P*docriminalité: la discussion difficile.
Réaction en direct, 39 minutes, de la chaîne Cass André, à plusieurs voix, publiée le 13 juin 2026, après le meurtre d'une collégienne de 11 ans dans le Gers. Le stream regarde un reportage d'« Envoyé spécial » où des parents racontent les violences subies par leur enfant — ces passages ne sont pas repris —, lit un article critique de la « surenchère répressive », puis écoute des extraits d'Arnaud Gallais, président de l'association Mouv'Enfants, et de la députée LFI Marianne Maximi. Rien ne distingue ces extraits dans le transcript : ils ne sont cités que sous le nom de leur auteur. Le stream, favorable à LFI, soutient qu'alourdir les peines renforce l'omerta. Cinq semaines plus tard, l'Assemblée adopte le projet de loi relatif à la protection des enfants, qui rétablit la perpétuité pour les viols en série sur mineurs de 15 ans et rend imprescriptibles les crimes commis sur des mineurs.
C'est la thèse centrale de la vidéo, que le stream précise plus loin : « je parle pas de baisser la peine, je parle de ne pas rentrer dans une surenchère pénale ». Plus la sanction encourue est lourde, plus l'entourage, l'institution et l'enfant lui-même mesurent ce que la dénonciation coûtera à un proche, et plus la parole se tait.
« ce qui me gêne énormément, c'est que paradoxalement la surenchère, demander plus de répression, c'est ce qui encourage d'autant plus l'omerta autour des violences pédocriminelles. […] Premier truc que te disent les flics, quand tu vas porter plainte pour des actes de violence sexuelle, déjà pour des actes de viol ou de violence sexuelle entre adultes, déjà c'est : mais vous vous rendez compte quand même, viol ça peut aller jusqu'à 15 ans de réclusion criminelle. C'est très très grave ce que vous accusez et cetera. Donc on remet sur la personne plaignante la culpabilité d'envoyer l'autre en prison. »
Réponse à ceux qui jugent quinze ans de prison trop lourds pour un proche : qu'ils demandent alors de baisser les peines. S'ils ne le font pas, avance le stream, c'est que la sévérité leur convient quand l'agresseur est arabe. Et l'on condamne peu : 3 % des viols et agressions sexuelles commis sur des enfants aboutissent à une condamnation, 1 % en cas d'inceste (CIIVISE, novembre 2023).
« Au pire si 15 ans c'est trop, vous avez qu'à demander à ce qu'on baisse les peines. Vous avez qu'à demander à ce qu'on modifie les peines. Si 15 ans c'est to much. Mais non, parce que ça les arrange bien de dire 15 ans de prison dès que c'est un arabe qui viole. Donc ça fait partie de tout un système où la dureté de la peine n'est pas un problème en soi. Parce que la dureté de la peine, la question c'est qui va être condamné ? Donc du coup, la question de qui va être condamné, c'est ce qui définit la frontière entre le bon et le mauvais violeur et idem pour la pédocriminalité. »
Parce que la seule réponse prévue est une peine lourde, un premier signalement pèse peu, et l'on attend d'autres plaintes pour le juger sérieux. Le stream y oppose une prise en charge psychosociale dès le premier signalement, pour la victime comme pour l'auteur. La revue ordonnée en juin 2026 par le garde des Sceaux a recensé 85 047 plaintes pour violences sexuelles sur mineurs en cours de traitement, d'une ancienneté moyenne de 14,2 mois (ministère de la Justice, 15 juillet 2026).
