Blast — « 2027 : les pièges de Macron à éviter pour gouverner » (Dissolution)
Dernier épisode de l'émission satirique « Dissolution » de Blast, suite directe de l'épisode sur la capture des institutions de contrôle par Emmanuel Macron. Le format mêle sketchs, extraits d'archives et interruptions comiques d'un acolyte, mais la thèse de fond est à lire au premier degré : c'est un manuel tactique adressé à une hypothétique « gauche de rupture » arrivée au pouvoir en 2027, qui prend la taxe Zucman comme cas d'école pour montrer comment faire passer une mesure malgré le Conseil constitutionnel, Bercy et les institutions nommées sous Macron. Le scénario 2027 est explicitement fictif (uchronie de travail), les techniques exposées sont présentées par Blast comme « des outils, pas des recettes ».
En ouverture, Blast énumère les mesures récentes qu'il impute à un pouvoir en fin de course : doublement des franchises médicales, réintroduction de l'acétamipride, réduction des délais d'instruction opposables aux projets qu'il qualifie d'écocidaires, et financement de la campagne du RN. Seule réponse selon lui : « une gauche de rupture ambitieuse, stratégique et tenace ».
« les petites nouvelles d'un macronisme finissant s'empilaient »
Blast pose une uchronie explicitement fictive pour dérouler sa démonstration : juillet 2027, la gauche de rupture emporte l'Élysée avec une majorité courte à l'Assemblée. Programme immédiat : abrogation de la réforme des retraites, plan d'urgence pour l'hôpital et l'école, financés par la taxe Zucman (plancher d'imposition de 2 % sur les patrimoines au-dessus de 100 millions d'euros, rendement annoncé 20 milliards par an).
« Juillet 2027, la gauche de rupture a arraché l'Élysée et l'assemblée a une majorité courte. »
Le principe qui structure tout l'épisode : le rapport de force avec une institution de contrôle ne se gagne pas sur le terrain juridique mais en rendant sa position coûteuse. La question utile n'est donc jamais « a-t-on raison en droit ? » mais « avec quoi fait-on monter la facture ? ».
« Une institution ne cède jamais face à un argument. Elle cède quand tenir sa position lui coûte plus cher que reculer. »
Blast choisit la taxe Zucman comme banc d'essai précisément parce qu'elle est massivement populaire : c'est la mesure que les opposants attaqueront le plus fort, donc celle dont la méthode de passage vaudra pour toutes les autres. Il prévient d'emblée que la faire passer ne suffira pas, « le même mur » revenant à la mesure suivante.
« On prend la taxe Zucman comme cas d'école et pas par hasard. Elle est massivement populaire et c'est exactement pour ça que les opposants l'attaqueront le plus fort. »
Blast met en garde contre la tentation de répondre à une censure par « coup d'État », « gouvernement des juges » ou « déni de démocratie » : ce sont, dit-il, les mots du RN, illustrés dans la vidéo par un extrait où Marine Le Pen dénonce « un carton de procureurs et de juges » agissant contre « son seul opposant, le Rassemblement national ». Si la gauche les reprend, les médias la renverront dos à dos avec le RN — « et ce sera mérité ».
« C'est la méthode de l'extrême droite et le jour où la gauche l'emprunte, elle a perdu. »
Contre le conseil classique du « message unique », Blast propose d'annoncer en campagne à la fois la mesure et ceux qui tenteront de l'empêcher, avec les noms. Précédent cité : les nationalisations de 1981, annoncées au cœur du programme de François Mitterrand, censure du Conseil constitutionnel anticipée. La logique : annuler une mesure inconnue ne coûte rien, annuler celle sur laquelle une élection s'est jouée expose l'institution. Blast reconnaît le prix : c'est donner un an à l'adversaire pour préparer son coup.
