Off Investigation — « Opposants aux mégabassines : harcelés, menacés et abandonnés par l'État »
Extrait d'un documentaire d'enquête d'Off Investigation, clairement à charge contre les mégabassines et l'agriculture intensive. Le montage mêle voix off, témoignages (dont l'eurodéputé écologiste Benoît Biteau) et interviews contradictoires. Il documente les violences et intimidations visant les opposants, un traitement différencié de l'État (cellule Déméter) et le cynisme climatique de gros irrigants.
Le documentaire s'ouvre sur la mobilisation de milliers de citoyens contre les mégabassines : démontage d'une pompe d'alimentation, sabotages de plusieurs « réserves de substitution » en trois ans (Vendée, Deux-Sèvres, Charente), pour des millions d'euros de dégâts revendiqués comme une réappropriation de l'eau commune.
« Un groupe de camarades, citoyens, paysans et paysannes a démonté la pompe qui permettait à cette bassine de se remplir et a rendu l'eau à la nappe. »
L'eurodéputé écologiste Benoît Biteau, paysan converti à l'agriculture durable, raconte trois ans d'intimidations et de cyberharcèlement, jusqu'à des tirs d'arme à feu à deux reprises (par un agriculteur voisin) devant témoins. Ses plaintes ont été classées sans suite, ce que le documentaire présente comme une défaillance de la justice.
« Je suis élu de la République. Je suis paysan mais je suis élu de la République. Un citoyen me tire dessus avec une arme à feu. »
Le documentaire pointe un traitement différencié de l'État : la cellule Déméter, créée en 2019 par Christophe Castaner en lien avec la FNSEA, aurait refusé de protéger Benoît Biteau (« vous êtes écologiste »), tout en étant activée pour surveiller le militant Julien Leguet (balise GPS et caméra sous sa voiture). Un deux-poids-deux-mesures nourrissant, selon un intervenant, un sentiment d'impunité côté pro-bassines.
« La cellule Déméter, c'est pas pour vous, vous êtes écologiste. »
Le 22 mars 2023, à l'appel de la FNSEA, une manifestation contre l'interdiction des pesticides dégénère au domicile de Patrick Picot : déchets, pneus et fumier déversés, façade vandalisée et violences visant son épouse. Interrogé, un responsable agricole peine à condamner clairement ces méthodes.
« Il y a eu des menaces physiques et des violences vis-à-vis de mon épouse. Elle a reçu des jets de pierre, du fumier, des pneus. »
Séquence édifiante : alors qu'on lui expose que des cours d'eau ne couleront plus l'été si le réchauffement continue, un responsable de grande exploitation répond par un fatalisme goguenard — la planète survivra « même sans eau » — en pouffant à l'idée même de vouloir la sauver. Le documentaire en fait l'illustration du déni climatique qui sous-tend le maintien du modèle irrigué intensif.
« De toute façon, la planète restera même sans eau l'été. »
Le documentaire conclut sur un modèle « à bout de souffle » : malgré des sécheresses aggravées et le soutien de l'État, l'irrigation et la chimie intensives laminent les petites exploitations (74 % perdues en 40 ans localement, un tiers des agriculteurs vivant avec moins de 350 € par mois, un suicide par jour) au bénéfice de multinationales de l'agro-industrie (Bayer, Yara, Limagrain…). Une logique qualifiée d'« autodestruction » financée par l'argent public.
« Si l'irrigation, si la chimie et si la culture intensive était capable de sauver l'agriculture française, ça se saurait. »