OLIVIER BESANCENOT : "IL Y AURA DE LA DETTE PUBLIQUE, TANT QU'IL Y AURA DE LA SPÉCULATION"
Passage d'Olivier Besancenot sur BFMTV le 31 août 2026, republié sur la chaîne du NPA-l'Anticapitaliste le 2 septembre. L'entretien suit de quatre jours le débat présidentiel organisé par le Medef aux Rencontres des entrepreneurs de France et diffusé sur LCI le 27 août : c'est par là que la discussion s'ouvre, et elle y revient plusieurs fois. Besancenot y défend trois choses — la répartition des richesses et du temps de travail, le salaire socialisé, la fin du présidentialisme — dans un format de plateau où deux journalistes relancent, coupent et contestent ; leurs interventions occupent une part importante du transcript, et seules les réponses de Besancenot sont analysées ici. Deux passages insérés par la rédaction ne sont pas de lui : une déclaration de Jean-Luc Mélenchon à son arrivée aux Rencontres des entrepreneurs de France (« le Rassemblement national, c'est un parti lamentable et il y a des patrons lamentables »), vers 03:16, et un propos favorable au report de l'âge de départ à la retraite vers 10:51, dont l'orateur n'est pas identifiable dans le transcript. La transcription automatique abîme plusieurs endroits : « 211 milliards d'êtres publics » a été rétabli en « aides publiques », et les passages trop dégradés — la formule sur le CAC 40 vers 05:39, la définition complète du salaire socialisé vers 10:43, la fin de la séquence sur la capitalisation vers 11:47 — sont restitués dans l'analyse plutôt que cités. Le NPA n'a pas de programme chargé en base : les mesures reliées ici sont celles de La France insoumise, aux endroits où elle est mentionnée.
Réponse à la question d'ouverture sur ceux qui voudraient « brûler » la dette. Besancenot déplace le problème : la dette publique ne serait pas un accident de gestion mais un débouché financier, et ceux qui la dénoncent le plus fort seraient les derniers à vouloir s'en défaire. Il la range dans une politique de répartition des richesses qu'il dit toujours plus inégalitaire.
« il y aura de la dette publique, tant qu'il y aura de la spéculation financière, parce que c'est un marché extrêmement juteux qui est tellement juteux que les premiers à ne surtout pas se débarrasser de la dette, je pense que ce sont les libéraux. »
Le débat présidentiel du 27 août s'est tenu aux Rencontres des entrepreneurs de France, sur LCI, devant environ 4 000 patrons. Besancenot n'en discute pas le contenu mais le lieu : le cadre oriente ce qui s'y dit. Il lui oppose un contrefactuel — une campagne ouverte à l'université d'été de la CGT — qui aurait mis en tête d'affiche le nombre d'écoles et de services publics à financer.
« Ce qui est notable là, avec ce début de discussion présidentielle, c'est que ça commence en effet sur les terres du Medef. Donc comment dire, sans injurier personne. Ça oriente un peu la discussion, ça imprime. »
Sa proposition est procédurale avant d'être budgétaire : sortir la dette du débat d'experts en faisant établir ce qu'elle contient. Il prend ses distances avec le cadrage dominant à gauche, qui vise la seule fraction détenue par la banque centrale. Ce qu'il veut voir chiffrer, c'est la part purement spéculative — un ordre de grandeur qu'aucune statistique publique ne mesure.
« on pourrait imaginer qu'il y ait un audit public pour savoir précisément ce qui se niche ou pas dans cette fameuse dette publique et qu'on y voit plus clair quand on parle simplement de la part de la BCE. En réalité, c'est un peu l'arbre qui cache la forêt, parce que là, c'est la partie qu'on pourrait se rembourser à nous-mêmes. »
Le maillon qui tient ses deux thèses ensemble. Le déficit ne viendrait pas d'un surcroît de dépense publique mais d'un manque de rentrées, produit par une fiscalité qu'il dit de moins en moins redistributive : l'État se prive lui-même de ressources, puis emprunte à ceux qu'il a exonérés. Il y revient en fin d'entretien en nommant le motif invoqué alors, la compétitivité et l'emploi.