« qu'il y ait pas de prise en charge psychosociale dès qu'il y a un premier signalement déjà c'est un premier manquement. Déjà, c'est ce qui arrive au fait que les flics et ensuite la justice s'attendent […] à ce qu'il y ait plus de victimes et donc en fait peser la légitimité de la répression sur le nombre de victimes que font les personnes, donc sur la capacité de la personne à continuer d'agresser des personnes. […] La figure du monstre, elle est construite aussi par la peine. C'est-à-dire que à partir du moment où tu dis "Tu as fait tel truc, c'est telle chose", tu rentres dans la catégorie violeur, tu rentres dans la catégorie pédocriminelle. Ça veut dire que tu rentres dans la catégorie du monstre. Et en fait le fait qu'il n'y ait aucun entre-deux pour permettre la prise en charge, pour permettre la prévention au cas où il y ait d'autres victimes »
Arnaud Gallais, cofondateur et président de l'association Mouv'Enfants, ancien membre de la CIIVISE, demande dans le reportage d'« être en guerre » contre la pédocriminalité comme contre le terrorisme. Le stream récuse le modèle : la figure du monstre absolu sert le récit de celui qu'on combat. La CIIVISE écrit elle-même que cette figure « ne correspond pas à la réalité », les agresseurs étant le plus souvent des proches.
« ça me terrifie à chaque fois que je vois que le discours le plus écouté médiatiquement, c'est celui de Arnaud Gallais qui te dit que on devrait avoir la même politique, on devrait traiter les pédophiles comme on traite les terroristes. Bah en fait, je remets pas en cause son engagement, je remets pas en cause son vécu à lui, mais c'est le meilleur moyen pour garantir un maximum d'omerta pour les pédocriminels. C'est le meilleur moyen. »
L'inceste en fait à peu près la moitié. En population générale, l'enquête Genese du ministère de l'Intérieur (2021) compte 11,3 % des femmes victimes de violences sexuelles avant 15 ans, dont 6,1 % dans la famille, et 3,8 % des hommes, dont 1,8 % dans la famille. La CIIVISE, qui a recueilli quelque 30 000 témoignages, désigne un membre de la famille dans 81 % d'entre eux (novembre 2023) ; les plaintes n'en comptent que 32 %, l'inceste étant le moins dénoncé — une plainte dans 12 % des cas, contre 19 % pour l'ensemble des violences sexuelles sur mineurs. C'est l'argument du stream : ce sont d'abord ces enfants que la peine encourue par un proche réduit au silence.
« S'il y a peine de mort, est-ce que ça va aider les gosses qui sont violés par leur père à les dénoncer ? Bah non, encore moins. Mais ça va pas du tout aider les victimes parce qu'en fait spoiler alert, tu as beaucoup de victimes, tu as énormément de victimes qui ne souhaitent pas la mort à leur agresseur déjà. Bon, alors là, on parle par exemple des victimes d'inceste pédocriminelle qui est la majorité des actes pédocriminels. »
Le stream distingue le besoin de l'État, qualifier l'infraction et juger l'auteur, de celui de la victime : être soignée, et que d'autres ne soient pas touchées. Il réclame un accès intégral, gratuit et sans condition aux soins et à un accompagnement, quelle que soit l'issue du procès. La CIIVISE chiffre à 9,7 milliards d'euros par an le coût public de l'impunité et du défaut de soutien aux victimes, aux deux tiers en conséquences sur leur santé (2023).
« Mais aussi que l'État puisse décorréler ça avec le soin de la victime parce que jusqu'ici l'État considère que tant que l'agresseur est puni, la victime est soignée. Sauf que c'est faux. Toutes les victimes le disent, c'est entièrement faux. Et donc en fait que l'État puisse prendre en charge séparément, spécialement aussi la victime. Que la prise en charge de la victime ne soit pas corrélée au fait que l'agresseur soit condamné par exemple. »
Cinq semaines plus tard, le 21 juillet 2026, le gouvernement, par la voix d'Aurore Bergé, fait rétablir par un second vote la perpétuité pour les viols en série sur mineurs de 15 ans (258 voix contre 84), dans un texte dont la socialiste Ayda Hadizadeh regrette qu'il n'apporte « pas un centime de plus » à l'aide sociale à l'enfance (LCP). Le lendemain, Arnaud Gallais demande lui-même « quels sont les moyens alloués derrière ? » (franceinfo).
