Quand Haroun plie le débat sur le port du voile
Extrait de six minutes d'une émission de Sud Radio, remonté et publié par la chaîne Éthique et tac. Il s'ouvre sur une déclaration de Jean-Philippe Tanguy (Rassemblement national) annonçant que son camp « sanctionnera le port du voile », au nom de la solidarité avec les femmes contraintes de le porter ailleurs dans le monde — l'identification de l'orateur de cet extrait vient de la personne qui a fourni la source, elle n'est pas déductible du transcript. L'intervention de l'humoriste Haroun commence à 00:49, et un interlocuteur du plateau lui donne la réplique pendant tout le reste de l'échange : ce contradicteur n'est pas identifié, et plusieurs de ses répliques comme de celles de Haroun se chevauchent dans la transcription automatique. Un passage n'est de ce fait pas cité — celui, vers 03:41, où l'objection glisse de la contrainte à la visibilité, le contradicteur jugeant la perruque des femmes juives orthodoxes « plus fine » parce que « moins visible » ; le sens général est clair, la lettre ne l'est pas. Un autre passage, vers 02:15, dit « elles se sont battues pour porter le voile » là où la phrase précédente établit l'inverse : la citation retenue s'arrête avant, plutôt que de trancher une négation manquante.
Le premier geste de son intervention n'est pas un argument mais un retrait : il décline la position d'où on l'interroge. Ce faisant, il désigne une propriété du débat lui-même — les personnes dont on discute l'habillement n'y sont pas invitées —, et c'est sur cette observation qu'il refermera l'échange cinq minutes plus tard.
« Ma position, alors déjà, c'est que je suis pas une femme voilée et que la plupart du temps, quand je vois des débats là-dessus, je vois très peu de femmes voilées qui viennent en parler. Mais donc je voudrais pas parler en leur nom. »
Le cœur de sa réponse à l'argument féministe avancé à l'appui de l'interdiction. Il accorde que des femmes se soient battues pour ne pas porter le voile, puis refuse qu'on en déduise une obligation inverse, et le montre par un droit que personne ne conteste : le suffrage a été arraché de haute lutte, ce qui n'a jamais rendu le vote obligatoire ni interdit l'abstention.
« c'est comme le droit de vote. C'est pas parce que des gens se sont battus pour le droit de vote qu'il faut forcer les gens à voter. S'ils sont pas d'accord avec le système politique aujourd'hui, ils ont le droit aussi de montrer leur mécontentement en votant nul, en s'abstenant et cetera. »
L'estimation est basse. Le Pew Research Center comptait 1,9 milliard de musulmans dans le monde en 2020, dernier recensement complet publié en juin 2025, et le seuil des 2 milliards est atteint autour de 2026-2027 ; la répartition entre hommes et femmes est proche de la parité, ce qui porte le nombre de femmes concernées à environ un milliard plutôt qu'à 900 millions. La correction va dans le sens de son raisonnement : il oppose à la présomption de soumission le nombre même des intéressées, trop élevé pour qu'on leur prête à toutes une seule et même contrainte.
« il y a 1,8 milliards de musulmans dans le monde donc la moitié de femmes, ça fait 900 millions de femmes. Je suis convaincu que les 900 millions de femmes sont pas débiles, sont pas toutes soumises […] et donc il y a plein de femmes voilées qui l'ont fait parce qu'elles ont la conviction que c'est ce qu'il leur faut. »
La sortie qui donne son titre à la vidéo, et elle porte sur la façon de savoir plutôt que sur le fond. Le contradicteur venait d'appuyer son propos sur une caméra cachée en banlieue « qui avait fait le buzz à l'époque », après avoir reconnu ne fréquenter aucune femme voilée. Haroun en tire une conséquence pratique — faire venir sur le plateau une femme concernée capable d'en parler — qui referme l'échange sur l'absence relevée dès sa première phrase.
« La base de votre réflexion, ça a fait le buzz à l'époque, donc déjà on est dans une réflexion qui se base sur un buzz, sur un exemple, sur une réalité que vous-même vous n'avez pas vérifiée parce que vous ne fréquentez pas de femmes voilées. Invitez une femme voilée à en parler, invitez une femme voilée qui est doctorante, qui est capable d'en parler, qui a fait des études de théologie, qui peut vous expliquer pourquoi elle s'est voilée, et elle vous expliquera très bien avec ses mots, avec ses convictions. »