BD : On a retrouvé Félix le "Maghrébin" de Ruffin !
Témoignage filmé de sept minutes publié par Mizane TV. Un homme s'y présente comme la personne que François Ruffin représente sous les traits d'un passager maghrébin, prénommé Félix, dans la scène de contrôle ferroviaire de « Picardie Splendor » (Les Arènes, 7 mai 2026). Il situe les faits au 13 juin 2024 et donne de la scène une version qui contredit celle de l'album sur plusieurs points matériels. ⚠️ L'identification repose sur son seul récit et sur la présentation qu'en fait la chaîne : elle n'a pas été vérifiée indépendamment, et le site ne la reprend pas à son compte — chaque insight attribue explicitement au témoin ce qu'il affirme, et rien n'est présenté comme établi. La vidéo ne contient aucun extrait inséré : il parle seul face caméra, sans commentaire de la chaîne. Elle a beaucoup circulé, et Ruffin s'était exprimé sur la polémique dans Libération la veille de sa mise en ligne, donc sans y répondre.
Selon son récit, Ruffin propose de régler l'amende puis ne retrouve pas le code de sa carte ; c'est le témoin qui paie, et le député lui fait ensuite un chèque de remboursement, qu'il dit avoir encaissé. Aucun de ces deux gestes ne figure dans la bande dessinée, où le paiement est porté au crédit du seul personnage de Ruffin. La divergence est matérielle et vérifiable par les intéressés, contrairement aux lectures d'intention que la polémique a surtout produites jusque-là.
« il dit « Bon, attendez, moi je vais payer. » Sauf qu'au moment de taper son code, en fait il s'en souvient plus. […] Et donc j'interviens en disant « Bah OK, moi je vais payer. » […] Il propose de me faire un chèque pour me rembourser ensuite, ce que j'accepte. […] J'ai le chèque encore de François Ruffin, que j'ai encaissé d'ailleurs. »
La dernière case de la séquence montre le personnage s'excusant de s'être énervé et remerciant Ruffin d'être intervenu, faute de quoi « on aurait terminé au poste ». Le témoin dit qu'il n'y a eu ni excuses, ni remerciement, ni menace d'interpellation, et qu'il n'a pas craint d'être emmené. C'est précisément le battement final qui fait basculer la scène en récit de sauvetage : sans gratitude, il ne reste qu'un passager qui conteste un contrôle.
« dans la bande dessinée, à la fin, je m'excuse et je dis à monsieur Ruffin : « Pardon, je me suis énervé, merci d'être intervenu, sinon on aurait terminé au poste. » Pas du tout. En fait, il y a pas eu d'excuses et il y a pas eu de menace d'être au poste. J'ai pas eu peur d'être emmené au poste »
Le témoin décrit une femme noire, anglaise, en difficulté avec le français, entourée de quatre à cinq agents pour un billet portant une gare de départ erronée. Ce qui manquait, dit-il, c'était une explication que les contrôleurs n'étaient pas en mesure de donner. Le détail déplace la lecture de la case : là où l'album la dessine en colère — bulle en forme d'étoile —, il décrit quelqu'un qui ne saisit pas la situation.
« la femme qui était interpellée, elle était pas en train de s'énerver outre mesure. Elle comprenait pas, c'est pas sa langue, elle galérait à comprendre le français. Donc il y avait une explication qui est nécessaire, ce que les contrôleurs étaient pas capables de faire. »
C'est le point qui donne son titre à la vidéo, et le plus difficile à relativiser : la case oppose des policiers blancs à deux personnes racisées, et l'une des deux affirme ne pas l'être. Il ne conteste pas la représentation de la passagère, mais la sienne, et pose la question de ce qui a présidé à ce choix graphique. Le site rapporte cette affirmation sans la vérifier : elle engage son auteur, et c'est à ce titre qu'elle est citée.
« c'est pas les Arabes et les Noirs contre la police blanche, ce qui est montré dans la bande dessinée. En fait, c'est pas du tout le cas puisque je ne suis pas arabe, je suis blanc, je suis né en France, mes parents sont nés en France, je suis un français de souche en fait, j'ai une barbe, c'est tout. »
Il met les deux récits côte à côte, et ce qui les sépare n'est pas un détail mais la nature même de la scène. D'un côté un affrontement de couleurs que le politique dénoue ; de l'autre un abus d'autorité auquel un passager s'oppose, et un élu qui passait par là. Sa question ferme le témoignage et vaut au-delà de ce cas : quel intérêt un responsable politique trouve-t-il à déformer une scène dont il a été témoin ?
« Dans une version, c'est le héros blanc qui intervient pour régler un conflit entre des policiers blancs et des racisés, un arabe et une noire. Dans ma version, c'est un français qui aide une dame noire, effectivement, qui ne parle pas bien français, face à un abus d'autorité, et un politique qui se trouve être là et qui essaie de mettre son grain de sel dedans. »