« il est en position de faire une demande à l'État et l'État peut sélectionner ce qu'il va accorder de sa demande. Et donc ce que l'État va accorder de sa demande, c'est le volet répressif. Ça va être la capacité à surfer sur des paniques morales. Ça va être la capacité à désigner les mauvais coupables, des bons coupables, hein. […] Donc l'État va pouvoir sélectionner ce qu'il va faire et en fait quand tu as un discours comme ça qui est un discours de vengeance, qui est un discours de violence rétributive, qui est un discours de gros bras et viriliste, bah l'État va récupérer la partie viriliste mais va complètement laisser de côté le soin des victimes parce que ça coûte cher. »
Le stream vise la « castration chimique obligatoire pour les individus les plus dangereux » proposée par Bruno Retailleau sur BFMTV le 10 juin 2026. Ce traitement existe déjà, dans le cadre d'une injonction de soins, avec le consentement de la personne et des effets réversibles ; les psychiatres interrogés par Public Sénat jugent la mesure inefficace, la plupart des infractions sexuelles, l'inceste notamment, ne relevant pas d'un trouble sexuel (12 juin 2026).
« c'est lié à la vieille croyance patriarcale parce que ça c'est vraiment le patriarcat ça. Ça c'est vraiment le patriarcat qui te dit les hommes c'est normal qu'ils dominent parce qu'ils ont de la testostérone et d'ailleurs s'ils violent c'est à cause de la testostérone. Donc en fait c'est naturel. Donc en fait les monstres qui vont un peu trop loin, qui utilisent mal leur pouvoir d'homme, on leur supprime leur privilège d'accès à la testostérone. Sauf qu'en fait c'est pas la testostérone qui fait que les gens violent. C'est l'éducation, c'est l'opportunité, c'est la société, c'est l'omerta, c'est tout ça qui fait que les gens violent, c'est pas la testostérone. »
Trois objections à ceux qui réclament la mort pour les pédocriminels : l'erreur judiciaire, dans un climat où l'accusation de pédophilie vise déjà les personnes homosexuelles, trans ou drag queens ; la justice privée qu'une violence d'État légitimerait ; et la réhabilitation, que la mort exclut par principe. La peine de mort est abolie en France depuis 1981, et son interdiction inscrite dans la Constitution depuis 2007.
« Donc la question de l'innocence se pose, la question de l'erreur judiciaire, tout à fait. Et la question aussi du rachat et de la réhabilitation de la personne. C'est dire que la peine de mort c'est acter que la personne ne change pas, ne changera pas, ne changera jamais, qu'elle est fondamentalement, ontologiquement dans toute sa personne condamnée à être un monstre. Et ben non, en fait c'est pas la société à laquelle on veut croire. »
Arnaud Gallais, dont le stream diffuse un extrait, propose de centraliser les fichiers et de surveiller toute personne visée par une information préoccupante ou un signalement, sans attendre de condamnation. Le stream rappelle qu'un fichier des auteurs d'infractions sexuelles existe déjà et redoute un fichage sans jugement, sur le modèle de la fiche S. La loi votée le 21 juillet 2026 retient un contrôle d'honorabilité des personnes intervenant auprès des enfants (LCP).
« fichier pour faire quoi ? Pour faire quoi ? OK, maintenant que tu as ton fichier, tu fais quoi avec ces gens-là ? Ficher pour isoler, précariser, augmenter le risque de récidive, voire de faire pire. »
Le droit prévoit bien ce cas. Depuis la loi du 21 avril 2021, la « prescription glissante » prolonge le délai d'un viol sur mineur lorsque son auteur commet, avant qu'il expire, un nouveau viol ou une agression sexuelle sur un autre mineur (article 7 du Code de procédure pénale). Elle ne rouvre pas en revanche des faits déjà prescrits. Le délai de base est de trente ans à compter de la majorité de la victime depuis la loi du 3 août 2018 ; le texte voté le 21 juillet 2026 rend ces crimes imprescriptibles.
