Bon Pote × Écoloclaste — blocage des prix ou baisse des taxes : réponse à Jean-Marc Jancovici sur l'économie du pétrole
Réel Instagram de 2 min 45 publié conjointement par les comptes bonpote (Thomas Wagner) et ecoloclaste, deux voix de la vulgarisation climatique francophone. La vidéo s'ouvre sur un extrait d'entretien inséré où Jean-Marc Jancovici est interrogé sur la cohérence climatique de La France insoumise ; tout ce qui l'entoure est le commentaire du duo. Dans ces vingt premières secondes, la transcription automatique ne permet pas d'attribuer chaque fragment à l'intervieweur ou à Jancovici : seule la phrase « ça revient au même », que la vidéo reprend deux fois et à laquelle elle répond de bout en bout, lui est attribuée sans ambiguïté. Le contexte est celui de l'été 2026 : depuis la guerre en Iran et le blocage du détroit d'Ormuz en février, le Brent est passé d'environ 69 dollars en 2025 à près de 120 dollars, le gazole a atteint 2,21 €/L en août, et les marges de raffinage ont à peu près doublé — ce qui a remis le blocage des prix au centre du débat. La légende du post, écrite par les auteurs, va plus loin que la vidéo en attribuant l'explosion des prix « avant tout » aux marges des raffineurs : cette affirmation n'est pas analysée ici, le brut ayant lui aussi presque doublé sur la période. Instagram n'étant pas intégrable, la source s'affiche comme une carte-lien sans miniature.
Jancovici met sur le même plan blocage des prix et baisse des taxes : les deux abaissent le prix à la pompe, donc encouragent la consommation. Le duo répond que le financement change tout — plafonner les marges fait payer les pétroliers, baisser la TVA fait payer l'État (12 à 17 Md€ pour la mesure du RN). Jancovici combat par ailleurs la baisse des taxes, qu'il juge indifférenciée ; son objection porte sur la demande, pas sur ce que les profits financent ensuite.
« Dire que bloquer les prix en plafonnant les marges, ça revient au même que de baisser les taxes, c'est une catastrophe. Y compris d'un point de vue climatique. »
Les deux nombres se retrouvent dans le Statistical Review of World Energy 2023 de l'Energy Institute : le Brent y passe d'une moyenne d'environ 71 dollars en 2021 à 101 dollars en 2022, soit +42 %, et la consommation mondiale progresse de 2,9 millions de barils par jour, soit près de 3 %. La série de l'AIE, construite autrement, donne une hausse un peu plus faible (+2,5 %) mais va dans le même sens. Aucune des deux ne montre le recul que la hausse des prix était censée provoquer.
« En 2022, avec la guerre en Ukraine, le prix du pétrole était en moyenne 40% plus élevé que celui de 2021. Pourtant, la consommation de pétrole n'a pas diminué, elle a même augmenté de 3%. »
Les deux nombres viennent de l'AIE : 4 000 milliards de dollars de recettes pour le secteur pétrole-gaz en 2022, plus du double de sa moyenne quinquennale, et 20 milliards investis dans les énergies propres, soit 2,5 % de ses dépenses d'investissement. Le fait — une part marginale consacrée aux alternatives — est donc établi, et par la source la moins suspecte de militantisme. Réserve de vocabulaire : ces 4 000 milliards sont des recettes et non des profits, et l'AIE précise que l'essentiel revient aux États exportateurs.
« Sur les 4000 milliards de profits générés par le secteur en 2022, seuls 20 milliards, soit 0,5%, ont été investis dans des alternatives au pétrole. »
C'est l'outil que la vidéo met entre les mains du spectateur : un prix élevé ne décourage pas le pétrole, il le rend plus rentable, donc il y attire le capital. L'ouvrage cité est The Price is Wrong (Verso, 2024), qui établit ce point sur les renouvelables — bon marché mais insuffisamment rentables, donc délaissés sans soutien public. L'appliquer au pétrole étend l'argument au-delà de ce que fait le livre.
« Dans son livre, Brett Christophers montre que ce qui guide la demande et la consommation énergétique, ce sont les investissements dans les infrastructures. Et dans le capitalisme, ce qui guide ces investissements, ce ne sont pas les prix, mais la rentabilité. »