Les GAUCHISTES bandeurs de VIOLENCE (depuis leur lit)
Stream de vingt-cinq minutes de la chaîne Zawa Prod, animé par Raz et Cassandre. C'est la suite directe de leur réaction au numéro de Complément d'enquête consacré à Rima Hassan, analysée à part : partis du procès de l'eurodéputée pour une publication citant Kōzō Okamoto, ils décrochent sur la violence en politique — terrorisme, lutte armée, résistance — et sur ce que la gauche peut encore en dire. Le titre est ironique, comme souvent sur cette chaîne : il vise la posture qu'ils démolissent, celle du militant en ligne qui affiche sa dureté, et non leur propre position, qu'ils énoncent explicitement à 13:38. Ce qui suit restitue leurs arguments, y compris quand ils rapportent une position pour la contester. Le format est le leur — deux voix qui se chevauchent, ton très oral et sarcastique —, et le transcript automatique en garde les traces : les blocs horodatés se recouvrent et une phrase s'y trouve souvent coupée en deux. Les citations sont copiées telles quelles, hésitations et faux départs retirés, coupures internes signalées par […] ; les phrases rejointes d'un bloc à l'autre n'ont reçu que leur ponctuation, et un participe mal transcrit a été rétabli (« aura aider à créer » en « aura aidé à créer », 17:58). Plusieurs personnes citées au passage — pseudonymes du chat, noms déformés par la reconnaissance vocale — n'ont pas pu être identifiées avec certitude : elles ne sont pas nommées ici.
Le passage est ironique de bout en bout : les animateurs rejouent l'objection qu'ils entendent — si les Palestiniens avaient manifesté pacifiquement, ils auraient obtenu leur territoire — pour la renvoyer à un fait documenté. La Grande Marche du Retour, manifestations hebdomadaires le long de la barrière de Gaza à partir du 30 mars 2018, a été réprimée à balles réelles : la commission d'enquête de l'ONU y a recensé 189 Palestiniens tués sur l'année 2018, dont 183 par munitions réelles, et conclu que des civils sans participation aux hostilités ni menace imminente avaient été visés.
« Ils ont jamais tenté un petit sit-in ou un truc du genre, genre, tu imagines le truc. Les Israéliens ne se mettraient pas à tirer sur une foule pacifique, tu vois ? Ça n'aurait jamais pu arriver. Fais un peu tes recherches, va lire des articles sur la Grande Marche du Retour, tu verras. »
Le stream s'ouvre sur le procès pour apologie du terrorisme engagé après une publication du 26 mars 2026 citant Kōzō Okamoto, seul assaillant survivant de l'attentat de l'aéroport de Lod (30 mai 1972, 26 morts). Les animateurs évoquent le fils d'une victime française appelé à témoigner, et ne contestent ni sa place à l'audience ni son émotion : ils contestent l'usage qui en est fait, l'idée que l'eurodéputée se serait réjouie de cette mort. L'audience doit se tenir les 19 et 20 octobre 2026, après un renvoi obtenu par la défense.
« Le faire venir au tribunal, ok. Mais oui, l'exploiter politiquement, en fait. Ce qui est intéressant, c'est les journalistes. Ce qui est intéressant, c'est les gens qui traînent Rima au tribunal toutes les deux secondes. Ce qui est intéressant, c'est comment tout ce qu'elle dit et fait est perçu à travers un prisme de cynisme, de violence et d'arrière-pensées. »
« Avoir les yeux secs » est la formule que le stream combat : la posture de celui qui affiche son absence d'émotion devant les morts pour prouver sa radicalité. Les animateurs la renvoient aux récits des combattants eux-mêmes — guérilleros, résistants —, chez qui ils disent ne jamais la trouver, et y voient deux fautes à la fois : une erreur de fait, et un manque d'égard envers ceux qui sont morts dans ces combats.
« Faire semblant que tout ça, c'est juste une histoire d'yeux secs, balancée comme ça, c'est manquer de respect à ceux qui ont donné leur vie pour leur combat dans l'histoire de notre camp social. […] Franchement, lis-les, lis ceux qui ont fait la guérilla, ceux qui étaient dans la résistance ou peu importe, va voir comment ils parlent de ce qu'ils ont vécu. Ils ont jamais les yeux secs, je te le garantis. »
L'un des animateurs dit avoir été formé par des militants qui étudiaient sérieusement les luttes armées — Amérique latine, FLN — et qui en parlaient avec nuance, en concluant que ce n'était plus une méthode pertinente. Sa thèse : le même propos, tenu aujourd'hui, ferait de ses auteurs des extrémistes, voire des prévenus. Ce n'est pas la position qui a bougé, selon eux, mais le cadre qui l'accueille — et la poursuite pour apologie du terrorisme visant l'eurodéputée en est, à leurs yeux, l'exemple courant.
« Mais leur discours et l'histoire des différentes luttes armées que tu connais peut-être, que ce soit en Amérique latine ou chez le FLN, en fait, ce sont des gens qui aujourd'hui, vu leur position sur la lutte armée en France, certains qualifieraient d'extrémistes. Alors que le discours qu'ils tenaient sur les luttes armées existantes pourrait les envoyer au tribunal aujourd'hui. »
C'est l'observation la plus réutilisable du stream. Les animateurs décrivent la légitimité reconnue à une violence politique comme une fonction de la distance : la Résistance française passe, les combattants anti-Franco mettent déjà mal à l'aise, les luttes du Sud global ne sont plus abordables du tout. Ce qui règle le curseur n'est donc pas la nature des actes, mais la charge politique du sujet aujourd'hui.