« L'annonce ne rend pas la taxe moins censurable, il rend la censure plus chère. Il fait monter la facture. »
Blast décrit le scénario où Bercy pose deux versions sur la table — 20 milliards qui seront annulés, 5 milliards sécurisés qui passeront — et explique pourquoi céder est pire : une censure produit une décision datée et des responsables identifiables, une autocensure ne laisse que le gouvernement seul devant les caméras. Il ajoute l'argument d'ancrage de négociation (demander 20 pour obtenir 7) et le contre-exemple de la loi de Robien, version « prudente » des 35 heures sur la base du volontariat, qui « n'a presque rien produit ».
« Quand le gouvernement s'autocensure lui-même, il n'y a rien. »
Consigne proposée le soir de la censure : plus un mot sur la compétence ou l'interprétation du Conseil, on ne parle que de la mesure, de ce qu'elle finance et de ce qu'elle rapporte. Blast s'appuie sur février 1982 : après la censure des nationalisations, pas de déclaration indignée, la loi est corrigée et revotée en quelques semaines pour quelques milliards de plus. Ce sont les groupes parlementaires et les syndicats qui montent au front, pas les ministres.
« Sur le terrain juridique, chaque annulation est une défaite. Sur le terrain politique, chaque annulation devient un argument de plus pour la mesure et la preuve que quelque chose bloque. »
Blast rappelle que la taxe à 75 % censurée en 2012 est revenue un an plus tard en loi de finances sous une autre forme — mais souligne que le quinquennat Hollande n'a rien fait de ce qu'il préconise : rien n'était préparé, la riposte est arrivée un an après et la taxe n'a même pas été reconduite en 2015. Sa lecture : la version prudente (taxe employeurs de 2014) n'est pas une alternative à la version ambitieuse, elle en est le résultat.
« En 2012, la taxe à 75 % est censurée. Un an plus tard, la même finalité revient en loi de finance. »
Blast propose de redéposer la mesure en la faisant varier à chaque tour — prélèvement transféré aux holdings patrimoniales, taux progressif au lieu du seuil de 100 millions, passage en loi de finances plutôt qu'en loi ordinaire — sans jamais recopier le texte. Trois annulations sur le même sujet cessent d'être un incident technique et deviennent une position de politique fiscale. Il chiffre le coût : un exercice budgétaire perdu par tour. Il pose une seule règle non négociable, la procédure : une annulation pour vice de forme, c'est « zéro bénéfice politique, tout le discrédit ».
« Le problème, ce n'était jamais le texte. »
Pendant que la loi est bloquée, Blast propose d'agir par voie réglementaire : obligations déclaratives imposées aux holdings, changement de la doctrine d'évaluation par l'administration fiscale, durcissement de l'abus de droit, création d'un service fiscal dédié au patrimoine appuyé sur Tracfin, accords de coopération fiscale avec les pays voisins. Deux effets selon lui : l'administration est prête le jour où la taxe passe, et l'« exil fiscal » brandi par les détracteurs devient enfin documenté et chiffré. Il concède que cela ne remplace pas la loi et ne fait pas 20 milliards.
« Une taxe sans contrôleur c'est une taxe qui n'est pas recouvrée »
Blast juge qu'un projet de loi de déontologie déposé six mois après une censure passerait pour une volonté de rendre les contrepouvoirs dociles ; il propose donc une commission indépendante, sur le modèle de la commission Balladur, avec des nominations partagées entre exécutif et Parlement à la majorité renforcée. Trois missions : état des lieux des nominations sur vingt ans (parcours, délai entre fonction contrôlée et fonction de contrôle), comparaison avec les autres démocraties, inventaire des leviers de réforme. L'effet recherché est de mettre les institutions sur la défensive en les obligeant à rendre compte, ce qui répond selon lui à « la corruption macroniste des institutions ».
« Nommer une commission indépendante chargé d'évaluer la qualité démocratique de nos institutions indépendantes. »
Blast note que la Constitution dit qui nomme mais pas qui peut être nommé, et que sur les lois organiques l'Assemblée peut avoir le dernier mot — d'où une réforme par loi organique plutôt que par révision constitutionnelle bloquée au Sénat. Deux dispositifs : une condition d'expérience dans le secteur concerné (cinq ans sur les dix dernières années dans la défense des droits pour être nommable Défenseur des droits) et un délai de carence entre autorité contrôlée et autorité de contrôle (un député ou un président de l'Assemblée nationale non nommable au Conseil constitutionnel avant cinq ans ; idem entre le bureau des médias du ministère de la Culture et l'ARCOM).
