N’abandonnons pas le Soudan à son sort !
Intervention de Jean-Luc Mélenchon lors d'une réunion publique consacrée au Soudan, trois ans après le déclenchement, en avril 2023, de la guerre entre l'armée soudanaise et les Forces de soutien rapide. Il y prend la parole après des militants et des membres de la diaspora soudanaise, aux côtés de la députée insoumise Nadège Abomangoli. Le discours retrace l'histoire récente du pays, de la dictature d'Omar el-Béchir à la révolution de 2019, avant d'exposer ce que ferait un gouvernement insoumis.
Mélenchon parle de la dictature d'Omar el-Béchir. Le schéma qu'il décrit a bien existé au Soudan, mais plus tôt : arrivé au pouvoir en 1969 avec l'appui des communistes, Gaafar Nimeiry les écrase après la tentative de coup d'État de juillet 1971, puis se rapproche de l'Occident. Le coup d'État du 30 juin 1989 est celui d'officiers islamistes appuyés par le Front national islamique d'Hassan al-Tourabi ; les États-Unis inscrivent ensuite le Soudan sur la liste des États soutenant le terrorisme, puis le frappent de sanctions en 1997.
« Donc la dictature est déjà un acte qui n'a pas résulté d'un hasard ni même de conviction religieuse. Il a résulté d'une opération militaire et politique commandée par l'impérialisme. »
Il inscrit le soulèvement qui a renversé el-Béchir en avril 2019 dans la série des révolutions citoyennes, de la Tunisie au Liban, dont il a fait un concept politique, et en souligne l'organisation : les comités de quartier formés quand la répression a frappé le centre de Khartoum. L'image qui l'a symbolisée est celle d'Alaa Salah, une étudiante haranguant la foule juchée sur le toit d'une voiture.
« appeler les choses par leur nom, c'est une révolution point final. Et il y a pas besoin de rajouter arabe pour faire peur à tout le monde parce que ça ne change rien que veulent les gens des bons salaires, des métiers, l'éducation des enfants, de la santé et une vie digne. Point. Et ça c'est pas spécialement arabe, c'est universel. »
Là où la colonisation a empêché les États de se consolider, dit-il, les politiques néolibérales qui abaissent les services publics et l'autorité publique laissent le pouvoir à ceux qui sont armés. Il en donne pour précédents le Liberia et la Sierra Leone, en guerre civile dans les années 1990, et fait de la reconstruction d'une force citoyenne, plus que d'une victoire militaire, la condition d'une sortie de guerre.
« Il s'est passé quelque chose que nous avions déjà observé sur le continent africain lorsque le néolibéralisme a épuisé le Libéria, […] et bien la situation de ces pays a tourné à une guerre civile interne sans fin parce que il n'y avait aucune possibilité révolutionnaire de composer des bases d'appui du peuple lui-même et donc ceux qui étaient armés faisaient la loi et faisaient leur conflit. »
Il répond à une affiche de la salle — « Où est la communauté internationale ? » : l'ONU est contournée par Donald Trump, qui a créé son propre « conseil de la paix » et déclaré en janvier 2026 au New York Times ne pas avoir « besoin du droit international », sa « propre morale » étant sa seule limite. D'où, pour Mélenchon, la nécessité de porter ce droit « comme une bannière » : sans lui, c'est la loi du plus fort.
« Donc pour nous, s'appuyer sur les institutions internationales est vital quand bien même nous connaissons leurs défauts. Mais si nous appuyons pas sur le droit international, alors c'est la loi du plus fort. Et c'est jamais nous. »
C'est sa ligne pour le Soudan comme pour l'Ukraine, où il plaide pour que l'on consulte les populations avant de modifier des frontières : un cessez-le-feu garanti par des forces d'interposition, puis un scrutin, puisque c'est aux Soudanais de décider. Il reproche aux médiateurs étrangers, parmi lesquels il range les États-Unis et les Émirats arabes unis, de tout envisager sauf cette solution.
« Organiser une guerre, c'est quand même autrement plus compliqué qu'organiser une élection. Parce que pour faire une élection et ben d'abord il y a un cessez-le-feu. Vous avez des forces d'interposition qui garantissent le cessez-le-feu. Vous établissez un registre électoral qui consiste à prendre le nom des gens et vous fixez une règle. »
Le 13 avril 2026, le tribunal correctionnel de Paris a condamné Lafarge et huit prévenus, dont d'anciens dirigeants, pour avoir versé environ 5,5 millions d'euros à des groupes armés, dont l'État islamique, afin de maintenir son usine en Syrie en 2013 et 2014 ; ils ont fait appel. Mélenchon en tire un engagement : un gouvernement insoumis interdirait aux entreprises françaises de prendre part, de près ou de loin, au conflit soudanais.
« si on l'avait fait correctement, on aurait empêché l'entreprise qui a aidé Daesh en Syrie. Il a fallu attendre que tout ça soit terminé pour que enfin quelqu'un ait à répondre de ses actes devant les tribunaux. »