Off Investigation — « Autoroute A69 : Macron lié aux actionnaires »
Reportage d'enquête d'Off Investigation sur l'autoroute A69 (Haute-Garonne/Tarn). Suit la mobilisation de Thomas Brail (GNSA) et des opposants lors de l'abattage des platanes de Vendine en 2023, sa grève de la faim, la rencontre obtenue avec le ministre des Transports Clément Beaune, puis documente les liens financiers entre des actionnaires du consortium Atosca (dont le fonds Ardian) et le financement de la carrière politique d'Emmanuel Macron. Montage à plusieurs voix (riverains, élus locaux, militants, ministre, journaliste d'investigation) : chaque citation est attribuée à son énonciateur réel. Un carton final, absent de la bande sonore, résume l'issue de la mobilisation.
Un riverain propriétaire d'un château classé monument historique dénonce le tracé de l'A69, installé à seulement 180 mètres de son bâtiment alors que la loi imposerait une distance de 500 mètres.
« Je suis en colère parce que le concessionnaire de cette autoroute ne respecte pas la loi qui impose se tenir à 500 mètres d'un monument classé, monument historique en totalité. C'est tout juste insupportable et incompréhensible. »
Malgré 50 lettres recommandées envoyées au ministre de la Culture, à la DRAC et au préfet, ce riverain n'a reçu aucune réponse — un silence administratif qu'il compare à une « République bananière ».
« J'ai envoyé 50 lettres recommandées. Personne ne m'a répondu. […] J'ai écrit au ministre de la culture, j'ai écrit à la DRAC, j'ai écrit au préfet, j'ai écrit partout, et pas une réponse. Excusez-moi, mais je trouve que c'est digne d'une République bananière. On respecte pas les lois, on respecte rien. On est de donneur leçon à toute la planète entière. »
Maire de Vendine pendant 38 ans et conseiller départemental, Gilbert Ebrard fait partie des 230 élus locaux opposés à l'A69 ; il dénonce des contre-propositions jamais entendues et un chantier imposé au milieu de terres parmi les plus fertiles du Tarn.
« Maire de Vendine durant 38 ans, Gilbert Ebrard fait partie des 230 élus locaux opposés à l'A69. »
Face à l'arrivée de l'abatteuse sur l'allée de platanes de Vendine, Thomas Brail, président du Groupe national de surveillance des arbres (GNSA), annonce publiquement le début de sa grève de la faim.
« À partir du moment où la tête abatteuse touche un arbre, j'entre en grève de la faim. Je le dis haut et fort. Tout le monde est responsable ici de ce qui va se passer. Si vous continuez à couper les arbres, même si vous pensez qu'en ayant fini d'abattre tous les arbres je vais sortir de la grève de la faim, je la continuerai pour les terres agricoles. »
Quelques jours après la nuit où des platanes centenaires de Vendine ont été abattus, Emmanuel Macron annonce sur internet une nouvelle promesse de reboisement scolaire — un contraste que le documentaire met en scène avec les bulldozers d'Atosca qui « travaillent nuit et jour » pour rendre l'A69 irréversible.
« Je veux que on ait dès la 6e de cette année qu'on commence à avoir des élèves qui plantent des arbres et qu'on est cette génération où chaque collégien aura planté son arbre. On arrivera pas, je pense, à le faire pour l'intégralité des 6e, mais si on a chaque génération qui prend son arbre, ils vont nous aider à aller à notre milliard de reboisement. C'est hyper important pour la Sainte-Catherine. »
Interrogé après avoir rencontré Thomas Brail au 19e jour de sa grève de la faim, le ministre des Transports Clément Beaune admet publiquement ses doutes sur le dossier A69, sans remettre en cause la poursuite du chantier. Clément Beaune n'étant pas référencé en base, aucun acteur n'est associé à cet insight.