« Le sujet est carrément tabou. Peut-être Cuba, et plus c'est loin dans le temps, plus ça passe. Genre, au mieux, la Résistance française ça va. Après, dès qu'on parle des combattants anti-Franco, certains commencent à être un peu mal à l'aise. […] Plus c'est un sujet politiquement brûlant, plus c'est tabou. Pour le Sud global, franchement, ça vaut même pas la peine d'essayer, tu vois. »
L'insight de mécanisme du stream. Il part d'une scène de « Ni vieux, ni traîtres », documentaire de Pierre Carles et Georges Minangoy (2006) sur d'anciens militants anti-franquistes et d'Action directe, groupe auteur de l'assassinat du PDG de Renault Georges Besse en 1986. On y reproche au film de taire les victimes, on lui oppose la Résistance française, et l'objecteur répond aussitôt que celle-ci avait raison de verser le sang. Les animateurs en tirent que la discussion n'a jamais porté sur le sang versé, mais sur le moment où il est acceptable de le verser.
« En fait, ce sont des gens qui font croire qu'ils sont complètement contre la violence, alors qu'en vrai, c'est eux qui décident quelle violence est acceptable. Mais c'est là qu'on voit que le discours sur la violence est hypocrite, et qu'en réalité, ces personnes te font croire qu'elles sont hantées par l'idée du sang versé, alors qu'en fait, elles ont juste un cadre moral pour dire quand ça doit ou pas couler. »
Sommé dans son propre chat de dire s'il justifie des massacres, l'animateur coupe court en énonçant sa position. Elle est double : la violence n'est ni un outil possible ni un outil souhaitable dans la France de 2026, et l'action qu'il défend est le vote pour Jean-Luc Mélenchon. Tout le reste du stream porte, selon lui, sur le droit d'étudier des luttes armées passées, pas sur un programme.
« Mon opinion politique sur la violence en France aujourd'hui, pour moi, c'est que c'est pas un outil possible ni souhaitable, et jamais je serais pour quoi que ce soit d'autre. Voter pour Mélenchon, c'est l'action politique que je défends aujourd'hui. Donc, très clairement, je dis que je suis contre la violence en France aujourd'hui. »
Les animateurs racontent un cas de la Résistance : un réseau décimé par des dénonciations découvre que l'informateur est un garçon de quatorze ans qui aidait ainsi une mère sans ressources ; il est tué, et celui qui l'a fait est tenu pour un héros. L'animateur dit son désaccord intime — il veut croire qu'on aurait pu l'éviter — puis le désarme lui-même : il n'a rien vécu de comparable, et juger de là serait indécent.
« Tu découvres que la personne qui vend tout le monde dans ton réseau de résistance, c'est un gamin de 14 ans. Sa mère est fauchée, et c'est sa façon de l'aider financièrement. […] Et comment on pourrait se permettre de juger ce qui est bon ou mauvais quand, pour ma part, ma vie, c'est juste d'aller prendre un café dans un café du Marais. »
Le stream aligne trois manières de dire la même chose. Léon Landini, résistant FTP-MOI cité depuis le chat, dont il est rapporté qu'il faisait encore des cauchemars d'avoir tué. Des militants sud-africains qui, l'apartheid tombé, n'ont trouvé aucun dispositif pour les réintégrer dans la société qu'ils avaient contribué à libérer. Et le V d'Alan Moore, qui tient pour acquis qu'il ne survivra pas à la violence qu'il emploie. C'est un coût qu'aucun des deux camps du débat ne compte, concluent-ils.
« Sa théorie, c'est qu'il doit mourir avec, parce que le niveau de violence nécessaire pour en finir avec le fascisme le rend incapable de survivre à la violence qu'il va utiliser. C'est une hypothèse parmi d'autres sur la violence. Voilà, son idée, c'est que le monstre qu'il est devenu à force de lutter contre le fascisme ne pourra jamais vivre dans la société qu'il aura aidé à créer. »
Le passage vise le camp des animateurs, ce qui en fait le plus coûteux du stream. Ils lisent dans les messages qui réclament des balles non pas une capacité à organiser quoi que ce soit, mais la culpabilité de ne pas se sentir assez radical dans un espace qu'ils disent mélenchoniste. Leur règle : qui serait réellement prêt à tuer ne l'annonce pas.
« Toi, t'es juste complètement à l'Ouest si tu crois que la gauche veut buter des gens. Franchement, désolé, mais je vais te rassurer clairement : les 20 pseudos rebelles dans un chat qui kiffent un peu la lutte armée seront jamais ceux qui vont l'organiser. […] Ici, c'est un chat mélenchoniste, et y en a qui culpabilisent de pas être ultra-gauche. Du coup, ils jouent les gros dur, c'est tout. »
La conclusion est une critique de position : les militants occidentaux, dit l'animateur, sont installés dans des privilèges et dans un rapport impérialiste au reste du monde, et ne seront pas ceux qui mèneront une révolution. Il en tire son propre engagement — le cadre électoral et le soutien à Jean-Luc Mélenchon —, dont il dit qu'il sort renforcé de la discussion.
« Les révolutions ne viendront pas de France. Vous êtes figés dans vos privilèges et tout ça. Et ceux qui vont mener la révolution et se battre pour leurs droits, ce ne sera pas nous. Ouvre les yeux. On est des Occidentaux gavés à l'impérialisme. »