« À tout hasard, pour être nommable défenseur des droits, il faut avoir passé 5 ans sur les 10 dernières années dans la défense des droits. »
Blast propose d'imposer un rapport motivé et public en cas de non-déport. Deux cas visés : Amélie de Montchalin, qui devrait justifier publiquement sa participation ou non aux débats de la Cour des comptes sur le budget 2027 qu'elle a en partie écrit comme ministre ; Richard Ferrand, qui reste au Conseil constitutionnel jusqu'en 2034 mais devrait expliquer pourquoi il pourrait juger des textes qu'il a lui-même fait voter. Blast rappelle que le Conseil s'est donné cette règle à lui-même en 2010 pour les QPC et insiste : on ne fait tomber personne, mais « une règle votée, c'est un jugement rendu ».
« Le déport c'est la seule mesure qui touche les gens déjà en poste. »
Blast soutient que la situation institutionnelle décrite ne tient pas à trois nominations spectaculaires mais à une décennie de pratique, et que le système « tient sur sa banalité » : le jour où ceux qui la dénonçaient font pareil, elle devient le fonctionnement normal des institutions.
« Ce qui a produit la situation d'aujourd'hui, c'est 10 ans de nomination macroniste. »
Blast rappelle qu'après le scandale Cahuzac, la gauche a fait adopter les lois sur la transparence de la vie publique avec l'appui d'une droite historiquement opposée mais affaiblie par l'affaire, et que les ministres en exercice ont publié leurs déclarations de patrimoine les premiers. C'est le modèle qu'il propose de rejouer : s'auto-limiter avant d'y être contraint.
« Et surtout ces lois se sont appliquées d'abord à ceux qui les votaient. »
Blast situe précisément la facture : l'ARCOM se libère en 2031, la Banque de France et le Défenseur des droits en 2032, à quelques mois de la présidentielle. D'où sa recommandation de voter la règle en 2029, avant que l'enjeu n'apparaisse, pour ne plus pouvoir s'en délier. Effet secondaire recherché : obliger les autres à se positionner publiquement contre la probité. Il pose une limite — s'auto-limiter sur les nominations et la déontologie, jamais sur les moyens de gouverner, sans quoi « ça s'appelle du désarmement ».
« Il faut se lier quand ça ne coûte rien pour ne plus pouvoir se délier quand ça coûtera. »
Dans le passage sur le coût humain de la stratégie (textes préparés d'avance, auditions, journées sans fin au Parlement), Blast pose que la gauche de rupture n'utilise pas « les outils abusifs pour couper court » : l'acolyte suggère le 49.3, la réponse est un refus net. Le passage n'est pas cité ici car la transcription automatique le restitue de façon fautive.
Blast conclut qu'une gauche de rupture au gouvernement ne serait condamnée ni à l'impuissance ni à la brutalité, et que l'alternative entre les deux est un récit construit pour la neutraliser — l'acharnement à lui faire barrage prouvant, selon lui, qu'elle pourrait changer quelque chose. Il assume que tout ce qui précède reste des hypothèses, « souvent maladroites », et « des techniques, pas des recettes ».
« Ça, c'est le mythe inventé par les conservateurs pour la neutraliser. »
Argument de sortie : une taxe ramenée à un tiers des 20 milliards annoncés rapporterait encore plus que ce que l'ISF a jamais produit, et une fois l'impôt créé, en changer le taux relève d'un simple amendement — « créer un impôt, c'est une guerre, changer un taux c'est un amendement ». Restent acquis un service fiscal dédié au patrimoine et un dossier public documenté sur les nominations. Le chiffrage avancé n'est pas sourcé dans la vidéo et reste à vérifier.
« Sauf qu'un tiers de 20 milliards, c'est déjà plus que ce que l'ISF a jamais rapporté. »