« Je dis pas qu'on fait toujours les bons choix et j'ai même des cas de conscience. Ça en est un, l'A69. Mais oui, ça en est un comme d'autres parce que dans le sens, non pas où j'ai des états d'âme, mais où je me pose des questions. Je pense que quelqu'un comme Thomas Brail, même si je suis pas d'accord avec lui et que je pense qu'en politique on peut pas répondre uniquement à ces actions-là parce que sinon c'est très très compliqué de prendre des décisions, eh bien je pense qu'il détient en effet une part de vérité. »
En marge d'un rassemblement à la CCI du Tarn favorable au chantier, un responsable politique proche de la majorité présidentielle — non identifié nommément dans le reportage — qualifie les militants perchés dans les arbres de « délinquants » profitant d'une trop grande exposition médiatique. Correspond au « député macroniste » évoqué par la description de la vidéo, mais son identité n'est jamais donnée à l'écran.
« Alors aujourd'hui, qu'on est des personnalités, je dirais même des délinquants perchés dans des arbres, hein, appelons les choses comme elles sont, qui s'autorisent parce qu'on leur donne aujourd'hui une fenêtre médiatique importante à venir remettre en cause un projet qui fait l'unanimité, c'est inacceptable. »
Le même responsable révèle avoir obtenu de l'Élysée et de la Première ministre la garantie qu'aucune suspension des travaux ne serait décidée, alors même que le ministre des Transports venait d'évoquer publiquement un possible moratoire.
« J'ai reçu, du côté de l'Élysée et de la Première ministre, l'assurance qu'il n'y aurait aucun moratoire et aucune suspension des travaux de l'autoroute A69. »
Le documentaire retrace les liens entre les actionnaires du consortium Atosca et l'entourage présidentiel : outre le fonds Edmond de Rothschild, le fonds Ardian — dont la présidente Dominique Senquier a été reçue à l'Élysée et dont un dirigeant a inauguré des bureaux à Abou Dhabi avec le ministre Bruno Le Maire — a vu plusieurs de ses cadres financer ou soutenir la carrière politique d'Emmanuel Macron dès 2017.
« Mais ce que nous avons découvert, c'est que deux actionnaires de l'A69 étaient très proches de la Macronie, notamment le fonds Edmond de Rothschild, issu de la même famille que David de Rothschild, dont la banque d'affaires avait fait la fortune d'Emmanuel Macron en lui permettant de gagner plus de 3 millions d'euros entre 2008 et 2012. »
Le journaliste Marc Endeweld détaille comment Pierre Donnersberg, dirigeant du fonds Ardian, a permis de débloquer les 11 millions d'euros de prêts ayant financé la campagne présidentielle d'Emmanuel Macron en 2017.
« Ce que j'ai découvert, c'est que les prêts de la campagne d'Emmanuel Macron, les 11 millions d'euros de prêts de campagne d'Emmanuel Macron, 8 millions avant le premier tour, 3 millions environ entre les deux tours, ces prêts-là qui ont été débloqués par deux banques françaises, ils ont été débloqués par un courtier en assurance qui s'appelle Pierre Donnersberg, […] parce qu'Emmanuel Macron avait des problèmes d'assurance personnelle. Il devait s'assurer personnellement en son nom propre pour bénéficier de ses prêts. »
Après un premier mail resté sans réponse pendant huit jours puis une relance transférée au service compétent, la présidence de la République n'aura donné aucune suite aux questions d'Off Investigation sur les liens entre Emmanuel Macron et les actionnaires de l'A69, en cinq mois d'enquête.
« En 5 mois d'investigation, la présidence de la République n'aura jamais répondu à nos questions. »
Carton de fin, absent de la bande sonore : après 40 jours de grève de la faim, Thomas Brail et 14 autres grévistes ont arrêté leur action en croyant aux promesses de médiation du ministre des Transports Clément Beaune. En réalité, les travaux se sont accélérés et tous les arbres d'alignement ont été abattus ; le chantier avance alors que quatre actions en justice sont en cours, avec un délai minimal de deux ans avant leur aboutissement. Jusqu'au bout, les collectifs d'opposants ont privilégié des actions non violentes.