« il y a un mécanisme pour moi qui est absolument redoutable, et je vous dis qui est aussi vieux que le monde capitaliste, qui consiste à créer les déficits non pas par plus de dépenses publiques, mais parce qu'il y a moins de rentrées, parce qu'on a une fiscalité de moins en moins justement redistributive. »
Le chiffre est exact et officiel. La commission d'enquête du Sénat sur les aides publiques aux grandes entreprises, dans son rapport du 8 juillet 2025, les chiffre à 211 milliards d'euros pour 2023 — 75 milliards d'exonérations de cotisations, 88 de dépenses fiscales, 41 de Bpifrance, 7 de subventions — et présente ce total comme un plancher. Deux réserves : la même commission publie un périmètre restreint à 108 milliards au sens du droit européen, et « sans contrepartie » reprend sa conclusion générale sur l'absence de conditionnalité, pas une propriété de chaque dispositif.
« Si on leur retire les impôts, comment ils vont les toucher, les 211 milliards d'aides publiques qui vont aux entreprises sans contrepartie ? »
Le NPA-l'Anticapitaliste a annoncé le 29 juin 2026 qu'il renonçait à une candidature et soutiendrait celle de Jean-Luc Mélenchon, au nom du danger d'extrême droite. Besancenot, lui-même candidat en 2002 et 2007, en donne ici la version prudente : le rassemblement dépend de ce que proposera La France insoumise — « on n'a pas la main ». Il refuse dans la foulée de qualifier LFI d'extrême gauche.
« On a décidé en effet de ne pas se présenter […] ça veut dire qu'on constate qu'avec La France insoumise, il y a eu des rapprochements politiques, même si on continue à avoir des discussions et des désaccords. »
Les deux ordres de grandeur tiennent. L'Insee compte 4,2 millions de salariés à temps partiel en 2024, soit 17,4 % des salariés hors apprentis, ce qui laisse une vingtaine de millions de temps complets — sa fourchette est atteinte par le haut. Et 3,323 millions de personnes étaient inscrites en catégorie A à France Travail au deuxième trimestre 2026 (2,68 millions au sens du BIT, 5,80 millions en catégories A, B et C). Ce que le calcul ne dit pas, et que la journaliste lui oppose, c'est que ces heures soient transférables d'un métier et d'une qualification à l'autre.
« Si aujourd'hui vous additionnez l'ensemble des heures travaillées par les salariés qui sont à temps complet, et bah si vous les répartissez non pas sur 21, 22 millions qui sont au nombre de salariés à temps complet, mais 24 ou 25 ou 26 millions, c'est-à-dire que vous répartissez ce nombre d'heures en y intégrant les 3 à 4 millions de chômeurs. »
Le raisonnement retourne le récit du gouffre : si le système de retraite est le boulet qu'on décrit, pourquoi des acteurs privés voudraient-ils en prendre une part ? Il répond par l'identité des demandeurs — les assureurs ont mis la capitalisation sur la table les premiers — et par la taille de la prise, un budget de protection sociale supérieur d'un tiers à celui de l'État.
« les capitalistes ont plein de défauts, dans l'idée que je me fais d'un type de société qu'on peut construire. Mais il faut le reconnaître, un mérite en général, c'est qu'ils placent pas leurs œufs dans un business qui est un business déficitaire. »
Il y arrive en refusant le récit de la rencontre entre un homme et un peuple, et lui oppose la Première République : en 1793, dit-il, personne ne réclamait une figure laïque du roi. Interrogé sur Jean-Luc Mélenchon, il renvoie la question à l'intéressé tout en créditant la 6e République qu'il défend d'y faire disparaître le présidentialisme lui-même.
« Moi, je propose d'en finir avec le présidentialisme. Parce que le présidentialisme, c'est on va voter pour un homme ou une femme qui va régler tous nos problèmes, pour se rendre compte qu'une fois qu'il est élu, n'est même pas capable de faire ses courses tout seul. »