippe Juvin (LR) a chaleureusement remercié le groupe du milliardaire Gérard Mulliez (Auchan) pour le don de 300 climatiseurs à un hôpital parisien. Blast rappelle qu'un rapport Greenpeace / Oxfam de 2022 établissait que le patrimoine financier du groupe Mulliez émet à lui seul autant de gaz à effet de serre que 11 % des ménages français — les milliardaires étant partie du problème climatique, non de la solution.
« émettait à lui seul autant que 11 % des ménages français »