« Pour moi, la question de la prescription se pose s'il y a récidive. C'est-à-dire que si tu as été victime d'un mec il y a 30 ans mais que dans ces 30 ans, il a continué de faire des victimes, il me semble que déjà […] tu peux dans une enquête lever la prescription pour inclure les trucs qui ont passé le délai de prescription. »
Dans un extrait, Arnaud Gallais fait de l'imprescriptibilité une « mesure socle ». Le stream juge qu'elle réparera peu : avec le temps les preuves s'effacent et tout se joue parole contre parole. Le projet de loi voté par l'Assemblée le 21 juillet 2026 rend imprescriptibles les crimes commis sur des mineurs, ce que la députée Émilie Bonnivard (Droite républicaine) a salué (LCP, franceinfo).
« Pour moi, l'imprescriptibilité, c'est pas ça qui va réparer les victimes. Ce qui va réparer les victimes, c'est une voie indépendante, indépendante de si tu as obtenu gain de cause en justice ou pas, de pouvoir […] avoir accès à des soins, à des réparations, à une façon d'avancer dans ta vie et genre je sais pas, pour moi la demande d'imprescriptibilité, c'est juste une demande choc pour dire on n'oublie pas, on pardonne pas mais en fait bah juste de fait plus le temps passe et même plus l'enquête elle-même est difficile à faire quoi. »
Députée LFI et corapporteure du projet de loi relatif à la protection des enfants, Marianne Maximi répond aux appels à durcir les peines. Le 17 juillet, l'article instaurant la perpétuité pour les viols en série sur mineurs de 15 ans est rejeté à quelques voix près, avant que le gouvernement ne le fasse rétablir le 21 ; elle y dénonce un « populisme pénal » et une mesure réclamée par « aucune association » (LCP).
« La réponse ne peut pas être la surenchère pénale. Vous savez, les passages à l'acte ne sont pas dissuadés par une augmentation des peines. Sinon, je veux vous dire, dans les pays où il y a la peine de mort, on n'aurait plus de pédocriminels. Si ça fonctionnait comme ça, ça serait très simple et ce n'est pas le cas. Ce qu'il faut, c'est des moyens sur la prévention. Ce qu'il faut, c'est des moyens sur l'éducation. Ce qu'il faut, c'est un changement de culture et c'est un changement profond de pratique, d'éducation. »
Un rapport correspond à sa description : commandé par Gérald Darmanin quand il était ministre de l'Intérieur et remis en juin 2023, il portait sur les procédures en stock fin 2022 et alertait sur des violences sexuelles sur mineurs laissées sans traitement ; resté confidentiel, il a été révélé par la presse en juin 2026 (Syndicat de la magistrature, 16 juin 2026). Le chiffre de 70 % d'enquêtes sans acte n'a été retrouvé dans aucune des sources publiques consultées.
« évidemment qu'il faut accélérer les enquêtes quand il s'agit d'enfant. Il faut entendre très rapidement et ce qu'on voit d'ailleurs dans le rapport que monsieur Darmanin semble découvrir qui date de 2022 c'est qu'en fait dans 70 % d'enquête concernant les violences sexuelles faites aux mineurs, il n'y avait pas d'acte pris et donc on a un problème effectivement pour que les choses aillent rapidement dans le respect de l'état de droit aussi. »
Le stream prolonge l'extrait de Marianne Maximi : « si déjà les flics ils font rien, tu crois qu'avec une peine plus lourde, ils vont faire quelque chose ? ». Il retourne le slogan « le problème de la police, c'est la justice », lancé devant l'Assemblée nationale le 19 mai 2021 par le secrétaire général du syndicat Alliance, lors d'un rassemblement de policiers qui réclamaient des peines plus lourdes pour leurs agresseurs (Europe 1).
« demander une surenchère pénale, c'est aller dans le sens des flics. C'est dire "Ah, le problème c'est pas la police, c'est la justice. Le problème c'est que les tribunaux vont pas assez vite." […] La police c'est le premier accès à la justice. Donc oui, le problème de la justice, la police fait partie du problème. […] La police c'est la porte d'entrée vers la justice. Donc si déjà la porte d'entrée elle dysfonctionne, si tu peux pas rentrer dans le salon, si la porte elle est cassée, bah la priorité ça va pas être de refaire la déco du salon, ça va être de réparer la porte déjà. »